Echange dette contre nature

PLANETE Les Etats-Unis échangent une dette brésilienne contre la préservation des forêts tropicales...

Audrey Chauvet avec AFP
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Vue aérienne de la forêt de Jamanxim, au Nord du Brésil, en novembre 2009.
Vue aérienne de la forêt de Jamanxim, au Nord du Brésil, en novembre 2009. — AFP PHOTO ANTONIO SCORZA

Les Etats-Unis préférent-ils le vert des forêts tropicales au vert du dollar? Un accord passé entre le Brésil et les Etats-Unis, révélé ce mercredi par le ministère brésilien de l’Environnement, va permettre au Brésil de transformer une dette de 21 millions de dollars (16 millions d’euros) en programmes de protection de l’environnement.

La loi américaine pour sauver trois forêts brésiliennes

Cet accord stipule que le Brésil sera dispensé de rembourser cette dette pendant cinq ans, à condition qu’il investisse l’argent dans des projets de préservation de trois écosystèmes: la forêt atlantique (qui recouvre tout le littoral du Brésil), le Caatinga (zone semi-aride du Nord-Est) et le Cerrado (une savane au centre du pays).

La loi américaine pour la Préservation des forêts tropicales permet de transformer une dette en projets de protection de l’environnement, de gestion des ressources naturelles et de soutien au développement durable pour les communautés locales. Ce programme, lancé en 1998, associe douze autres pays en développement: Costa Rica, Panama, Bangladesh, Botswana, Bélize, Colombie, Guatemala, Jamaïque, Paraguay, Pérou, Philippines et Salvador.

Dans la forêt des swaps et des buy-backs

Selon un responsable du département d’Etat américain, cette loi permet aux pays bénéficiaires de «réorienter» leurs remboursements de la dette vers des fonds locaux, qui financeront les ONG et collectivités locales.

Plusieurs options sont possibles. La plus utilisée est de créer un fonds local, administré par une majorité de membres d’ONG ainsi que par des représentants du gouvernement américain et du pays bénéficiaire. D’autres mécanismes, inspirés des salles de marché de Wall Street, ont également été prévus: swaps ou buy-backs encadrés par l’USAID (l’agence américaine pour le développement).

«Yasuniser» la nature?

Le programme de préservation des forêts tropicales devrait permettre de dégager 163 millions de dollars au cours des 10 à 25 prochaines années. Ces fonds devraient contribuer à protéger près de vingt millions d’hectares de forêts. 

Monétiser la nature devient de plus en plus courant: à l’image du projet Yasuni en Equateur, où l’exploitation du pétrole sous-terrain pourrait être échangée contre une aide financière, les ressources naturelles pourraient bientôt porter une étiquette de prix.