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FinanceUne taxe carbone sur le transport maritime, un dossier en bonne voie ?

Climat : Une taxe carbone sur le transport maritime, un dossier en bonne voie ?

FinanceC’est l’un des dossiers que le Sommet pour un nouveau pacte financier mondial, qui vient de s’achever à Paris, voulait faire avancer. L’idée ? Mettre à contribution un secteur fort émetteur de gaz à effet de serre pour dégager de nouvelles ressources
Un porte-conteneur traverse le canal de Suez, le 17 novembre 2019.
Un porte-conteneur traverse le canal de Suez, le 17 novembre 2019. - Photo by Khaled DESOUKI / NASA / AFP / AFP
Fabrice Pouliquen

Fabrice Pouliquen

L'essentiel

  • Le Sommet pour un nouveau pacte financier mondial, voulu et organisé par la France, s’est clôturé vendredi midi à Paris. L’objectif était de lancer la concertation sur la refonte du système pour établir un nouveau contrat entre pays du Sud et ceux du Nord.
  • Au cœur du sujet : la création de nouvelles taxes internationales pour dégager des revenus à allouer aux pays du Sud pour financer leur transition climatique.
  • Ce sommet voulait lever ce tabou en donnant un élan politique, notamment sur l’instauration d’une taxe carbone sur le transport maritime mondial, chantier le plus avancé à ce jour. Que serait cette taxe ? Où en est-on ? 20 Minutes fait le point.

Lever le tabou des taxes internationales… C’était l’un des enjeux du Sommet pour un nouveau pacte financier mondial, qui se tenait depuis jeudi à Paris, pour plancher sur un nouveau contrat de solidarité entre les pays du Nord et ceux du Sud.

Le contexte ? Des promesses non tenues des premiers à l’égard des seconds. Des crises de la dette dans lesquelles s’enfoncent les pays pauvres à mesure que l’inflation flambe. Et puis l'impératif de trouver de nouvelles sources d’argent pour financer la transition climatique. En particulier dans ces pays du Sud, en première ligne d’une crise à laquelle ils ont historiquement peu contribué.

Ce vendredi matin encore, Emmanuel Macron a appelé à une « mobilisation » pour mettre en place ces taxations internationales. Plusieurs sont sur la table. Sur le secteur aérien, sur les transactions financières, sur les énergies fossiles, ou encore un impôt mondial sur les grandes fortunes. Mais le dossier le plus avancé, et sur lequel ce sommet parisien a cherché à donner un nouvel élan, est celui d’une taxe carbone internationale sur le secteur maritime. Au point de pouvoir dire le combat gagné ? Pas si vite. On fait le point.



Pourquoi une taxe climatique sur le transport maritime peut paraître justifiée ?

Le secteur est devenu incontournable dans le commerce international, passant de 4 milliards de tonnes de marchandises transportées par les mers en 1990 à 11 milliards en 2020. Le tout en carburant le plus souvent au fioul lourd, particulièrement mauvais pour le climat. « Le transport maritime international émet un peu plus d’une gigatonne de CO2 par an », précise Faig Abbasov, directeur du programme « transport maritime » à Transport & Environment, coalition d’ONG européenne spécialiste des sujets mobilités. « Cela représente environ 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre », poursuit-il. Et pourrait présenter 10 % demain si le trafic continue de croître comme prévu et si le secteur ne fait pas grand-chose pour baisser ses émissions quand la plupart des autres agissent autour. »

C’est l’une des faiblesses pointées sur le transport maritime international : il n’est pas soumis à des dispositifs fiscaux qui le feraient contribuer à la lutte contre le changement climatique. « Cela commence dans certaines régions, notamment au sein de l’UE, qui vient de décider d’étendre progressivement son marché du carbone au transport maritime à partir de 2025, tempère Faig Abbasov. Mais il n’y a pas de mécanismes communs à l’échelle mondiale. Comme, d’ailleurs, pour le secteur aérien. »

Cette taxe carbone internationale viserait ainsi à combler le vide, en prélevant une contribution financière pour chaque tonne de CO2 émis par bateau et par an. Une façon donc de dégager de nouvelles recettes à allouer aux pays du Sud et d’inciter les compagnies maritimes à réduire au maximum leur empreinte carbone pour échapper le plus possible à cet impôt.

