«Ne pas faire des enfants des petits profs de l'écologie, et ne pas les angoisser»

PLANETE Comment parler d'écologie aux enfants...

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Un enfant participe à une manifestation de Greenpeace, en octobre 2009 à New York.
Un enfant participe à une manifestation de Greenpeace, en octobre 2009 à New York. — FRANCES M. ROBERTS/NEWSCOM/SIPA

A l’occasion de la sortie en salles du dessin animé «Le voyage extraordinaire de Samy», dans lequel une petite tortue se trouve confrontée à des hommes peu respectueux de l’océan, 20minutes.fr a interrogé Caroline Sost, fondatrice de l’école Living School, sur le rapport des enfants aux messages environnementaux.

Le film «Le voyage extraordinaire de Samy» fait passer un certain nombre de messages en arrière-plan de l’intrigue principale. On y voit notamment une marée noire ou des déchets rejetés dans l’océan. Pensez-vous que les enfants saisissent le message écolo?

Je pense qu’ils saisissent bien, qu’ils sont très conscients de tout ça car on leur en parle de plus en plus, notamment dans les livres, et on leur en parle à l’école aussi. Ce qui est important, c’est que ce ne soit pas angoissant.

On n’arrête pas d’asséner des messages forts à cette génération, mais c’est dur de tout prendre de plein fouet. Il ne faut pas être moralisateur mais leur proposer des solutions et des possibilités d’agir.

Les films, et par extension les livres et les dessins animés, sont-ils un bon moyen de faire comprendre aux enfants ce qu’est la protection de l’environnement et pourquoi elle est nécessaire?

Complètement. On en utilise beaucoup à l’école, mais rien de tel que l’action. Il est important de partager des solutions et de faire intervenir des gens qui agissent. Il faut présenter des «super héros» aux enfants.

Il ne faut pas non plus désincarner les dégâts qu’on a fait: si on ne montre pas que la marée noire et les plastiques, ce sont aussi les hommes, on a tout faux. Le message idéal serait: responsable mais pas coupable!

Dans votre école, vous avez inclus un volet d’enseignements consacré au développement durable et à l’environnement. Les enfants sont-ils sensibles à ces sujets, s’y intéressent-ils?

Terriblement, leur intérêt est très important. On leur propose un équilibre entre constat et initiative positive, qui leur montre qu’il est possible d’être acteur. On dit aux enfants: face aux enjeux énormes, vous avez le potentiel de changer les choses, en menant des projets qui émergent d’eux. Le principe, c’est que les enfants lancent l’idée et notre job, c’est de trouver les interlocuteurs à l’extérieur pour les réaliser.

L’an dernier, Elliott, 5 ans, nous a dit qu’il voulait être policier de la planète pour apporter à manger à tous les enfants du monde: en s’associant à une initiative d’Action contre la faim, les enfants ont peint des assiettes à Noël et avec l’argent récolté de la vente, sept enfants pauvres ont été sauvés.

Lors d’une sortie en forêt, l’animateur a dit: «Mon rêve, c’est que chaque homme plante deux arbres par an dans dix ans». Les enfants lui ont demandé: «Pourquoi dans 10 ans? Nous on le fait!». En vendant des cartes de vœux et des mugs, on a pu replanter 720 arbres en Casamance, au Sénégal, où nous sommes correspondants avec une classe. C’est génial car les enfants savent qu’ils ont replanté des arbres, qu’ils ont aidé les enfants de là-bas...

On leur parle aussi des écogestes, du coup les parents n’arrêtent pas de se faire reprendre!

A quel âge peut-on commencer à parler aux enfants d’écologie et comment le faire?

Dès la maternelle, à deux ou trois ans sans problème.

Est-ce que les enfants d’aujourd'hui ne sont pas plus écolos que leurs parents?

Complètement, mais il faut faire attention à gérer le seuil de tolérance des parents! Tant que c’est fait avec humour et l’envie de contribuer, ça passe, mais il ne faut pas faire des enfants de petits profs de l’écologie moralisateurs et ne pas les angoisser.

Pendant une pièce de théâtre qui montrait les désastres écologiques, un petit garçon m’a demandé: «Mais c’est vrai tout ça ?». Il avait l’air angoissé et après le spectacle, il a fait des cauchemars. Là, c’est mauvais car ce sont les adultes qui devraient être inquiets, pas les enfants. Mais les adultes, il leur manque l’ouverture du cœur des enfants, qui eux sentent bien ce que c’est qu’un dauphin qui s’étouffe dans un sac plastique.