Marée noire: Et maintenant?

POLLUTION Si l'opération de cimentage réalisée jeudi par le groupe pétrolier BP réussit, la fuite sera totalement colmatée. Mais rien n'est fini, au contraire...

Julie Rasplus, avec AFP

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L’arrivée de la saison des ouragans dans la région va rendre l’intervention des secours encore plus difficile. De nombreux bateaux dépolluants risquent de rester cloués au port.
L’arrivée de la saison des ouragans dans la région va rendre l’intervention des secours encore plus difficile. De nombreux bateaux dépolluants risquent de rester cloués au port. — Ho New / Reuters

Jeudi, BP doit sceller de manière définitive le puits de pétrole dans le golfe du Mexique. La veille, la compagnie s'était félicitée de la réussite du «static kill», saluée par Barack Obama: «La longue lutte pour arrêter la fuite (…) est proche de son terme. Et nous en sommes très contents».

Les Etats-Unis entrevoient donc le bout du tunnel concernant l'écoulement de brut. Le travail de dépollution, lui, ne fait que commencer.

Nettoyer les bayous

Principaux points noirs du nettoyage: les marécages qui composent l'essentiel de l'écosystème de la Louisiane. Cette éponge environnementale abrite des centaines d'espèces et s'avère très compliquée à nettoyer du fait de ses ramifications. Atteindre le fond des marais englués dans le brut sera plus difficile encore que le décrassage du littoral.

Evaluer les conséquences sur l'écosystème

L'impact écologique de la catastrophe n'est plus à prouver. Mais personne ne connaît vraiment les conséquences «à long terme». Mercredi, Jane Lubchenko, la directrice de l'Agence océanique et atmosphérique américaine (NOAA) s'en est d'ailleurs inquiétée. Selon elle, l'impact de la marée noire sur l'écosystème «pourrait se faire sentir pendant des années et peut-être des décennies».

Point positif: le projet international «Census of Marine Life» a permis de recenser 15.000 espèces qui vivaient dans le golfe du Mexique avant la marée noire. De quoi servir de base pour mesurer l'impact de la catastrophe sur l'écosystème.

Faire face aux suppressions d'emploi

La pêche et le tourisme sont également affectés. Un coup dur pour la Louisiane et la Floride, dont les économies reposent sur ces deux activités. Mercredi, Jane Lubchenko a voulu rassurer la population. Concernant les possibles conséquences sur les espèces destinées à la consommation, elle a assuré que les organismes supprimaient naturellement les hydrocarbures.

La région risque aussi de pâtir de l'interdiction temporaire des activités de forage en pleine mer. D'ici décembre, la marée noire va engendrer au moins 1,2 milliard de dollars de perte d'activité ainsi que la suppression de 17.000 emplois.

Surveiller l'effet des dispersants

4,9 millions de barils se sont finalement écoulés dans le golfe du Mexique, soit 779 millions de litres. Mais seul 26% du pétrole déversé dans le golfe du Mexique se trouve encore dans la nature, selon un rapport de l'Agence océanique et atmosphérique (NOAA) et du gouvernement.

Beaucoup de pétrole s'est, lui, évaporé, aidé par les 7 millions de litres de dispersants déversés. Les associations ont dénoncé ce procédé, à l'instar de Greenpeace qui soupçonne ces produits d'être toxiques. Après avoir réalisé des tests, l'Agence américaine de protection de l'environnement a nuancé ces craintes, lundi, assurant que le mélange ne l'était «pas plus (…) que le pétrole lui-même».