Marée noire: Découverte d'un «nuage» sous marin de pétrole

ENVIRONNEMENT Les résidus vont prendre plus de temps qu'estimé à disparaître...

Anaïs Machard avec AFP

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Le golfe du Mexique le 12 juillet 2010, montrant le pétrole à la surface de l'eau.
Le golfe du Mexique le 12 juillet 2010, montrant le pétrole à la surface de l'eau. — AFP PHOTO/NASA/HANDOUT

Des travaux réalisés par des océanographes ont révélé l’existence d’un large «panache» d’hydrocarbures dans les profondeurs du golfe du Mexique. L’étendue des résidus est de 35 km en longueur, 2 km en largeur, 200m en hauteur, ils sont situés à environ 1000 m de profondeur.

Des chercheurs du Woods Hole Oceanographic Institution (WHOI), plus grand institut mondial d’études océanographiques l’ont découvert fin juin, lors d’une expédition scientifique. Les travaux publiés jeudi confirment leur provenance de la plateforme Deepwater Horizon.

Pas de «l’huile pure» mais des composés de pétrole

L’aspect du nuage n’est pas du tout semblable aux galettes de fioul qui flottent habituellement sur l’océan. «Le panache n’est pas de l’huile pure, mais il y a des composés de pétrole là-dedans», révèle Richard Camilli, chef scientifique de la croisière et auteur principal du document. Ce sont des gouttelettes d’hydrocarbures, très diffuses, «équivalent à deux cuillérées à soupe dans un mètre cube d’eau de mer», précise le Figaro, selon des chercheurs de l’université de Georgie.

Les quelques 57.000 analyses chimiques réalisées fin juin lors de l’étude du panache ont révélé la présence de benzène, une substance qui peut être cancérigène, d’éthylbenzène et xylène, qui peuvent provoquer des effets nocifs sur le système nerveux central ainsi que de toluène, un dissolvant. Christopher Reddy, géochimiste marin, souligne que «la toxicité du nuage n’a pas encore pu être déterminée», mais il faudra "quelques mois d'analyse de laboratoire et de validation» avant de connaître la quantité des stocks de produits chimiques.

Une dégradation plus lente que prévue

Richard Camilli affirme que les traces de pétrole restent dans l’océan «plus longtemps qu’on ne le pensait.» Il contredit les experts, qui «ont tablé sur une biodégradation rapide des hydrocarbures se trouvant sous la surface de l'eau»: «Ce n'est pas ce que nous avons observé.»

Les échantillons d’eau prélevés en profondeur étaient clair et n’avaient aucune odeur de pétrole, «mais cela ne veut pas dire que ce n'est pas nocif pour l'environnement», rappelle Christopher Reddy. «On connaît la forme, les dimensions et la profondeur du panache, mais on ne sait pas s'il est toxique ni comment ni pourquoi il s'est formé», a-t-il ajouté.

Les composés de pétrole devraient peu à peu disparaitre, mangés par les bactéries qui peuplent le golfe du Mexique. Les analyses précisent qu’elles sont habituellement très abondantes, mais dans le cas présent elles n’ont pas encore commencé leur activité. «Si les données en oxygène ne nous indiquent pas qu’il est rapidement consommé par les microbes près du puits, les hydrocarbures peuvent persister pendant un certain temps», s’inquiètent les chercheurs. Le nuage se déplace lentement vers le sud-ouest et se dirige vers les côtes mexicaines, à une vitesse de 0.27km/h, soit 6.7 km par jour.

Un tel phénomène n’a jamais été observé. Le panache, qui stagne à des profondeurs voisinant les 1000m, se situe sur un niveau «entre deux eaux», ce qui confirme qu’il n’est pas issu d’une catastrophe naturelle. On sait maintenant où se situe une partie des

80% de débris restants de la plus grande marée noire jamais connue.