La Grande muraille verte démarre en Mauritanie

PLANETE Des arbres vont être plantés pour lutter contre la désertification...

Audrey Chauvet
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Sécheresse au Niger, en avril 2010.
Sécheresse au Niger, en avril 2010. — AFP PHOTO/ BOUREIMA HAMA

Une barrière d’arbres de 7.100km, de Dakar à Djibouti. C’est l’ambitieux projet lancé par onze pays africains pour freiner l’avancée du désert vers le sud du Sahel. La Mauritanie a commencé ce lundi à planter 384.000 arbustes, selon le ministre de l’Environnement mauritanien.

Des arbres contre le sable et la mer

Les arbres vont être plantés sur une superficie de 726 hectares pour renforcer la ceinture verte de la capitale, Nouakchott, menacée par l’avancée de la mer et l’ensablement. Les arbustes devraient permettre de fixer les dunes de sable sur le littoral.

Le programme de reboisement en Mauritanie s’inscrit dans le projet de «Grande muraille verte», initié en 2005 par l’Union africaine. Sur 15km de large et plus de 7.000km de long, un mur de verdure se dressera d’ici à 2015 pour enrayer la progression du désert. Des chercheurs de l’IRD (Institut de recherche pour le développement) ont été mobilisés pour choisir les techniques de revégétalisation les plus efficaces et les espèces d’arbres les plus adaptées.

L’alimentation de millions de personnes est en jeu

La lutte contre l’avancée du désert est une question de survie pour les onze pays impliqués (Sénégal, Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Nigeria, Tchad, Soudan, Egypte, Ethiopie et Djibouti). Les changements climatiques et l’exploitation agricole ont fait reculer la zone forestière, entraînant une dégradation des sols et une désertification galopante. Avec des terres trop arides pour être cultivées et qui ne permettent plus de nourrir le bétail, l’alimentation des populations locales est compromise. Au Sahel, déjà dix millions de personnes souffrent de malnutrition.

L’IRD a préconisé aux pays africains de planter des espèces d’arbres qui puissent facilement s’adapter au milieu sahélien, comme le filao, un arbre tropical qui permet de pallier les carences des sols dégradés. Originaire d’Australie, cet arbre est surnommé «arbre de fer» pour la dureté de son bois et vit sans problème dans des sols très pauvres en minéraux. 

Un projet nécessaire mais dont la viabilité n’est pas assurée

Certains spécialistes estiment toutefois que la ceinture verte est vouée à l’échec. Cette initiative de grande ampleur, mais sans budget défini à l’heure actuelle, peut paraître utopique dans une région soumise à de nombreux conflits.

La Kenyane Wangari Maathai, prix Nobel de la Paix en 2004 et fondatrice du «Greenbelt movement», a toutefois rappelé en décembre dernier à Copenhague l’importance de la protection des forêts tropicales. «Il est extrêmement important de protéger les forêts africaines et de comprendre ce qu’il arrive lorsqu’un écosystème est détruit. La biodiversité que nous perdons en détruisant ces forêts est irremplaçable», a-t-elle déclaré en marge du sommet de l’ONU. 

Selon une étude de l’UNESCO, un tiers des surfaces émergées de la planète sont menacées par la désertification. Depuis cent ans, le Sahara a progressé vers le sud de 250km.