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environnementPeut-on se passer des chaudières à gaz en France ?

Energie : Pourra-t-on vraiment se passer des chaudières à gaz en France ?

environnementIl y a peu, l’installation de chaudières à gaz était encouragée par les aides à la rénovation. C’est fini tout ça. La guerre en Ukraine a incité à accélérer sur la sortie du gaz naturel, énergie fossile. Mais on le remplace par quoi ?
Une chaudière à gaz réglée sur 19°C, une température que le gouvernement invite à ne pas dépasser.
Une chaudière à gaz réglée sur 19°C, une température que le gouvernement invite à ne pas dépasser. - Fred Schreiber / SIPA
Fabrice Pouliquen

Fabrice Pouliquen

L'essentiel

  • Atteindre la neutralité carbone impliquera aussi, en France, de sortir des énergies fossiles dans nos modes de chauffage. Notamment des chaudières au gaz, qui équipent aujourd’hui 40 % des foyers.
  • Pas un mince défi. Le gouvernement veut accélérer sur le sujet, poussé par la guerre en Ukraine, qui ajoute une raison de plus de diminuer au plus vite nos consommations de gaz naturel.
  • Mais par quoi remplacer ces 12,5 millions de chaudières à gaz ? La principale alternative mise en avant, ce sont les pompes à chaleurs (PAC). Mais de leurs prix élevés à la difficulté parfois de les installer dans les logements collectifs existants, les PAC ne sont pas sans limites. Explications.

Nous voilà entrés des deux pieds dans la saison froide… Malgré l’envolée des prix et les appels à la sobriété, les pulls en laine et les doudounes ont leurs limites. Forcément, les radiateurs sont mis à contribution. Et dans 40 % des foyers français, ça revient à faire monter en régime la chaudière à gaz, rappelle-t-on à France gaz. « 12,5 millions de résidences principales ont ce mode de chauffage, pas rien sur 65 millions d’habitants », appuie Madeleine Lafon, déléguée générale du syndicat professionnel de la filière.

Peut-on imaginer une France sans chaudière à gaz ? C’est dans ce sens que pousse le gouvernement. Depuis l’an dernier, elles sont interdites dans les logements neufs. Au début de l’été, le gouvernement a songé à interdire complètement toute nouvelle installation, y compris dans l’ancien, à partir de 2026. Avant de reculer quelques mois plus tard, « pour ne pas laisser nos compatriotes, en particulier dans les zones les plus rurales, sans solution », justifiait Emmanuel Macron, fin septembre, dans son discours sur la planification écologique.

La guerre en Ukraine comme coup d’accélérateur ?

A la place, l’exécutif exclut progressivement les chaudières à gaz des dispositifs d’aides à la rénovation énergétique. Un virage drastique alors que l’achat de chaudière au gaz était fortement aidé il y a quelque temps encore. La guerre en Ukraine et la crainte d’être à court de gaz l’hiver dernier « ont forcément eu un effet accélérateur, poussant la France, et plus largement l’Union européenne, à baisser au plus vite leur consommation de gaz naturel », commence Isabelle Gasquet, responsable de projet « efficacité énergétique » au Cler - réseau pour la transition énergétique.

« Mais la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le bâtiment nous poussait déjà dans ce sens. Quoi qu’il arrive, il faudra à terme se passer du gaz naturel et des autres combustibles fossiles [le fioul notamment] dans nos modes de chauffage. »

Les pompes à chaleur, solution n°1 ?

La question est donc plus celle du comment. Autrement dit : Par quoi remplace-t-on les chaudières à gaz ? Par des pompes à chaleur (PAC) ? C’est la principale alternative dans les scénarios de décarbonation du bâtiment. « Les PAC ne créent pas de chaleur, ne génèrent pas une combustion, contrairement au gaz. Elles ne font que transférer les calories dans l’environnement extérieur, dans le sol ou dans l’air, vers l’intérieur de votre maison, explique Arnaud Kautzmann, secrétaire de l’Association française pour les pompes à chaleur (Afpac). C’est tout leur avantage : un rendement énergétique élevé pour une faible empreinte carbone ». Mais sont-elles vraiment efficaces par grand froid ? C’est une crainte récurrente. « Le pays qui compte le plus de PAC en Europe est la Suède, dont les hivers sont bien plus rudes que les nôtres », se veut rassurant Arnaud Kautzmann.

Tout de même, les PAC ont besoin d’électricité. Et plus il fait froid, plus elles en consomment. Pas négligeable dans le budget ? « Cela dépend ce qu’on compare, répond Arnaud Kautzmann. Un foyer qui va troquer son chauffage électrique pour une pompe à chaleur divisera par trois sa consommation d’énergie, et donc sa facture de chauffage. En revanche, entre une chaudière à gaz haute performance et une PAC, on est à peu près sur le même ordre d’énergie consommée. Tout dépend de comment évoluent les prix du gaz et de l’électricité. »

Le boom des PAC au détriment de l’équilibre de notre système électrique ?

