Mais où va le pétrole de la marée noire?

ENVIRONNEMENT Raffinement, évaporation, biodégradation, engluement des côtes. Décryptage...

Oriane Raffin

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Une nappe de pétrole s'approche de la Louisiane, lundi 3 mai 2010.
Une nappe de pétrole s'approche de la Louisiane, lundi 3 mai 2010. — Alex Brandon/AP/SIPA

Entre 100 et 150 millions de litres de pétrole brut se sont écoulés dans le golfe du Mexique depuis l’explosion de la plate-forme Deepwater Horizon fin avril. Depuis, en dehors de quelques animaux mazoutés et de barrages flottants, peu d’images de côtes souillées ont filtré. Où est le pétrole, et surtout où va-t-il aller? 20minutes.fr fait le point.

Raffiné

Dans un premier temps, juste au niveau de la fuite, BP tente de récupérer un maximum du pétrole et compte bien s’en resservir. L’entreprise va séparer l’eau du brut, pour le raffiner et le vendre... au profit d’un fonds pour la nature.

Evaporé

Le pétrole est léger. Brut, il flotte sur l’eau, sans s’y mélanger. Les nappes de pétrole recouvrent donc rapidement les océans. Sous cette forme, il s’agit de «masses inattaquables» note Gilles Bocquené, ecotoxicologue à l’Ifremer, contacté par 20minutes.fr. Première évolution du pétrole après la fuite: son évaporation. «Ce sont ses fractions les plus légères, qui sont aussi les plus toxiques, qui s’évaporent en premier», explique Christophe Rousseau, du Cedre (Centre de Documentation, de Recherche et d'Expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux). Il estime que l’évaporation touche environ 50% du produit, qui se dilue ensuite dans l’air.

A cela s’ajoute le pétrole «brûlé», qui peut provoquer des «nuages de cendres» qui peuvent ensuite se déposer à terre, même assez loin. «Le reste se mélange à l’eau, ce qui donne une couleur rouge à l’émulsion», précise Christophe Rousseau. Ce mélange, aussi appelé «mousse au chocolat», se dirige ensuite vers les côtes et risque d’engluer le littoral.

Biodégradé

Entre temps, l’utilisation du dispersant permet, grâce à une réaction chimique, de séparer la nappe en petites gouttelettes, qui se dispersent dans la colonne d’eau (c'est-à-dire sous l'eau, sur toute la profondeur) au lieu de rester à la surface.

«Une fois fractionné en petites gouttelettes par les dispersants, il y a deux actions: une dégradation photolytique, c’est-à-dire que la lumière casse les molécules, et une dégradation bactérienne, ou les micro-organismes s’attaquent aux molécules», explique Gilles Bocquené.

Un processus long, qui peut prendre «quelques semaines, quelques mois, au pire quelques années, explique l’ecotoxicologue. Tout dépend de la quantité.» Une fois «dégradé», le pétrole redevient du carbone et de l’hydrogène.

Engluer les côtes

Autre destination du pétrole: les côtes. «Quand elles sont en rochers ou en sable, on peut récupérer le pétrole et l’amener ailleurs pour le traiter», explique Gilles Bocquené. Mais en Louisiane, avec les bayous et les marais, la récupération du pétrole est quasi impossible.

Pour le moment, selon Greenpeace, au moins 225 kilomètres de côtes, en Louisiane, au Mississipi et en Alabama ont déjà été touchés. «On manque cruellement d’informations», déplore Christophe Rousseau, du Cedre. «On ne sait pas ce qui est vraiment arrivé sur les côtes et dans quelles quantités», explique-t-il.

Pas dans les assiettes

Ce qui est sûr, en revanche, c’est que nos assiettes devraient être relativement épargnées par le pétrole, qui ne remonte pas la chaîne alimentaire. «Il ne se bioaccumule pas, explique Gilles Bocquené. Il n’est pas métabolisé par les organismes, mais il est dégradé par les enzymes», ces protéines qui accélèrent les réactions chimiques et, en l’occurrence, la dégradation des molécules du pétrole.

Concrètement, soit les animaux (poissons, crevettes, etc) meurent, étouffés ou empoisonnés et donc ne sont pas comestibles. Soit ils ingèrent un peu de pétrole mais l'éliminent. Soit ils arrivent à détecter la présence de pétrole et donc à éviter la contamination, en rejoignant une zone non polluée.