Même quand elle étouffe, la Russie sacrifie ses poumons verts

PLANETE Des militants écologistes se battent malgré les intimidations pour préserver une forêt...

Audrey Chauvet

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Des militants russes dressent une barricade pour empêcher les bulldozers d'accéder à la forêt de Khimki, le 19 juillet 2010, en Russie.
Des militants russes dressent une barricade pour empêcher les bulldozers d'accéder à la forêt de Khimki, le 19 juillet 2010, en Russie. — Misha Japaridze/AP/SIPA

«Napoléon a brûlé Moscou, mais n’a pas abattu les arbres», «Aujourd’hui Khimki, demain Boulogne». Cela fait plus d’une semaine que les manifestations se multiplient autour de la forêt de Khimki, près de Moscou, et que les références à la France se multiplient sur les pancartes.

A travers ces slogans, c’est le groupe français Vinci qui est visé, car il est un des principaux associés à la construction d’un nouveau tronçon d’autoroute reliant Moscou à Saint-Petersbourg. Problème: la forêt de Khimki, un des poumons verts de Moscou, sera rasée pour laisser la place à l’autoroute.

Trois ans de lutte qui dégénèrent

Une association de riverains, le Mouvement pour la défense de la forêt de Khimki, se bat depuis déjà trois ans pour empêcher l’abattage. Ils ont proposé un projet qui permettait de contourner la forêt, mais le maître d’œuvre l’a refusé, le jugeant «incohérent», rapporte La voix de la Russie.

Mi-juillet, les militants écologistes ont installé des camps de protestation destinés à bloquer les engins de chantier, alors que les travaux commençaient sans autorisation légale. L’agression du leader du mouvement de défense de la forêt, Evguenia Tchirikova, par «un inconnu» a envenimé la situation.

Dans un témoignage publié le 7 août sur le site Europe solidaire sans frontières, Evguenia Tchirikova décrit les pressions exercées sur les manifestants. Menacés par des gardiens engagés par la société en charge de la déforestation et des vigiles «à l’apparence criminelle» et «très agressifs», les activistes tentent de résister aux arrestations arbitraires et aux violences physiques, tandis que l’accès des journalistes au site est très contrôlé et que des groupes soupçonnés d’être liés aux néo-nazis tournent autour des manifestants.

Vinci dénonce des «amalgames»

Fin juillet, le mouvement de défense de la forêt a adressé une lettre au PDG de Vinci, Xavier Huillard, lui demandant de renoncer à ce projet. «Le tracé a été décidé et reste du ressort des autorités russes et à ce stade Vinci n'intervient pas sur le chantier», avait alors indiqué à l'AFP la direction de Vinci à Paris.

Interrogée par 20minutes.fr, Estelle Ferron, chargée de communication chez Vinci, confirme cette position et dénonce les «amalgames»: «A ce stade, seules les autorités russes ont, sur le plan légal et contractuel, la charge de la maîtrise foncière, dont le choix du tracé. L’intervention de notre filiale ne se fera qu’à l’issue de cette étape, nous n’avons personne sur le site actuellement.» 

Une pétition et une manifestation de soutien à Paris

Vinci devrait bientôt recevoir une autre lettre, d’origine française cette fois. Une pétition adressée à Dmitri Medvedev, le président russe, et Xavier Huillard circule sur le Web. Alexis Prokopiev, son auteur, organise ce mardi à Paris une manifestation de solidarité: «Les militants russes ont sollicité le soutien français pour faire pression sur Vinci, mais également sur le gouvernement russe et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement qui finance le projet», explique-t-il à 20minutes.fr. Selon lui, c’est depuis la visite à Paris du président Medvedev en mars dernier que les menaces se sont accélérées. L’arrivée rapide des bulldozers et les menaces de «hooligans certainement payés par une des parties en présence» s’expliqueraient par les sommes d’argent en jeu et la corruption soupçonnée des autorités russes.

Militant chez les Jeunes Verts français, Alexis Prokopiev est en contact quotidien avec les écologistes russes. «Nous manifestons pour défendre la forêt, mais également pour demander la libération des militants interpellés et défendre la liberté de la presse russe», précise Alexis Prokopiev. Soutenus par Greenpeace et les Verts français, les militants écologistes russes ont besoin de «se sentir moins seuls».