La création de cette nouvelle taxe est-elle une bataille d’ores et déjà gagnée ?

« C’est celle qui a le plus de chance d’avancer dans les prochains mois, et sur laquelle on peut faire quelque chose le plus efficace et le plus équitable possible », indiquait Sébastien Treyer, directeur général de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), au moment de présenter les enjeux du Sommet mondial pour un nouveau pacte financier. Sur ce dossier, les regards ne se tournaient pas tant sur ces deux jours de négociations que sur les quinze qui s’ouvriront lundi, à Londres, au siège de l’Organisation maritime internationale (OMI). C’est cette institution spécialisée de l’ONU qui est en charge de réglementer le transport maritime international et chapeaute, à ce titre, les discussions sur la feuille de route décarbonatation du secteur.

C’est l’objet de ce congrès à Londres. Mais Faig Abbasov invite à ne pas se faire trop d’illusions. « Il s’agira surtout, pour le secteur, de se fixer des objectifs de réduction des gaz à effet de serre à l’horizon 2030, 2040, 2050, explique-t-il. Un gros pavé qui devrait occuper l’essentiel des pourparlers. » Il faudra donc attendre de nouvelles réunions, cet automne et début 2024, pour aborder la question des mesures à prendre. Dont la taxe carbone donc. Le combat n'est donc pas gagné. « Plusieurs pays, du Brésil à la Russie en passant par la Chine, sont très frileux, craignant les répercussions d’une telle taxe sur leurs économies, très dépendantes du commerce maritime international », prévient Faig Abbasov.

Quel montant permettrait de dégager cette taxe pour les pays du Sud ?

C’est l’autre grande inconnue. Tout dépendra déjà du prix du carbone qui sortira des négociations. Les îles Marshall, qui poussent, avec d’autres petits Etats insulaires, à un maximum d’ambition, proposent 100 euros la tonne de CO2. A ce prix, une telle taxe permettrait de dégager dans les 110 milliards d’euros par an, en prenant pour base les émissions du secteur en 2020 (1,1 gigatonne). Une nouvelle fois, Faig Abbasov invite à ne pas avoir trop d'espoirs : « 100 euros, ce serait un prix idéal, mais il est bien plus probable que si l’OMI adopte une taxe carbone, le tarif tourne autour de 5 ou 10 euros la tonne, du moins au départ ». De quoi rendre alors un tel mécanisme doublement inefficace, craint le directeur « transport maritime » de T & E. « Aussi bien pour dégager des nouvelles ressources que pour inciter les compagnies maritimes à aller vers des carburants durables », glisse Faig Abbasvo.

Au-delà du prix du carbone, l’autre grande question est de savoir dans quelle mesure le transport maritime international acceptera que l’argent de cette taxe aille aux pays du Sud. « Une partie des acteurs estime qu'il doit d’abord servir à financer leur propre décarbonation », rappelle Faig Abbasvo.

Le sommet pour un nouveau pacte financier mondial a-t-il permis des avancées ?

Il devait servir d’élan politique aux futures négociations au sein de l’OIM. C’était l’un des buts visés par la France en organisant ce sommet. Echec ? Difficile, alors que ce sommet vient de se clôturer, de mesurer ses apports. « Il n’en a pas été fait mention dans le communiqué final, et nous n’avons pas repéré non plus, durant ces deux jours, la naissance d’une coalition de pays en appui aux îles Marshal sur la taxation maritime », pointe Sébastien Treyer, qui suivait de près ce sommet pour l’Iddri. Cela ne veut pas dire que ce sommet n’ait pas permis des avancées en coulisses. On ne connaît pas encore tous les résultats. »

Dès ce vendredi en tout cas, plusieurs ONG, à l’instar de ONE, dont l’antenne française est dirigée par Najat Vallaud-Belkacem, ne cachaient pas leur déception sur le peu d’avancée obtenue sur le sujet global de la création de nouvelles taxes internationales pour aider à lever des fonds pour les pays du Sud.

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