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ConsommationLe plan sobriété à 1 an… Faut-il aller plus loin désormais ?

Energie : Le plan sobriété a 1 an… Une réussite qui appelle à aller plus loin ?

ConsommationIl y a un an, dans la perspective d’un hiver compliqué, le gouvernement appelait à la mobilisation générale pour réduire nos consommations de gaz et d’électricité. Quel bilan tirer de ce plan sobriété ? Et, surtout, comment aller plus loin ?
Une mesure phare du plan sobriété consistait à respecter la loi qui impose une température de chauffage maximale de 19°C dans les logements et bureaux.
Une mesure phare du plan sobriété consistait à respecter la loi qui impose une température de chauffage maximale de 19°C dans les logements et bureaux. - Ina Fassbender / AFP
Fabrice Pouliquen

Fabrice Pouliquen

L'essentiel

  • Le 6 octobre 2022, Elisabeth Borne présentait un plan sobriété à quelques semaines de l’entrée dans un hiver que beaucoup annonçait compliqué sur le front énergétique.
  • L’objectif : parvenir à baisser de 10 % nos consommations d’énergie finale d’ici fin 2024, le tout en s’appuyant sur quinze mesures misant sur la bonne volonté de tous, des particuliers aux entreprises, en passant par les collectivités.
  • Un an plus tard, c’est l’heure du bilan que dressera le ministère de la Transition écologique ce jeudi matin, lors d’un colloque. Mais si les consommations de gaz et d’électricité ont bien baissé se pose aujourd’hui la question de comment aller plus loin… Ou au moins éviter un relâchement des efforts.

Entre le 1er août 2022 et le 31 juillet 2023, la France a baissé sa consommation de gaz de 14,3 % par rapport à la même période en 2018-2019, prise pour référence. La consommation d’électricité a suivi la même tendance, avec une baisse de 7,4 % toujours entre le 1er août 2022 et le 31 juillet 2023, mais comparée cette fois-ci à la période 2014-2019.

On pourrait se dire que l’hiver a été particulièrement doux, favorisant ainsi grandement ces économies d’énergie. Mais les chiffres que communiquent GRTgaz, gestionnaire du réseau gazier français, et RTE, son équivalent sur l’électricité, sont corrigés du climat. Les effets météorologiques ont été gommés dans les calculs.

Une première étape vers l’objectif de fin 2024

Ces baisses sont donc le fruit des efforts des Français pour économiser l’énergie. Il y a un an tout juste, l’enjeu était dans tous les esprits. La baisse drastique des livraisons de gaz russes à l’Europe, et un nombre important de réacteurs nucléaires à l’arrêt, touchés par des problèmes de corrosion, laissaient présager un hiver 2022-2023 très compliqué.

Le 6 octobre 2022, Elisabeth Borne présentait ainsi un plan « sobriété énergétique » appelant à la mobilisation générale, des industriels aux particuliers en passant par l’État et les collectivités. L’objectif : parvenir à baisser de 10 % nos consommations d’énergie finale d’ici fin 2024, le tout en s’appuyant sur quinze mesures misant sur la bonne volonté de tous. Ne pas chauffer un bâtiment (bureaux comme maisons) à plus de 19 °C, réduire le chauffage des piscines et autres équipements sportifs, optimiser l’éclairage public…

Sobriété subie ou choisie ?

Joli succès ? « Le gouvernement est le premier à avoir lancé un plan sobriété l’an dernier, qui a produit des résultats que personne n’imaginait », dit-on, un an plus tard, au cabinet d’Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique, qui organise ce jeudi matin un colloque pour marquer ce premier anniversaire. Le chercheur François Gemenne, président du conseil scientifique de la Fondation pour la Nature et l’Homme (FNH), sera à l’une des tables rondes. Et s’affiche moins dithyrambique. « Ces baisses sont importantes, mais il n’est pas simple d’en déterminer les causes, pointe-t-il. Notre citoyenneté, ou l’augmentation des prix de l’énergie ? »

« Il y a forcément eu une part de sobriété subie, notamment dans l’industrie, avec des usines qui ont dû temporairement fermer face à la flambée des prix », commence Nicolas Goldberg. Le responsable énergie du think tank Terra Nova rappelle tout de même que le gouvernement a fait le choix politique d’instaurer des boucliers tarifaires ultra-protecteurs et pour tous. Certes, les factures d’électricité et de gaz des Français ont augmenté depuis la guerre en Ukraine, « mais nettement moins que cela aurait pu être et que cela a été chez certains de nos voisins européens, insiste Nicolas Goldberg. C’est le signe que le plan sobriété a eu des effets positifs : malgré ces boucliers tarifaires, les consommations de gaz et d’électricité ont nettement baissé. ».

Un concept enfin dans le débat public ?

