Transgreen ramènera le soleil du Sahara en Europe

PLANETE L'énergie solaire captée dans le désert passera sous la Méditerranée...

Audrey Chauvet avec AFP

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Une centrale de production d'électricité solaire, aux Etats-Unis, en 2006.
Une centrale de production d'électricité solaire, aux Etats-Unis, en 2006. — AFP

Une douzaine de groupes industriels européens, dont les Français EDF, Areva et Alstom, ont lancé lundi à Paris le consortium Transgreen pour étudier la faisabilité d’un réseau sous la Méditerranée, permettant d’acheminer vers l’Europe l’électricité issue de l’énergie solaire produite dans les pays du sud du bassin méditerranéen.

Ce consortium s’inscrit dans le cadre du Plan solaire méditerranéen qui prévoit la construction, d’ici 2020, de centrales de production d’électricité renouvelable, notamment solaire, de 20 gigawatts dont un quart serait exporté vers l’Europe.

Desertec, un projet pharaonique

Figure de proue de ce projet gigantesque, la centrale solaire Desertec, qui pourrait fournir, d’ici à 40 ans, près de 15% de l’électricité européenne grâce à des kilomètres de capteurs solaires installés dans le Sahara, du Maroc à l’Arabie saoudite. Pour transporter l’électricité produite dans le désert jusque dans les pays moins ensoleillés, le consortium mené par EDF devra concevoir un réseau de câbles sous-marins, comme il en existe pour le réseau Internet, régulièrement perturbé par des coupures de câble accidentelles ou criminelles.

Néo-colonialisme ou développement local?

«Ces autoroutes énergétiques sont absolument indispensables», a estimé le ministre français de l'Ecologie Jean-Louis Borloo lors de la signature du protocole d'accord, soulignant que ce réseau permettrait, grâce aux tarifs de rachats européens, de contribuer à la rentabilité des projets d'énergie renouvelable au sud, en particulier au Maghreb.

Alors que les détracteurs du projet y voient une nouvelle forme de colonialisme mené par les multinationales, ses auteurs défendent de possibles transferts de technologies et le développement économique des pays du sud de la Méditerranée.

Bilan écologique incertain

Les impacts environnementaux du projet sont aussi sujets à controverse. Les centrales thermosolaires consomment en effet beaucoup d’eau douce, puisque la chaleur captée par les panneaux sert à chauffer de l’eau, dont la vapeur actionne une turbine. C’est pour résoudre ce problème d’alimentation en eau que des usines de dessalement d’eau de mer accompagneront l’installation des centrales, captant ainsi une partie de l’électricité produite.

Alors que la branche allemande de Greenpeace a déclaré soutenir le projet, car il évite la création de nouvelles centrales thermiques en Europe, le réseau Sortir du Nucléaire en pointe les contradictions: «La qualité principale du solaire, c'est de pouvoir être installée sur des toits, au plus près du consommateur. Produire de l'énergie solaire dans le Sahara pour la transporter en Europe, c'est absolument absurde».