Catastrophes naturelles: «Ces phénomènes auront tendance à se reproduire plus fréquemment»

DECRYPTAGE Explications autour des phénomènes météorologiques de grande ampleur, depuis le début de l'été...

Julie Rasplus

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Il y avait eu Xynthia en février dernier et plus récemment, les inondations dans le Var et en Pologne. Si depuis le début de l’année, les phénomènes météorologiques font la une, l’été 2010 n’échappe à la règle. Depuis un mois, les Moscovites affrontent une canicule et des feux de forêt sans précédent. Au Pakistan, des inondations ont fait plus d’un millier de morts. Et quinze personnes ont péri noyées en raison de pluies diluviennes en Europe centrale. Catastrophes en série, donc.

Sont-elles plus nombreuses que les années passées?

«Il est difficile de recenser ces phénomènes, en raison de leur variabilité», déclare Dominique Raspaud, prévisionniste à Météo-France. Impossible donc de mettre en évidence une augmentation nette par rapport aux autres années. Les chiffres fluctuent souvent d’une année à l’autre, comme le montre le dernier rapport du Centre de recherche sur l’épidémiologie des catastrophes naturelles (CRED). «Il est difficile d’identifier une tendance claire sur des années» indiquent les experts, en raison des très nombreux paramètres qui entrent en jeu.

Ces phénomènes sont-ils vraiment «exceptionnels»?

Si l’on ne possède aucune preuve tangible d’une possible augmentation de ces phénomènes, «il est certain, en revanche, que la canicule qui frappe la Russie est historique, par sa durée et son intensité», assure Dominique Raspaud. Les chiffres sont éloquents: «pour Moscou, la dernière valeur de référence datait de 1920 avec 36,8 degrés. Elle a été battue par six fois depuis le début de la canicule. Le 29 juillet, un nouveau record a été établi avec 38,2 degrés». Même caractéristique du côté du Pakistan. Si les pluies diluviennes ont été provoquées par la période de mousson, les indicateurs donnés par le pays ont permis de la qualifier de «particulièrement active» pour cette année. «Nous avons constaté une crue exceptionnelle de l’Indus» précise Dominique Raspaud.

Ces évènements ont-ils un lien avec le réchauffement climatique?

La question est sur toutes les lèvres. Et pourtant: «il est impossible de dire si ces phénomènes-là sont liés au changement climatique. Comme il est impossible d’affirmer le contraire», explique Dominique Raspaud. Une telle assertion demande du temps: «C’est la répétition de ces phénomènes» qui importe. «Il y a d’ores et déjà des signes de ce changement climatique, notamment au niveau des températures. Lorsqu’on étudie la moyenne des températures à l’échelle du monde des dernières décennies, on constate que les années les plus chaudes sont aussi les plus récentes.»

A quoi devons-nous nous attendre, pour le futur?

Sans sombrer dans l’alarmisme, ces phénomènes météorologiques « exceptionnels » vont-ils augmenter? Apparemment oui. Selon Bernard Seguin, un des 600 experts du GIEC et responsable de la mission sur le changement climatique à l’INRA, les derniers évènements en Europe et en Asie vont « dans le sens des évolutions possibles » d’ici 2070. «Les épisodes de canicule auront tendance à se reproduire plus fréquemment dans les prochaines années ou décennies» précise Dominique Raspaud. Et d’ajouter: «les climatologues du monde entier pensent également que des épisodes de pluies intenses pourraient devenir plus fréquents». Qu’on se le dise.

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