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PALEONTOLOGIEDes oursins fossilisés racontent « le climat subtropical » de l’Aquitaine

Comment des oursins fossilisés racontent « le climat subtropical » de l’Aquitaine il y a 30 millions d’années

PALEONTOLOGIEUne étude sur des oursins fossilisés vieux de 30 millions d’années, découverts à Villenave-d’Ornon près de Bordeaux, nous permet d’en savoir davantage sur le climat et la biodiversité à cette époque
Les oursins fossilisés, comme Parmulechinus agassizi, ont été trouvés dans des états de conservation remarquables.
Les oursins fossilisés, comme Parmulechinus agassizi, ont été trouvés dans des états de conservation remarquables.  - APBA / 20 Minutes
Mickaël Bosredon

Mickaël Bosredon

L'essentiel

  • Le paléontologue Frédéric Bordessoule a étudié des fossiles d’oursins, découverts au domaine de Couhins à Villenave-d’Ornon, « dans un état de conservation remarquable. »
  • Datant du Rupélien, ils nous rappellent qu’à cette époque une partie de l’Aquitaine était recouverte par une mer chaude.
  • Certains de ces fossiles n’avaient jamais été trouvés sur ce site, tandis que d’autres démontrent la présence à cet endroit d’espèces dont la lignée démarrait en Méditerranée.

Un état de conservation « remarquable », ce qui en fait une découverte « très rare, pour ne pas dire exceptionnelle. » Frédéric Bordessoule, paléontologue à l’APBA (Association paléontologique du bassin aquitain) vient de publier une étude, entamée en 2020, dans laquelle il décrit pour la première fois une faune d’échinidés (oursins) sur le domaine de Couhins, un grand cru classé de graves à Villenave d'Ornon, dans la banlieue sud de Bordeaux, appartenant à l’Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement).

« Les fossiles présents dans ce terrain datent du Rupélien, c’est-à-dire il y a 30 millions d’années, explique Frédéric Bordessoule. C’est une époque bien représentée dans la région, au travers des falaises de calcaire à astéries (contenant des fossiles d’étoiles de mer), que l’on trouve en abondance sur la rive droite. » C’est ce calcaire qui a servi comme pierre de construction, particulièrement pour les demeures de Bordeaux, de Libourne ou encore de Saint-Émilion. « La particularité à Couhins, poursuit le paléontologue, est que l’on se trouve sur un site du Rupélien composé de sable carbonaté, une roche meuble, qui a permis un état de conservation de ces oursins remarquable. C’est une chance inouïe. »

« La planète n’a pas attendu l’espèce humaine pour se transformer et évoluer »

Que nous racontent ces oursins vieux de 30 millions d’années ? Déjà, ils confirment que le site était donc recouvert par la mer. « La profondeur de l’eau devait être assez peu importante, entre 10 et 30 mètres, avec une température plutôt élevée, certainement entre 25 et 28 °C » décrit Frédéric Bordessoule. Ce climat subtropical (avec des étés chauds et humides) à cette époque a été confirmé en différents points d’Aquitaine. « Le Médoc par exemple était entièrement recouvert par les eaux, de même que Bourg-sur-Gironde, et on trouve présence de la mer jusqu’en Dordogne, tandis que plus au sud, Mont-de-Marsan, Dax et le nord de Bayonne, sont aussi recouverts par la mer rupélienne. »

Bref, « l’histoire est un éternel recommencement », note le spécialiste, et à l’heure du réchauffement climatique qui pourrait entraîner une nouvelle montée des eaux, y compris sur la côte Aquitaine, « on voit bien que cette question de niveau des eaux est liée au climat. » Sauf qu’il y a 30 millions d’années, il n’y avait pas d’homme sur terre. « Effectivement, la planète n’a pas attendu l’espèce humaine pour se transformer et évoluer, cela dit depuis 1900 et l’industrialisation, on s’aperçoit que le volume de CO2 dégagé par l’activité de l’homme accélère le phénomène du réchauffement. C’est une réalité scientifique. »

Aujourd’hui, « les descendants de ces oursins vivent sur les côtes d’Afrique »

Quarante-sept spécimens d’échinidés fossilisés mis au jour, ont fait l’objet de l’étude menée par une équipe de scientifiques de l’APBA. Aujourd’hui, « les descendants des oursins trouvés à Couhins, vivent sur les côtes d’Afrique essentiellement. » Certains de ces oursins sont bien connus, « d’autres beaucoup moins, comme Parmulechinus agassizi. » « C’est la première fois qu’il est trouvé à Villenave-d’Ornon. » Il y a aussi le cas d’Eupatagus ornatus, dont des formes grandes et petites ont été trouvées à Villenave-d’Ornon. « Sa lignée démarre en Méditerranée, explique Frédéric Bordessoule, et si beaucoup d’espèces de cette forme ont été décrites, je suis persuadé de mon côté qu’il n’existe en réalité qu’une seule espèce, composée de différentes formes. Celle-ci a traversé tout le Rupélien, c’est donc ce que l’on appelle un marqueur stratigraphique, qui nous permet de dire que là où on le trouve, on est sur un étage correspondant au Rupélien. »

Eupatagus ornatus
Eupatagus ornatus - APBA

L’analyse de ces fossiles, collectés entre 1981 et 2015, vient donc compléter la connaissance des sites renfermant des echinidés. Et ce n’est pas terminé. Cette étude « ouvre des perspectives encore plus intéressantes », annonce Frédéric Bordessoule, puisque à cette occasion, « nous avons réalisé un sondage dans lequel nous avons découvert des restes de requin, des écailles de poisson-chirurgien, ou encore des restes de crevette-pistolet… » Une autre étude portant sur ces découvertes, est en cours.

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