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DÉCOUVERTELes classes de mer ont soixante ans et toujours le vent en poupe

Bretagne : Soixante ans après leur création, les classes de mer ont toujours le vent en poupe

DÉCOUVERTEUne exposition présentée à l’Université de Bretagne Occidentale à Brest revient sur la création et le succès de ces séjours éducatifs les pieds dans l’eau
En classe de mer, les élèves découvrent toute la richesse du milieu marin.
En classe de mer, les élèves découvrent toute la richesse du milieu marin.  - Université de Bretagne Occidentale / 20 Minutes
Jérôme Gicquel

Jérôme Gicquel

L'essentiel

  • Nées dans le Finistère grâce à un enseignant militant de l’éducation populaire, les classes de mer auront bientôt soixante ans.
  • Depuis leur création, des millions d’élèves français ont profité de ces séjours éducatifs et riches en souvenirs au bord de l’eau.
  • Malgré des vents contraires, les centres de classes de mer tiennent toujours bon et font même le plein depuis la crise sanitaire.

Elles ne pouvaient voir le jour qu’en Bretagne, la région la plus maritime de France avec ses 2.470 kilomètres de côtes. Dans le sillage des classes de neige, apparues dans les années 1950, c’est en 1964 que la première classe de mer a été organisée dans le Finistère. On doit ce projet à Jacques Kerhoas, enseignant et militant de l’éducation populaire, qui a imaginé faire classe au bord de l’eau en emmenant ses élèves de CM2 pendant deux semaines au centre nautique de Moulin-Mer à Logonna-Daoulas près de Brest. « Que la mer soit ou non son destin, l’enfant ne peut ignorer ce qui fait l’essentiel de sa planète », pensait-il alors.

Depuis, ce sont des millions de bambins français qui ont profité de ces séjours éducatifs, découvrant aux côtés de leur enseignant le cycle des marées, la faune et la flore marine, la pêche à pied ou la pratique de la voile. « C’est une expérience extraordinaire pour les enfants qui profitent de tout un tas d’activités nautiques ou autour du milieu marin », assure Julien Fuchs, chercheur et professeur en Staps à l’Université de Bretagne Occidentale à Brest, qui propose jusqu’au 14 décembre une grande exposition rétrospective sur les classes de mer.

La durée des séjours s’est réduite

Pour beaucoup d’enfants issus de milieux défavorisés, ces classes ont aussi été l’occasion de voir la mer pour la première fois. Et pour tous les élèves, de découvrir la vie en collectivité loin du cocon familial. « On apprend à se connaître, à s’entraider, à s’écouter, autant de valeurs que l’on a un peu perdues », souligne Cédrick Hamon. Directeur des centres nautiques de Pléneuf-Val-André (Côtes-d’Armor) et de Sarzeau (Morbihan), cet éducateur en milieu marin voit défiler des milliers d’élèves de toute la France dans ses structures. Au fil des années, il a vu progressivement les classes de mer évoluer. A commencer par leur durée. « Il y a encore quelques années, les classes pouvaient partir quinze jours ou même trois semaines, précise-t-il. Maintenant on est plus sur une semaine ou une dizaine de jours car les collectivités ont moins de moyens. »

L’époque où une grande majorité d’enfants partait en classe de mer dans les années 1970 ou 1980 est en effet révolue. A partir des années 1990, le nombre d’élèves accueillis a ainsi fortement diminué. La faute à une réglementation qui s’est durcie pour les sorties scolaires, décourageant bon nombre d’enseignants, et aux nouvelles normes de sécurité instaurées dans les bâtiments. « L’Éducation nationale a aussi mis fin aux instituteurs détachés dans ces classes et il a donc fallu revoir notre modèle, reconnaît Cédrick Hamon. Sans compter les affaires impliquant des éducateurs qui n’ont rien arrangé. »

Le soutien financier de la région Bretagne

La crise du Covid a ensuite mis à l’arrêt pendant deux ans tous les centres nautiques accueillant des classes en mer, en laissant certains sur le carreau. « Plusieurs structures ont fermé leurs portes, notamment au profit de promoteurs du fait de la pression immobilière sur le littoral », déplore-t-il. Mais, malgré toutes ces tempêtes et les budgets qui se réduisent dans les établissements scolaires, la trentaine de centres de classes de mer en Bretagne résiste. Ils ont même le vent en poupe depuis que la crise sanitaire est derrière nous. « Mon carnet de commandes est plein pour 2024 et c’était déjà le cas pour 2023 », assure Cédrick Hamon.

Après des mois confinés, de plus en plus d’enseignants ressentent en effet le besoin de faire classe dehors. « C’est un vrai besoin aussi pour les gamins qui prennent l’air tout en étant à l’école », souligne Julien Fuchs. Vice-président de la région Bretagne chargé de la mer et du littoral, Daniel Cueff est lui aussi persuadé des bienfaits des classes de mer, très importantes selon lui « dans la formation de l’enfant. » « Et cela peut aussi susciter des vocations chez certains pour les métiers de la mer », reconnaît-il.

Pour soutenir l’écosystème breton et permettre au plus grand nombre d’élèves de partir, la région a d’ailleurs lancé en 2021 un pass classes de mer. Cette aide financière, d’un montant de trente euros maximum par enfant et par jour pour des séjours d’au moins deux nuits, a permis entre mars 2022 et août 2023 de financer plus de 285 jours et d’aider 13.000 élèves à partir au bord de mer. « On souhaite maintenant mettre en place des jumelages entre des écoles et des classes de mer pour créer des habitudes et que ces séjours soient plus réguliers », souligne l’élu, qui souhaiterait que chaque élève breton parte au moins une fois en classe de mer durant sa scolarité.



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