La langoustine terrifiante, découverte grâce au recensement de la vie marine

PLANETE On connaît mieux la biodiversité marine...

Audrey Chauvet

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La «langoustine terrifiante» découverte aux Philippines en 2007.
La «langoustine terrifiante» découverte aux Philippines en 2007. — Tin-YamChan

Dix ans d’exploration, 2.700 scientifiques, 80 pays représentés: le «Census of marine life», grand recensement de la vie marine, présente ses premières conclusions ce lundi à Londres. Parmi les scientifiques qui ont participé au recensement des espèces de poissons, crustacés ou algues vivant dans les mers du globe, Philippe Bouchet, professeur au Muséum national d’histoire naturelle, a découvert aux Philippines une langoustine «terrifiante».

«Je rêvais de découvrir une espèce nouvelle»

Découverte en 2007, la langoustine doit son nom à ses «pattes thoraciques très asymétriques, avec une grande pince portant des doigts très longs et épineux, dont on suppose qu’ils jouent un rôle pour la capture des proies».

Elle fait partie des 235.000 espèces marines connues à ce jour, grâce notamment aux travaux du «Census of marine life»: «Combien y en a-t-il réellement? On ne sait pas, explique Philippe Bouchet. Trois fois plus selon certains, 1,5 million ou même 10 millions selon d’autres».

A l’origine de 20 à 25% des découvertes de nouvelles espèces, les expéditions de Philippe Bouchet permettent de mieux connaître les écosystèmes marins et font le bonheur du scientifique: «Quand j’étais étudiant, je rêvais de découvrir une espèce nouvelle. Aujourd’hui, on revient d’expédition avec des centaines d’espèces». Pour le scientifique, même si le recensement est sans fin, il est important de s’y atteler car «on ne traite pas de la même façon une planète selon le nombre d’espèces qui y vivent».

Prochaine expédition en Nouvelle-Calédonie

Pour Philippe Bouchet, ce ne sont pas tant les résultats du Census qui sont importants que le changement d’attitude par rapport à l’exploration de la biodiversité qu’il a permis. Chargé des grandes expéditions naturalistes au Muséum, il rapporte qu’il y a dix ans on «le regardait en fronçant les sourcils». Aujourd’hui, l’exploration de la biodiversité est d’une «incroyable actualité, y compris dans les grands fonds, qui étaient une frontière technologique il y a encore quelques années».

Le scientifique se réjouit d’avoir pu participer au Census, même s’il pense que cela n’a fait que «créer du réseau et donner une visibilité programmatique à des initiatives nationales disparates». Le nombre de chantiers à ouvrir reste immense, mais Philippe Bouchet est prêt à repartir en expédition dès que possible: «Une expédition est prévue en 2012 en Nouvelle-Calédonie. J’aimerais aussi retourner dans les archipels du Sud-Ouest du Pacifique (îles Salomon, Tonga, Fidji,...) car il y existe une grande concentration d’espèces marines. D’autres régions périphériques sont moins riches mais plus originales, par exemple le Sud de Madagascar où 25% des espèces trouvées là-bas ne vivent nulle part ailleurs».

Le «Census of Marine Life», lancé il y a dix ans, a permis de recenser près de 235.000 espèces marines et d’identifier les zones où la biodiversité est la plus menacée. Ses conclusions définitives seront présentées en octobre 2011.