Le déclin des abeilles commence à se voir

PLANETE Des scientifiques indiens l'ont constaté...

Audrey Chauvet

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Une abeille butinant une fleur.
Une abeille butinant une fleur. — IBO/SIPA

Sans eux, près de 35% de notre alimentation serait vouée à disparaître. Les insectes pollinisateurs, au nombre desquels les abeilles ont une place prépondérante, commencent à manquer: des chercheurs indiens ont noté de «claires indications» que la productivité agricole de leur pays baisse en raison de la disparition des insectes.

Adieu concombres, citrouilles et cornichons

Pour obtenir ces résultats, l’équipe de chercheurs de l’Université de Calcutta a comparé les rendements de deux types de cultures: «Les données prouvent que les rendements de cultures indépendantes de la pollinisation ont continué à augmenter, tandis que ceux des cultures dépendantes de la pollinisation ont diminué», a expliqué à la BBC Parthiba Basu, qui a mené les recherches.

Les plantes qui se reproduisent par d’autres moyens que les insectes, par exemple grâce au vent, sont donc vouées à prendre le pas sur les autres. Beaucoup de légumes pourraient ainsi devenir rares, comme la citrouille, la courge, le concombre ou le cornichon.

Pour connaître la raison de la disparition des insectes pollinisateurs, les scientifiques ont mené des expériences sur les méthodes agricoles. L’agriculture «raisonnée», employant peu de pesticides, permettrait aux insectes de survivre, tandis que l’agriculture intensive entraînerait un fort déclin du nombre d’insectes.

Pas de famine mais un déséquilibre nutritionnel

Le risque pour l’Inde n’est pas tant l’insécurité alimentaire, qui se traduirait par des famines, mais plutôt une insécurité nutritionnelle, nuance Parthiba Basu: «La plupart des cultures céréalières indiennes ne reposent pas sur la pollinisation par les insectes. Il n’y aura donc pas de crise alimentaire, mais il y a beaucoup de légumes qui sont très importants en termes d’apports nutritionnels.»

Le concept de sécurité nutritionnelle a été établi par la FAO (l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), pour assurer «l’accès de tous à une quantité de nourriture suffisante pour mener une vie saine».

Les insectes ont une valeur économique

Mais les enjeux sont aussi économiques. Chaque année, l’Inde produit environ 7,5 millions de tonnes de légumes, avec une agriculture qui représente près d’un cinquième du produit intérieur brut indien.

Aux Etats-Unis ou en Europe, des colonies d’insectes sont artificiellement installées dans les champs. Mais en Inde, remplacer les insectes autochtones par des colonies importées reviendrait beaucoup trop cher: on estime la valeur des services rendus par les insectes à 164 millions d’euros par an.