L'océan sous surveillance

PLANETE 3.000 balises qui flottent dans les eaux du globe dévoilent des informations précieuses...

Audrey Chauvet

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Une balise Argo est jetée dans l'océan.
Une balise Argo est jetée dans l'océan. — © Ifremer/Ovide 2008

Ce sont les espions de la vie marine: 3.000 balises flottent dans les eaux du globe pour fournir des données sur l’état de santé de l’océan. Les utilisateurs du programme international Argo, lancé en 2000, qui permet de recueillir quotidiennement des données telles que la température et la salinité des océans, se sont réunis à Paris jeudi et ce vendredi pour consolider la participation européenne au réseau international de collecte de données. Des informations indispensables pour prévoir l’évolution du climat et se prémunir contre la hausse attendue du niveau des mers.

Estimer la chaleur stockée par l’océan

Ces balises sont une mine d’informations pour les chercheurs: elles permettent notamment d’estimer la chaleur stockée par l’océan, y compris dans les eaux profondes, et la façon dont elle est redistribuée par les courants. Sur les 50 dernières années, on estime que 80% de l’excédent de chaleur (dû aux émissions de CO2) a été absorbé par l’océan, retardant ainsi le réchauffement de l’atmosphère.

Les biologistes utilisent également ces mesures pour étudier la vie marine: la quantité d’oxygène, de carbone et de chlorophylle présente dans les océans permet de quantifier le CO2 qui pourra être fixé par la photosynthèse.

Suivre les pollutions et les méduses

Mais ce réseau de balises permet aussi de suivre les pollutions marines et la dérive des particules d’eau. La marée noire de Louisiane arrivera-t-elle jusque sur les côtes européennes? L’observation des courants permet de visualiser les routes que la nappe de pétrole devrait suivre, mais la dissolution du pétrole dans l’eau fait qu’il ne prendra pas forcément le chemin qu’une bouteille jetée à la mer pourrait suivre.

Les données collectées sont aussi utilisées pour les recherches de boîtes noires en mer, pour la sécurité maritime, la prévision des cyclones, la pèche, la qualité des eaux, les algues vertes... Un projet a été lancé pour placer des balises en Méditerranée afin de suivre les bancs de méduses et prévoir leur arrivée sur les côtes. 

Des océans bien mieux connus

Les balises Argo constituent une vraie rupture dans l’observation des océans. Les satellites ne donnent pas d’informations sur ce qui se passe à plus de 500 mètres de profondeur et les balises placées traditionnellement par les bateaux marchands ne couvrent que les routes fréquemment empruntées, laissant de côté de grandes zones telles que les océans proches des pôles.

Le programme Argo a permis d’améliorer considérablement la qualité des mesures effectuées dans les océans: le réseau de balises transmet, en 24h, 3.000 observations couvrant tout l’océan, jusqu’à 2.000 mètres de profondeur.

Mémoire du système climatique et immense puits de carbone, l’océan joue un rôle clé dans la régulation des températures terrestres. Il est cependant victime de sa bonne volonté: actuellement, les eaux mondiales montent de 3mm en moyenne par an, sous les effets conjugués de la dilatation de l’eau liée à son réchauffement et de la fonte des glaciers qui apportent de l’eau douce. Pour le GIEC, les données du programme Argo seront des informations précieuses pour le prochain rapport.