Guide de survie face aux animaux sauvages

PLANETE La FAO donne des conseils pour vivre en harmonie avec les prédateurs...

Audrey Chauvet
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Un lion tue un gnou, dans la réserve d'Entabeni, en Afrique du Sud, en 2009.
Un lion tue un gnou, dans la réserve d'Entabeni, en Afrique du Sud, en 2009. — Rex Features/REX/SIPA

Le lion est mort ce soir n’est plus une bonne nouvelle. La crise actuelle d’extinction d’espèces animales a conduit la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) à créer un kit d’outils pour résoudre les conflits entre l’homme et la faune sauvage autrement qu’en abattant les animaux. Au programme: pistolets au piment pour les éléphants ou sandwichs au serpent pour les babouins. «Ces conflits mettent en péril la sécurité alimentaire par la destruction du bétail et des récoltes, explique le directeur des programmes de l'IGF (Fondation internationale pour la sauvegarde de la faune) François Lamarque à 20minutes.fr. D'où la légitimité de la FAO a s'en préoccuper».

Les affrontements naturels entre hommes et animaux s’aggravent actuellement sous l’effet de la croissance de la population et de la disparition des habitats naturels de la faune. La FAO rappelle que la population africaine a pratiquement triplé depuis 1960, et de nombreux villages sont apparus dans des zones autrefois sauvages. Le défrichement et la création de sentiers de brousse ont contribué à rapprocher les hommes et les animaux, les mettant ainsi tous deux en danger.

Les éléphants n’aiment pas le piment

La FAO a mis au point un «toolkit», petite valise remplie de documents donnant des conseils pour se débarrasser des prédateurs sans les tuer. Contre un éléphant qui convoiterait un champ de maïs, le piment est un remède infaillible. Un pistolet en plastique tirant des balles contenant un concentré de piment fera fuir le pachyderme lorsqu’elles exploseront sur sa peau, ou encore un champ de piment l’éloignera à coup sûr. 

Les babouins, qui chapardent régulièrement de la nourriture dans les maisons et peuvent menacer les hommes ou blesser sérieusement les chiens, ont un point faible: ils craignent les serpents. La FAO conseille donc de placer un serpent (de préférence vivant) dans une miche de pain évidée: le babouin effrayé ne devrait pas revenir de sitôt.

Plutôt qu’un chien de garde, la FAO plaide en faveur des ânes car «ils n’ont peur de rien et peuvent faire fuir même de gros carnivores en brayant, en mordant et en ruant».

Le conseil le plus avisé est donné à propos des crocodiles, responsables du plus grand nombre de décès dus aux animaux en Zambie et au Mozambique: moins susceptibles d’attaquer l’homme ou le bétail s’ils disposent de stocks abondants de poissons, éviter la surpêche serait un moyen simple d’atténuer le danger qu’ils représentent.

Les animaux sauvages, menace ou richesse à préserver?

Les mesures proposées par la FAO peuvent prêter à sourire, mais le problème qu’elles visent à résoudre est sérieux. Dans un communiqué publié ce lundi, la FAO rapporte les conclusions du Comité technique sur la faune sauvage de la Communauté de développement de l’Afrique australe: les animaux sauvages représentent le problème numéro un pour les populations rurales de ces pays, tant pour leur sécurité personnelle que pour les dégâts économiques qu’ils occasionnent.

Par exemple, une parcelle de maïs vandalisée par les éléphants peut mettre en péril la survie d’une famille voire d’un village entier. Des observations menées en 1996 ont permis de mesurer les pertes agricoles dues aux éléphants: elles s’élevaient à 21% en Ouganda. Les animaux sauvages peuvent également attaquer le bétail ou lui transmettre des maladies, ruinant le travail des éleveurs locaux.

La plus grande difficulté sera, pour la FAO, de faire évoluer les mentalités, pour que les villageois ne considèrent plus les animaux sauvages comme une menace à éliminer ou un gibier. Pour François Lamarque, il s'agit aussi d'un enjeu politique: «Les populations sont aussi des électeurs et ces conflits ressortent souvent sur le terrain, donc les politiques y prêtent attention. Nous avons un rôle de sensibilisation des politiques à ces questions».