Transports:«Le meilleur déplacement durable, c'est celui qu'on ne fait pas»

ENVIRONNEMENT Ludovic Bu, auteur d'un ouvrage sur la mobilité durable, réagit au résultat du panel 20 Minutes...

Propos recueillis par Audrey Chauvet

— 

La ligne 2 du tramway à Issy.
La ligne 2 du tramway à Issy. — REVELLI-BEAUMONT/SIPA

Auteur de Les transports, la planète et le citoyen – En finir avec la galère, découvrir la mobilité durable (ed.Rue de l’échiquier), Ludovic Bu réagit au résultat d’un panel 20 Minutes paru ce mardi.

Qu’est-ce que la mobilité durable?

C’est celle qui permet d’avoir l’impact le moins important sur un trajet donné. Dans le panel, on voit que 83% des sondés estiment que les transports en commun jouent un rôle dans la protection de l’environnement. C’est très discutable: si toutes les voitures étaient remplacées par des transports collectifs, alors oui, on polluerait moins. Mais si on considère que depuis 30 ans, les distances de déplacements ont augmenté de 30%, alors on pollue toujours plus.

Le meilleur déplacement durable, c’est celui qu’on ne fait pas.

50% des sondés passent plus d’une heure par jour dans les transports: comment réduire ce temps?

Le problème vient de la géolocalisation des zones d’emploi et des zones d’habitation. Beaucoup de gens n’ont pas la possibilité de choisir leur logement ou ont des lieux d’emplois fluctuants, comme les ouvriers du BTP. Et même quand on a le choix, beaucoup de gens préfèrent une grande maison à la campagne avec une heure de trajet pour aller travailler qu’un logement minuscule mais à 15 minutes de marche...

Pour moi, il est aberrant que la collectivité soutienne certains choix en mettant en place les infrastructures nécessaires à des trajets longs (avec le RER D qui parcourt 100kms par exemple) et continue à faire passer le message que «c’est possible».

Le taux d’utilisation de la voiture à Paris est en baisse constante et 60% des personnes interrogées qui prennent parfois ou tout le temps leur voiture seraient prêtes à l’abandonner pour les transports. Comment faire pour passer de l’intention à l’action?

On est toujours prêt à faire un effort, mais le taux de passage à l’acte est de l’ordre de 2 à 3% dans toutes les enquêtes. On trouve toujours des excuses pour garder sa voiture. Et il faut aussi une offre alternative qui corresponde au besoin de chacun. Le flux majeur de voitures en Ile de France est de grande couronne à grande couronne, ce qui est impossible à faire directement en transports en commun.

Dans Paris, la baisse du trafic est de 2 à 4% par an depuis 2003, mais comme les voies ont été réduites, c’est toujours le même bazar et les automobilistes n’ont pas l’impression que le trafic diminue.

80% des sondés trouvent les transports en commun trop chers, alors qu’ils ne payent que 25% du prix réel des transports. Comment expliquer ce paradoxe?

Les gens comparent le coût de la voiture au coût des transports en commun, or ils sous-estiment le premier et surestiment le second.

Dans le coût de la voiture, il ne faut pas prendre en compte que l’essence et l’assurance, mais aussi le coût d’achat, le coût d’un éventuel crédit, celui de la dévalorisation, de la réparation, du stationnement, mais aussi les coûts énormes du temps perdu dans les embouteillages et de l’accidentologie.

Les transports collectifs paraissent trop chers car la perception du service est négative (88% des usagers trouvent les transports en commun peu confortables). On se dit «Pourquoi ça coûte si cher alors que c’est nul ?». De plus, le remboursement de 50% par les employeurs, dont bénéficient 85% des abonnés, figure sur la fiche de paye, et n’est souvent pas prise en compte dans le calcul du coût des transports. Ce remboursement et les subventions des collectivités constituent les 75% du financement des transports.