Rennes : Agriodor développe des parfums comme alternative aux insecticides

AGRICULTURE Le laboratoire spécialisé en écologie chimique vient de lever cinq millions d’euros pour poursuivre sa croissance

Jérôme Gicquel
Camille Delpoux et Ené Lepik ont fondé la société Agriodor en 2019.
Camille Delpoux et Ené Lepik ont fondé la société Agriodor en 2019. — J. Gicquel / 20 Minutes
  • La start-up rennaise Agriodor développe des parfums à partir de plantes comme alternative aux pesticides.
  • Ses solutions ciblent notamment les cultures de la betterave et du colza.
  • Pour poursuivre sa croissance et financer ses recherches, la société vient de boucler une levée de fonds de cinq millions d’euros.

La décision est tombée le 23 janvier, quatre jours seulement après un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne. Après deux dérogations accordées par le gouvernement en 2021 et 2022, les producteurs de betteraves sucrières ont désormais interdiction d’utiliser des néonicotinoïdes dans leurs champs. Ces pesticides, dont l’usage était largement répandu, étaient appliqués pour lutter contre les insectes. Notamment contre les pucerons, vecteurs de la jaunisse qui fait des ravages dans les cultures. En 2020, alors que les néonicotinoïdes avaient été proscrits, 30 % des récoltes en moyenne avaient ainsi été perdues. Privés de produits chimiques, les betteraviers font donc grise mine, déplorant l’absence d’alternative efficace pour protéger leurs légumes.

La solution pourrait venir du laboratoire Agriodor, spécialisé en écologie chimique. Depuis 2019, ses équipes, implantées au sein de la pépinière Biopôle à Rennes, développent des parfums à partir d’extraits de plantes pour lutter contre ces nuisibles. « On utilise des plantes qui ont un effet répulsif sur les insectes », souligne Ené Leppik, qui a fondé la société avec Camille Delpoux et Alain Thibault. Brevetée, leur recette est bien sûr gardée secrète. « Ce sont des plantes que l’on trouve dans la nature et dont on va extraire les molécules odorantes avant d’en faire des mélanges comme un parfumeur », précise Camille Delpoux.

« 30 % de pucerons en moins la première année »

Actuellement en test dans une dizaine de parcelles du Nord et du Centre de la France, leur parfum répulsif vise à éloigner les pucerons des parcelles de betteraves et à limiter leur prolifération. « On va les perturber dans leur alimentation et leur reproduction avec des mauvaises odeurs afin qu’ils transmettent moins le virus », résume Camille Delpoux.

Un traitement préventif qui a produit des premiers résultats encourageants selon ses concepteurs avec « 30 % de pucerons en moins la première année » sur les parcelles testées. « Cela ne va pas faire disparaître tous les pucerons du champ mais c’est complémentaire d’autres solutions », assure Camille Delpoux, qui espère une mise sur le marché du produit courant 2025.

Des parfums répulsifs ou attractifs

Agriodor ne s’intéresse pas qu’à la culture de la betterave. Depuis 2021, elle commercialise aussi un parfum pour lutter contre la bruche, un petit coléoptère qui s’attaque aux cultures de féverole et de lentille. Mais plutôt que de repousser l’insecte comme pour la betterave, le parfum va cette fois l’attirer pour mieux le piéger. « On développe des odeurs spécifiques pour chaque ravageur ciblé afin que ça ne perturbe pas la biodiversité dans les champs », indique Ené Leppik.



Parmi les autres parfums à l’étude, la start-up rennaise planche aussi sur une alternative au phosmet, un insecticide interdit depuis cet automne qui était notamment utilisé pour la culture de colza. Pour financer ses recherches et poursuivre sa croissance, Agriodor, qui compte une quinzaine de salariés, vient de boucler une levée de fonds auprès d’investisseurs comme BNP Paribas Développement ou Breizh Up.