Neige en trompe-l'oeil sur les sommets péruviens

PLANETE Peindre la montagne, une idée pour sauver les glaciers...

Audrey Chauvet

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Le glacier Pastoruri, au Pérou, victime du réchauffement climatique. 
Le glacier Pastoruri, au Pérou, victime du réchauffement climatique.  — Karel Navarro/AP/SIPA

Victimes du réchauffement climatique, les glaciers andins fondent et la neige déserte les montagnes. Pour enrayer ce phénomène, le péruvien Eduardo Gold, scientifique autodidacte et fondateur de l’ONG Glaciers du Pérou, a une idée: repeindre les sommets en blanc. Pas pour faire joli, mais pour modifier l’albedo, c’est-à-dire la capacité de réflexion de la lumière. Son idée est simple: le blanc renvoie la lumière du soleil alors que les couleurs sombres absorbent la chaleur. En peignant les sommets en blanc, leur température devrait baisser et les glaciers auraient plus de chances de se régénérer.

Citron, blanc d’œuf et eau

Le projet est déjà à l’essai sur le pic de Chalon Sombrero, depuis le mois de mars dernier. A l’image des maisons peintes à la chaux pour être mieux isolées, cette montagne sera bientôt recouverte de peinture fabriquée par les villageois de Licapa, village situé au pied du sommet.

Cette peinture est 100% naturelle: à base de citron, blanc d’œuf et eau, elle est utilisée depuis des siècles au Pérou. Pas de pinceaux, mais des cruches remplies de peinture qui peuvent être déversées à la vitesse de 1 hectare par semaine. Il faudra donc plusieurs mois pour couvrir les 70 hectares du massif de Chalon Sombrero.

Inapplicable à grande échelle

Les habitants de Lipaca sont enthousiastes. Pour eux, c’est leur alimentation en eau qui se joue: sans glaciers, pas de rivières en aval, pas d’irrigation, pas de cultures, et un risque majeur de pénurie alimentaire. En mai dernier, le ministre de l’Environnement péruvien, Antonio Brack, a annoncé qu’il faudrait 400 millions de dollars (325 millions d’euros) pour atténuer le changement climatique dans son pays.

L’idée d’Eduardo Gold divise: alors que le ministre péruvien de l’Environnement reste sceptique sur son efficacité, les glaciologues lui reconnaissent une efficacité locale mais inapplicable à grande échelle. La Banque Mondiale a elle été enthousiasmée par ce projet, qu’elle a choisi parmi 1.700 autres dans le cadre de son concours «100 idées pour sauver la planète». Eduardo Gold recevra de la Banque Mondiale 200.000 dollars (163.000 euros) pour mener à bien son projet.

Apprentis sorciers du climat

Les projets de géo-ingenierie se multiplient à travers le monde: les Chinois ont déjà envoyé de l’iodure d’argent dans le ciel pour déclencher la pluie et une entreprise allemande travaille à la création de nuages artificiels. Ces apprentis sorciers du climat auront-ils la capacité de ralentir durablement le réchauffement climatique?

Au Pérou, des solutions viables devront être rapidement trouvées: 22% des glaciers tropicaux auraient disparu depuis 30 ans selon un rapport de la Banque Mondiale, mettant ainsi en péril l’approvisionnement en eau de millions de personnes.