Le succès du plan « sobriété » ne se mesure pas non plus seulement à l’aune des baisses de consommations, mais aussi au changement de mentalité auquel il a contribué dans notre rapport à l’énergie, moins abondante qu’on a tendance à le croire. « Malheureusement, il a fallu cette guerre en Ukraine pour que ce levier de la sobriété trouve enfin sa place dans le débat », note Stéphane Chatelin, directeur de l’association négaWatt, qui pousse dans ce sens depuis sa création, en 2001. Sur ce point donc, on a beaucoup avancé en un an. « Même le Medef a échangé avec nous sur le sujet, et même Emmanuel Macron a parlé de la fin de l’abondance, en rupture avec la ligne optimiste qu’il tenait jusque-là », reprend Stéphane Chatelin.

Nicolas Goldberg est persuadé que ce plan sobriété a permis d’ancrer certains réflexes chez les Français « Typiquement, la limitation du chauffage à 19 °C, et la climatisation à pas moins de 26 °C, illustre-t-il. Ce plan n’a fait que rappeler une loi que beaucoup ignoraient. C’est pourtant l’action qui a permis le plus d’économie d’énergie l’hiver dernier. »

Aller plus loin ou éviter le relâchement ?

Comment aller plus loin désormais ? C’est la question alors qu’approche un nouvel hiver (s’il finit par arriver !). « Nous n’avons que gratté la surface du gisement d’économie d’énergie à aller chercher avec la sobriété », assure Stéphane Chatelin, alors que négaWatt estime que ce seul levier permettrait de baisser d’un tiers nos consommations, sans pour autant épouser le mode de vie des amish. A l’automne dernier, l’association avait listé 55 gestes applicables à court terme et permettant des économies notables. « Un certain nombre n’a été que très peu appliqué, reprend Stéphane Chatelin. Couper la ventilation dans les bâtiments inoccupés, par exemple. Ou encore isoler les chauffes-eaux. Ça ne coûte pas très cher, et on peut réduire les consommations d’électricité liées à la production d’eau chaude (deuxième poste de consommation d’énergie dans un logement) de 15% environ. Pas anecdotique. »

Mais plus qu’amplifier les baisses de consommation, l’enjeu serait bien plus d’éviter un relâchement des efforts. L’hiver 2023-2024 s’annonce moins compliqué que l’an dernier, ont récemment communiqué GRTgaz et RTE. Et s’ils insistent pour dire que cette amélioration dépend en partie de notre capacité à maîtriser nos consommations, François Gemmene craint que ce soit la première partie du message qu’on retienne. « D’autant plus si l’hiver est rude et que les prix du gaz et de l’électricité continuent de se stabiliser voire baissent », précise-t-il.

« Passer d’une sobriété de l’urgence à une sobriété structurelle »

Au gouvernement de (re) sonner la mobilisation générale ? Stéphane Chatelin attend de voir ce qui sortira de cette matinée de colloque ce jeudi, mais ne se fait pas trop d’illusions. « On a déjà beaucoup moins parlé de l’acte 2 du plan sobriété, présenté fin juin et axé sur les consommations d’énergie l’été », note-t-il.

François Gemmene y voit le signe qu’on a encore trop peu compris l’enjeu. « On est dans une sobriété de l’urgence quand il nous faudrait aller vers une sobriété structurelle pensée d’abord pour répondre à la crise climatique, analyse-t-il. Ça sera mon message ce jeudi. »

Et les carburants alors ?

C’est une faiblesse de taille du plan sobriété, tant pour Nicolas Goldberg que François Gemenne et Stéphane Chatelain. L’accent a essentiellement été mis sur le gaz et l’électricité, bien trop peu sur les carburants routiers. « Globalement, le gouvernement s’est contenté de demander aux fonctionnaires de limiter leur vitesse à 110 km/h sur l’autoroute. C’est bien trop peu », regrette le responsable énergie Terra Nova. Ça n’a pas loupé : la consommation de carburant n’avait baissé « que » de 1,7 % les sept premiers mois de l’année. « Cette trop faible baisse pourrait nous faire louper, à elle seule, l’objectif de - 10 % sur nos consommations d’énergie finale d’ici fin 2024 fixé par Elisabeth Borne », reprend Nicolas Goldberg.

Si actualisation du plan sobriété il y a, il faudrait qu’elle mette le paquet sur les transports, invite Stéphane Chatelain, en rappelant qu’il s’agit du premier secteur émetteur de gaz à effet de serre en France, « et dont on peine à réduire les émissions ». Là encore, négaWatt identifie des leviers efficaces à court terme. « Comme le malus sur le poids des véhicules, illustre Stéphane Chatelain. Il ne s’applique aujourd’hui qu’aux véhicules de plus d’1,8 tonne. Dans son projet de loi de finance, la majorité présidentielle préconise de passer à 1,6 tonne. C’est très timide. La Convention citoyenne pour le climat proposait 1,4. Nous 1,2. »

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