Péages urbains: quelle voie pour la France?

ENVIRONNEMENT 20minutes.fr vous explique comment ça marche chez nos voisins européens...

Audrey Chauvet

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Une voiture entre dans la zone soumise au péage urbain, à Londres. 
Une voiture entre dans la zone soumise au péage urbain, à Londres.  — Alex Segre / Rex Featur/REX/SIPA

En route vers le péage urbain. La Commission mixte paritaire sur les dispositions du Grenelle de l’environnement, dont les péages urbains, rendra ses conclusions ce lundi au Sénat avant une discussion ce mardi à l’Assemblée Nationale.

L’expérimentation des péages urbains pourrait être rendue possible pour les agglomérations de plus de 300.000 habitants. Les villes volontaires pourront s’inspirer des nombreuses villes européennes qui ont déjà expérimenté le péage urbain, mais pas toujours pour des raisons écologiques.

Décongestionner

Le plus célèbre des péages urbains, celui de Londres, a été instauré pour décongestionner le centre-ville saturé en semaine. Le péage, en vigueur du lundi au vendredi de 7h à 18h depuis 2003, a permis de réduire le trafic des véhicules particuliers de 34%, soit 65.000 voitures en moins par jour.

55% des Londoniens ayant abandonné leur voiture préfèrent prendre le bus plutôt que payer les 10£ (12 euros), pendant que 20% d’entre eux utilisent un autre transport individuel (deux-roues, taxis,...). Malgré les résistances initiales, les Londoniens reconnaissent maintenant l’efficacité du péage dans la réduction de la congestion du trafic (les vitesses moyennes des véhicules ont augmenté de 2 à 3 km/h) et l’approuvent pour 51% d’entre eux.

Même idée à Stockholm, où la «taxe de congestion» régule l’entrée dans la ville de 6h30 à 18h30 en semaine, avec des tarifs variables selon les horaires (autour de 2 euros). Le trafic a baissé de 18% dans la capitale suédoise depuis 2007 et le réseau de transports en commun a été amélioré grâce à la taxe. Les résidents apprécient particulièrement de pouvoir se garer plus facilement.

Améliorer la qualité des routes

En Norvège, les péages urbains ont surtout été pensés comme des sources de financement pour améliorer l’état des routes. Depuis 1990, un péage destiné à recueillir des fonds, et non à dissuader la circulation automobile, est en place à Oslo. Ce péage permanent, aux tarifs relativement bas, a trouvé l’approbation des Norvégiens après quelques années d’application: les automobilistes sont satisfaits de la rénovation des routes et les usagers des transports en commun apprécient l’amélioration du réseau.

Pollueur-payeur

Seule ville a avoir affirmé son intention écologique en Europe, Milan a mis en place en 2007 un péage urbain qui taxe les voitures selon leur niveau de pollution. Les plus émettrices de CO2 doivent s’acquitter de 2 à 10 euros pour entrer dans le centre ville entre 7h30 et 19h30 en semaine.

L’expérience italienne est concluante pour l’environnement: grâce aux 22.000 véhicules qui renoncent quotidiennement à entrer en ville, les poussières fines sont en diminution et la qualité de l’air s’est améliorée. Plusieurs grandes villes allemandes (Berlin, Cologne, Hanovre,...) ont simplement interdit l’accès aux centres villes aux voitures les plus polluantes.

Victimes de leur succès

Une fois les premières résistances passées, les péages urbains semblent satisfaire les habitants des grandes villes européennes. Trafic plus fluide, air plus respirable et réseaux de transports en commun améliorés ont permis de rendre les villes un peu plus agréables à vivre.

Mais les péages urbains pourraient, à terme, être victimes de leur succès: si trop de voitures renoncent à entrer en ville, les finances manqueront pour financer le fonctionnement du péage et subventionner les transports publics.