Le commerce équitable est-il compatible avec la protection de l'environnement?

ENVIRONNEMENT Des produits qui viennent de loin, c'est vraiment écolo ça?...

Oriane Raffin

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La huitième Quinzaine du commerce équitable qui débute samedi en France devrait sensibiliser davantage les consommateurs à la problématique de l'aide aux pays pauvres, en pleine crise alimentaire.
La huitième Quinzaine du commerce équitable qui débute samedi en France devrait sensibiliser davantage les consommateurs à la problématique de l'aide aux pays pauvres, en pleine crise alimentaire. — Mychèle Daniau AFP

Mis en avant pour son action sociale envers les petits producteurs des pays du sud, le commerce équitable dépasse désormais les seules boutiques spécialisées: on le retrouve dans nos supermarchés.

Mais si consommer équitable est «responsable» d’un point de vue citoyen, l’est-il également d’un point de vue environnemental? Avec des produits venant d’Amérique latine, d’Afrique ou d’Asie, ne va-t-on pas à l’encontre du «consommer local», censé limiter les émissions de CO2? Décryptage.

«Le principal objectif du commerce équitable est d'encourager l'importation de produits exotiques, qui ne peuvent pas être produits chez nous, pour favoriser les producteurs du sud», explique Sylvain Allemand, journaliste et auteur de Le commerce équitable (Ed. Le Cavalier bleu), «c'est donc naturel de se demander si cette démarche n'est pas mauvaise pour l'environnement».

Le bio encouragé

Du côté des associations, aucun doute: «Certes, les produits ne sont pas forcément bio, mais c’est encouragé», explique Jean-Pierre Doussin, vice-président de Max Havelaar France et auteur de Le commerce équitable (PUF). «Plus de la moitié des produits équitables sont bio, et la tendance est à la hausse», précise-t-il.

Par ailleurs, les critères du commerce équitable (pour recevoir la labellisation), imposent certains standards de protection de l’environnement et de la biodiversité. «Il ne peut pas y avoir d’OGM, l’agriculture doit être durable, on encourage le compostage et le roulement des cultures», détaille Jean-Pierre Doussin. «Et ces critères tendent, à terme, à contraindre les acteurs à plus de production biologique, même si ce n'était pas la finalité du commerce équitable à la base», complète Sylvain Allemand.

Des voyages en bateau

Quant au bilan carbone, il n’est pas si mauvais que ce qu’on aurait pu craindre en raison des kilomètres parcourus par les denrées. Tristan Lecomte, responsable de l’entreprise Alter Eco, spécialisée dans le commerce équitable, avance, chiffre à l’appui, une réponse très claire: «Le transport en bateau ne représente que 3% du total des émissions de CO2 du produit». A noter que ce qui pèse vraiment dans la balance, c’est le transport en camion en France (40% des émissions), et l’emballage (40% également).

Tristan Lecomte s’appuie sur l’exemple d’une tablette de chocolat produite au Pérou labellisée commerce équitable: l’ensemble de son cheminement (de la production au consommateur) représente 141g d’équivalent carbone.

Parmi ces 141g :
3g proviennent de la production du cacao et du transport interne (en pirogue notamment)
6g proviennent du transport en bateau
20g du transport routier
59g de la fabrication du chocolat et de l’emballage
18g du fonctionnement de la marque Alter Eco
23g des émissions en magasin et centrale

12g du consommateur (transport en voiture, fondue au chocolat, etc.)

A noter qu’avec l’utilisation d’engrais et de pesticides pour la production, le chocolat dit «conventionnel» émet, lui 250g d’équivalent carbone pour une tablette. Constat similaire pour le sucre, par exemple. Une étude de Max Havelaar Suisse a mis en évidence que le sucre de canne équitable produit au Paraguay avait un bilan carbone 40% inférieur à du sucre produit en Europe. «Ces enquêtes, notamment celle d'Ethiquable, ont été effectuées avec des organismes comme l'Ademe, donc on peut considérer qu'elles sont fiables», estime Sylvain Allemand.

Les petits producteurs, premières victimes du réchauffement climatique

Seule denrée équitable à voyager par avion: les fleurs. Pourtant, selon Jean-Pierre Doussin, les fleurs produites en Afrique poussent sous serre, mais sans chauffage, contrairement à celles qui grandissent aux Pays-Bas par exemple. Résultat: des fleurs «équitables» qui sont aussi neuf fois plus économes.

Au-delà des émissions de CO2, qui ne représentent qu’une partie de la problématique environnementale, les petits producteurs sont encouragés à utiliser moins de pesticides, même si tous n’ont pas encore la double certification bio-équitable.

En outre, leurs plantations restent à échelle humaine, et contrairement à la culture intensive plus respectueuse de l’environnement. Certains n'ont tout simplement pas les moyens de payer pesticides ou engrais et cultivent leurs produits grâce à une agriculture paysanne. Tristan Lecomte estime ainsi que «les petits producteurs sont les moins responsables du réchauffement climatique et les premières victimes». Certains en effet, souffrent du manque d’eau ou de changements climatiques nuisant à leurs cultures.

Reste maintenant à travailler sur les petites distances, pour améliorer le bilan carbone là où il peut être amélioré. «On peut tout bêtement substituer les voitures des commerciaux des entreprises par des voitures hybriques ou encourager le ferroutage», suggère Sylvain Allemand.