La forêt russe abandonnée par les autorités

PLANETE La réforme du code de la forêt russe a créé un flou juridique qui a favorisé la propagation des incendies...

Audrey Chauvet
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Un volontaire tente d'éteindre un feu de forêt, près de Moscou, le 13 août 2010.
Un volontaire tente d'éteindre un feu de forêt, près de Moscou, le 13 août 2010. — Pavel Golovkin/AP/SIPA

«Ce qui arrive était prévisible». Alexeï Iablokov, fondateur de Greenpeace en Russie, ne croit pas que les aléas climatiques soient les seuls responsables des feux qui ont ravagé les forêts russes ces dernières semaines. Pour plusieurs observateurs, la gestion des forêts, réformée en 2007 par Vladimir Poutine, a favorisé la propagation des incendies en laissant des propriétaires privés surveiller leur parcelle de forêt, sans aucune gestion globale de l’Etat.

Une forêt, ça s’entretient

Promulgué en 2007, le nouveau code forestier a entraîné la disparition de 70.000 garde-forestiers et transféré la responsabilité de la gestion des forêts aux collectivités locales et aux exploitants privés.

Le quotidien russe Izvestia compare la forêt russe a «un enfant abandonné»: les administrations locales n’ont pas reçu les fonds nécessaires pour mener à bien leur mission, tandis que les propriétaires privés ont négligé, faute de savoir-faire ou de moyens financiers, l’entretien des forêts. Le débroussaillement, l’aménagement d’accès pour les pompiers ou la création de zones coupe-feu a fait défaut à la forêt russe cet été.

Un flou juridique

Izvestia fait état d’un flou juridique autour des forêts russes. Lorsque les propriétaires sont confrontés à un accident face auquel ils n’ont pas les moyens de réagir, ils font appel aux services de l’Etat. Mais les quelques garde-forestiers qui restent en Russie n’ont pas toujours le droit d’intervenir, car ils encourent des sanctions pour gaspillage d’argent, explique un des dirigeants de Greenpeace en Russie, Mikhaïl Kreïndline.

Mieux prendre en compte l’environnement

Avec le démantèlement du ministère de l’environnement en 2000, Vladimir Poutine avait affiché sa préférence pour l’économie, à travers l’exploitation des ressources naturelles, au détriment de la nature. Aujourd’hui, la Russie paye le prix fort pour des erreurs qui remontent parfois à l’ère soviétique, comme l’assèchement des tourbières, ces marais dont la tourbe était exploitée pour produire des combustibles ou de l’engrais. Les feux de tourbières, qui dégagent des fumées toxiques, sont désormais fréquents et très difficiles à éteindre.

Après la catastrophe de Tchernobyl en 1986, des mesures environnementales avaient été adoptées par le gouvernement de Mikhaïl Gorbatchev. Les incendies de cet été, qui ont noyé Moscou dans un nuage de fumée, pourraient être un électrochoc en Russie pour mieux prendre en compte l’environnement alors que les températures extrêmes pourraient devenir fréquentes dans les prochaines années.