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PHENOMENEPourquoi le feu au domaine d’Hostens n’arrive-t-il pas à être maîtrisé ?

Incendies en Gironde : Pourquoi les fortes pluies de novembre n’ont (toujours) pas éteint le feu au domaine d’Hostens ?

PHENOMENEQuinze mois après le gigantesque incendie de Landiras, qui avait aussi touché le site d’Hostens, le feu couve toujours dans le sous-sol de ce domaine départemental dans le sud de la Gironde
Des fumerons s'échappent toujours du sous-sol du domaine d'Hostens, quinze mois après les grands incendies qui avaient frappé la Gironde, durant l'été 2022.
Des fumerons s'échappent toujours du sous-sol du domaine d'Hostens, quinze mois après les grands incendies qui avaient frappé la Gironde, durant l'été 2022. - Conseil départemental de la Gironde / Conseil départemental de la Gironde
Mickaël Bosredon

Mickaël Bosredon

L'essentiel

  • «Malgré les fortes pluies de ces dernières semaines, de nombreux foyers restent actifs » au domaine départemental d’Hostens, constate l’ingénieur Franck Uteau.
  • Le feu de lignite qui s’est déclaré en sous-sol sur ce site, dans la continuité des grands incendies de 2022 en Gironde, « a sa propre dynamique et semble imperméable à toute intervention extérieure » analyse l’ingénieur départemental.
  • Une mission scientifique va démarrer en 2024 pour repérer les différentes couches de lignite, et tenter de retirer les lignes de ce charbon fossilisé qui n’a pas encore brûlé.

Des fumerons qui s’échappent encore du sol en cette fin novembre, et des relevés de températures toujours très élevées, malgré les fortes pluies qui sont tombées ces dernières semaines. Pourquoi le feu couve-t-il toujours en sous-sol sur le site d’Hostens, quinze mois après le gigantesque incendie de Landiras qui avait ravagé le sud de la Gironde, jusqu’à ce domaine départemental, au cours de l’été 2022 ?

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« Nous constatons effectivement que, malgré les fortes pluies, de nombreux foyers restent actifs, avec des intensités de feu équivalentes à ce que l’on connaît depuis un an et demi, confirme à 20 Minutes Franck Uteau ingénieur à la direction environnement du département de la Gironde. Mercredi matin, nous avons ainsi pu mesurer jusqu’à 420 °C sur un des sites, au contact du foyer. »

« Un feu qui s’auto-alimente »

Cette zone naturelle autour du lac d’Hostens repose sur une ancienne mine de lignite [type de charbon utilisé pour générer de l’électricité], qui a servi à alimenter une centrale électrique à Hostens dès 1932, et dont l’extraction s’est arrêtée en 1960. « Il reste du lignite dans le sol, et à la faveur d’un système de galeries souterraines, d’appels d’air générés par un réseau racinaire qui se consume, nous avons un feu qui s’auto-alimente avec le vent, et tant qu’il n’y aura rien pour l’arrêter, il continuera de se consumer » nous expliquait Franck Uteau au mois de février 2023, lorsque nous nous étions rendus sur place.

En février 2023, l'ingénieur Franck Uteau nous montrait les foyers actifs au domaine d'Hostens, et qui le sont toujours en novembre 2023.
En février 2023, l'ingénieur Franck Uteau nous montrait les foyers actifs au domaine d'Hostens, et qui le sont toujours en novembre 2023. - Mickaël Bosredon

« Ce sont toujours les mêmes secteurs qui sont actifs, explique aujourd’hui Franck Uteau. L’été qui est passé n’a pas vu de renforcement du feu, mais l’automne très pluvieux ne l’a pas calmé non plus, nous restons donc sur ce que nous avions constaté dès le mois de décembre 2022, époque où nous avions réalisé les premières mesures sur le site. Nous sommes dans une situation stable, où le feu reste en sous-sol, avec a priori très peu d’impact sur la superficie. »

« L’objectif est bien de mettre fin à ce feu de lignite qui couve »

Même si elle n’est pas considérée comme inquiétante, la situation paraît tout de même incroyable, puisque rien ne semble donc pouvoir arrêter cet incendie. « Je ne suis pas si surpris que cela, tempère l’ingénieur, car nous avions déjà connu des épisodes pluvieux durant lesquels nous avions vu des points chauds disparaître puis réapparaître dès la fin des pluies. Le feu ne s’éteint pas car il y a du combustible en sous-sol qui a sa propre dynamique et qui semble imperméable à toute intervention extérieure. Est-ce qu’il s’éteindra un jour ? Cela dépendra de la quantité de combustible. C’est ce qui va faire l’objet de travaux que nous allons mener en 2024, pour déterminer l’état du sous-sol, et le lien entre les foyers observés en superficie. »

Une mission scientifique va en effet démarrer début 2024. « Nous allons travailler avec le BRGM [Bureau de recherches géologiques et minières], qui va faire passer du courant électrique dans le sol, ce qui va nous permettre de définir les différentes couches et repérer le lignite, pour déterminer si c’est du lignite consumé ou intact, annonce Pascale Got, vice-présidente du département chargée de la protection de l’environnement. Ensuite, nous pourrons faire des carottages pour couper les lignes de lignite qui n’auraient pas brûlé. L’objectif est bien de mettre fin à ce feu de lignite qui couve. »

« Au final, nous repartirons mieux armés qu’actuellement »

Une fin qui pourrait intervenir dans plusieurs années, à l’instar de la mine de charbon de Centralia en Pennsylvanie, où le feu est actif depuis soixante ans. « Je ne pense pas que l’on soit dans la même situation, car nous avons du lignite, pas du charbon, rassure Franck Uteau. Mais on imagine mal ne pas s’en préoccuper pour autant. »

S’il y va de la sécurité du site, l’extinction de cet incendie souterrain est également primordiale pour assurer son avenir, le conseil départemental souhaitant créer sur cette zone une sorte de laboratoire à ciel ouvert. « Cela va nous permettre de déterminer ce que l’on pourra replanter, et à quel endroit, explique Pascale Got, persuadée qu’au final, nous repartirons mieux armés qu’actuellement. »

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