Dix ans pour arrêter le désert

PLANETE Les Nations unies lancent la Décennie de lutte contre la désertification...

Audrey Chauvet

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Désertification en Mauritanie.
Désertification en Mauritanie. — PECK/SIPA

Un milliard de personnes dans près de cent pays du monde sont menacées par l’avancée du désert. Ce lundi s’est ouvert à Fortaleza, au Brésil, la 2ème conférence internationale sur le climat et le développement durable dans les régions semi-arides, sous l’égide des Nations unies. C’est l’occasion pour la communauté internationale de donner le coup d’envoi de la Décennie de lutte contre la désertification (2010-2020), destinée à enrayer la progression des zones désertiques dans le monde.

La subsistance d’un milliard de personnes en jeu

Au cœur des débats qui se tiendront du 16 au 20 août, les régions semi-arides, qui risquent de devenir désertiques d’ici quelques années. Un habitant de la planète sur trois, soit 2,1 milliards de personnes, vit sur des terres sèches, qui recouvrent déjà plus de 40% de la superficie du globe, principalement en Afrique et en Asie. D’après les Nations unies, les variations climatiques et l’activité humaine (urbanisation, surpâturage, déforestation et cultures intensives) risquent de favoriser la désertification de ces zones.

«La désertification est le résultat des évolutions climatiques mais aussi de l’exploitation dérégulée des ressources, explique à 20minutes.fr Peter Hochet, anthropologue associé au centre de l’IRD (Institut de recherche pour le développement) de Ouagadougou (Burkina Faso). Il y a donc aussi un travail politique à faire, que l’on mène déjà en Afrique de l’Ouest, pour mettre en place des règles claires et négociées au niveau local pour freiner le processus de dégradation des sols et des ressources naturelles».

Des règles pour s’adapter

Pour Peter Hochet, qui participe à la conférence de Fortaleza, l’adaptation au changement climatique est aujourd’hui nécessaire. «Il y a plusieurs techniques d’adaptation: construire des cordons pierreux, l'agriculture de conservation, des bassins de rétention d’eau, le reboisement, etc».

Plusieurs initiatives pour lutter contre la désertification ont vu le jour dans les pays concernés, notamment en Afrique avec la création d’une «Grande muraille verte» parcourant le continent d’Est en Ouest pour freiner la progression du Sahara vers le Sud. En Equateur, un programme de plantations de clôtures vivantes de cactus devrait permettre de lutter contre l’érosion dans la zone montagneuse et désertique de Loja.

Toutefois, ces projets ne doivent pas empêcher les populations locales d’utiliser leurs ressources: «Mettre des territoires entiers sous cloche n’est pas une solution car dans des contextes où la population est à 75% paysanne cela peut être problématique à terme. Je pense qu’il faut aussi mettre un fort accent sur des règles concertées de gestion de la terre et des ressources qu'elle porte», commente Peter Hochet.

En vue: la prochaine conférence de Rio

La première décennie de lutte contre la désertification, lancée peu avant le sommet de Rio en 1992, avait permis de faire le point sur les données scientifiques sur la désertification. Dans l’optique du sommet Rio+20, qui aura lieu en 2012, la conférence de Fortaleza a donc été reconduite, en élargissant les débats à la problématique du réchauffement climatique.

Le but de la conférence, co-organisée par l’IRD, est de traduire en recommandations politiques les connaissances et expériences menées pour combattre la désertification. Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a plaidé pour «une réponse globale» au phénomène de la désertification, ce que devrait favoriser la mise en relation des pays victimes de désertification, comme l’Afrique de l’Ouest et le Brésil.