Quand la biodiversité a un prix

ENVIRONNEMENT L'Equateur s'engage à préserver sa forêt contre 350 millions de dollars par an...

Audrey Chauvet

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Vue aérienne du parc national Yasuni, en Equateur.
Vue aérienne du parc national Yasuni, en Equateur. — Dolores Ochoa/AP/SIPA

Le projet Yasuni est une première mondiale: un gisement pétrolier ne sera pas exploité pour préserver la forêt amazonienne. Le gouvernement équatorien s’y est engagé, contre compensation financière: l’équivalent des 850 millions de barils qui reposent dans le sous-sol est évalué à 350 millions de dollars par an, pendant 10 ans.

Une biodiversité exceptionnelle

Le Parc Yasuni, c’est beaucoup de pétrole en sous-sol mais surtout une biodiversité extraordinaire: 2.244 espèces d’arbres, 567 espèces d’oiseaux, 105 espèces d’amphibiens, 83 espèces de reptiles, 382 espèces de poissons, plus de 100.000 espèces d’insectes...

C’est également là que vivent trois peuples indigènes, qui seraient chassés de leur territoire en cas d’exploitation des gisements. Sans compter les 111 millions de tonnes de carbone provenant de la combustion du pétrole qui seraient émis.

Une richesse naturelle qui n’a pas de prix...sauf celui du pétrole

Le président équatorien Rafael Correa parcourt donc le monde pour présenter le projet Yasuni-ITT (du nom des trois forages d’exploration de la zone Ishpingo, Tambococha et Tiputini) et demander aux pays développés, au nom d’une «dette écologique» du Nord envers le Sud, d’indemniser l’Equateur pour protéger la biodiversité locale.

Les fonds reçus en compensation de la non-exploitation des puits de pétrole seraient investis dans des projets écologiques: protection de l’Amazonie, développement d’énergies renouvelables, recherche scientifique...

Qui va payer ?

A Copenhague, en décembre dernier, le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) et les représentants du projet Yasuni ont signé un accord cadre pour la création du fonds destiné à recevoir les indemnisations. Mais peu de pays ont à ce jour déclaré leur participation au projet.

L’Allemagne, la Belgique et l’Espagne ont apporté leur soutien, alors que beaucoup d’autres pays, dont la France, se sont seulement déclarés «intéressés». Une pétition signée par plusieurs députés européens circule sur le Web pour inciter les gouvernements à soutenir le projet Yasuni-ITT.

Faut-il donner un prix à la biodiversité ?

Derrière le projet Yasuni se cachent en effet plusieurs enjeux: la transition vers l’après-pétrole pour les pays qui en vivent et ceux qui en dépendent, la perennité du projet sous les futurs gouvernements équatoriens et une «jurisprudence Yasuni» qui pourrait donner naissance à une forme de chantage écologique.

Car c’est bien la question de donner un prix à la biodiversité qui se pose. Plusieurs méthodes de valorisation sont déjà à l’étude: coût des services rendus par l’espèce, coût de réparation des dégâts sur la nature, manque à gagner de la non-exploitation d’une ressource... Reste une question éthique en suspens: donner un prix au vivant est-il la seule solution pour le respecter?