Une fois balancés, nos vieux matelas ne partent pas se reposer

RECYCLAGE Une unité de tri et de valorisation des matelas, la septième du genre en France, vient d’être mise en service à La Mézière près de Rennes

Jérôme Gicquel
Les vieux matelas sont démantelés pièce par pièce sur des lignes de production.
Les vieux matelas sont démantelés pièce par pièce sur des lignes de production. — J. Gicquel / 20 Minutes
  • Environ cinq millions de matelas usagés sont jetés chaque année en France.
  • Auparavant enfouis, ces vieux matelas sont aujourd’hui revalorisés, leurs composants servant à fabriquer de nouveaux matelas, des panneaux isolants ou des revêtements pour aires de jeux.
  • Une nouvelle unité de tri et de valorisation des matelas vient d’entrer en service à La Mézière près de Rennes.

Sa durée de vie est comprise entre cinq et dix ans en moyenne, soit entre 1.825 et 3.650 nuits plus ou moins agitées. Après cela, notre bon vieux matelas est bon pour la retraite, direction la case « déchette ». Chaque année en France, environ cinq millions de matelas partent à la poubelle. Un énorme gisement qui n’était jusqu’à présent pas valorisé avec des matelas qui terminaient leur vie enfouis sous terre, incinérés ou abandonnés en pleine nature. Mais depuis 2013, et l’instauration d’une éco-participation sur les produits d’ameublement, les choses ont bien changé avec l’émergence d’une vraie filière qui recycle et valorise aujourd’hui 97 % des composants d’un matelas usagé. « Les 3 % restants sont soit des matelas qui sont trop souillés ou alors des vieux matelas à l’ancienne en laine ou en crin de cheval », souligne Ludovic Blot, directeur général de Ressources T.

Les vieux matelas sont démantelés pièce par pièce sur des lignes de production.
Les vieux matelas sont démantelés pièce par pièce sur des lignes de production. - J. Gicquel / 20 Minutes

Acteur depuis plus de trente ans de l’économie circulaire et sociale en Bretagne, le groupe coopératif vient d’inaugurer lundi, en partenariat avec l’éco-organisme Ecomaison et le groupe Veolia, sa nouvelle unité de tri et de valorisation des matelas à La Mézière au nord de Rennes. Un site, le septième du genre en France, qui reçoit chaque jour des centaines de matelas usagés venus de toute la Bretagne. « De l’ordre de 150.000 par an, soit 2.000 tonnes, et on compte monter en puissance pour atteindre les 300.000 matelas par an », précise Ludovic Blot.

La mousse réutilisée pour fabriquer de nouveaux matelas

Une fois récupérés auprès des déchetteries ou des fabricants, les vieux matelas vont être déshabillés de leurs housses puis démantelés pièce par pièce sur des lignes de production. Des machines dernier cri permettent de séparer les matelas à ressorts de ceux en mousse ou en latex. Chaque composant est ensuite regroupé puis acheminé vers des entreprises partenaires chargées de leur valorisation.

Les ressorts prennent ainsi la direction d’une entreprise de recyclage de métaux tandis que la mousse polyuréthane va être transformée en liquide ou recyclée pour fabriquer de nouveaux matelas ou des panneaux isolants. « Il y a pour l’heure moins de débouchés pour le latex mais cela sert quand même pour produire des matelas pour vaches ou des revêtements pour des aires de jeux », indique Dominique Mignon, présidente d’Ecomaison.

« Encore plein de débouchés à construire »

Un bon tiers des déchets du matelas, notamment les textiles, vont pour leur part partir pour de la valorisation énergétique. Brûlés, ils serviront de combustibles solides de récupération, principalement pour les cimentiers. « Le secteur du recyclage est en perpétuel mouvement et il reste encore plein de débouchés à construire », estime Edwige Mansier, directrice générale adjointe de Ressources T.

Fonctionnant comme « une usine de défabrication », le site de La Mézière sert aussi de laboratoire pour les équipes. Dans un petit coin du vaste atelier, des coussins en fibre de polyester ont ainsi été produits à partir de vieux coussins. « On va poursuivre la démarche sur de la décoration textile comme les tapis ou les rideaux, détaille Dominique Mignon. Car nous sommes désormais dans une ère où rien ne se perd et tout se transforme. »