Mais les factures ne sont pas le seul enjeu. Madeleine Lafon invite à avoir une vision plus macro de la situation : « La transition énergétique nécessite une électrification de nos usages, et donc une augmentation de notre production d’électricité, rappelle-t-elle. L’avènement de la voiture électrique est déjà un défi de taille. Ajoute-t-on l’électrification de nos modes de chauffage ? » Dans son étude prospective sur l’évolution du système électrique publiée en septembre, RTE s’est voulu rassurant. Le gestionnaire du réseau électrique estime le déploiement massif des PAC absorbable par le système électrique et table sur 11,5 millions de PAC installées d’ici à 2035. Dix fois plus qu’aujourd’hui.

A France gaz, on invite tout de même à ne pas faire une croix sur les chaudières hybrides, qui associent chaudière à gaz et pompe à chaleur, avec la promesse de tirer le meilleur parti de ces deux énergies. « Typiquement lors des pointes de consommation d’électricité l’hiver, ces chaudières peuvent passer au gaz pour soulager le réseau », illustre Madeleine Lafon, qui ne désespère pas que le gouvernement réinstaure des aides pour cette technologie. D’autant plus que « le gaz qu’on injectera dans le réseau sera de plus en plus du gaz renouvelable, et même à 100 % d’ici à 2050 », ambitionne France gaz.

Isoler avant toute chose ?

Faudra-t-il se servir de ce gaz vert pour chauffer nos logements ?, questionne Arnaud Kautzmann, qui voit d’autres priorités. « Notamment dans les mobilités et l’industrie, où certains usages seront très complexes à électrifier », estime-t-il. Mais il ne faut pas croire que la pompe à chaleur a réponse à tout. « Les technologies existantes de PAC se prêtent assez mal, dans certains cas, à la rénovation de logements collectifs, concède le secrétaire de l’Afpac. Par manque de place notamment. » S’ajoute la barrière de leur prix, bien plus élevé que les chaudières à gaz (lire encadré). Arnaud Kautzmann les voit mal baisser à court terme. Ces PAC sont déjà très subventionnées en outre.

« Les PAC sont une solution majeure, mais pas l’unique, rappelle alors Isabelle Gasquet. Il faut faire du cas par cas, chaque logement, chaque bâtiment est différent. » « Typiquement, dans une région où la ressource bois est abondante, un foyer aura peut-être tout intérêt à se tourner vers une chaudière à biomasse », illustre-t-elle. Mais avant de changer de système de chauffage, le Cler appelle « à commencer par isoler son logement ». « C’est la meilleure façon d’éviter d’investir dans un dispositif surdimensionné et donc trop cher par rapport à ses besoins réels, explique Isabelle Gasquet. Mais aussi, à l’échelle du pays, de réduire au maximum nos consommations d’énergie, le meilleur moyen de nous faciliter la transition énergétique. » En septembre, RTE faisait aussi de l’augmentation du volume et de l’efficacité des rénovations thermiques dans les bâtiments un impératif. Et fixait le cap des 380.000 logements rénovés par an en 2035. Nous en étions à 90.000 en 2022.

Géothermique, air/air ou air/eau… Comment ça marche, les PAC ?

« Il y a trois grands types de technologies de pompes à chaleur sur le marché, résume Arnaud Kautzmann. Il y a la PAC géothermique, qui va chercher l’énergie dans le sol, et ces calories chauffent un circuit d’eau qui passe partout dans la maison. Cette solution se prête mieux aux logements neufs puisqu’il faut d’emblée prévoir une place à l’extérieur de la maison pour installer les capteurs qui récupéreront la chaleur dans le sol. »

S’ajoutent les pompes à chaleur air/eau et air/air. Elles ont un point commun : celui d’aller chercher l’énergie extérieure. « Pour la première technologie, la plus répandue et celle qui se prête le mieux au remplacement d’une chaudière à gaz, cet air chaud chauffe une nouvelle fois un circuit d’eau qui passe ensuite dans toute la maison, reprend Arnaud Kautzmann. Pour les PAC air/air, on souffle directement l’air chaud pris à l’extérieur dans la maison. »

Voilà pour les trois technologies. Et le prix ? Si on prend les PAC air/eau, la technologie la plus répandue à ce jour, on est sur prix moyen de 13.000 euros (avec eau chaude sanitaire), indique Hellowatt. Une chaudière à gaz à condensation coûte, elle, de 1.500 à 5.000 euros, évalue le même comparateur.

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