Le commerce équitable, comment ça marche ?

PRATIQUE Le commerce équitable se base sur un principe simple: acheter à des petits producteurs du Sud à un prix supérieur au cours du marché, en favorisant un échange le plus direct possible entre eux et les consommateurs...

Audrey Chauvet

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Les fondatrices de la marque de vêtement Ideo visitent des producteurs de coton bio à Bombay (Inde). 
Les fondatrices de la marque de vêtement Ideo visitent des producteurs de coton bio à Bombay (Inde).  — SIMON ISABELLE/SIPA

Pourquoi le commerce équitable est-il nécessaire ?

Parce que les prix des produits exportés sur les marchés «classiques» sont bien souvent dictés par les multinationales de l’agroalimentaire qui achètent en grande quantité. Pour les petits producteurs, ces prix bas ne leur permettent pas de couvrir les coûts de production. Par exemple, de 2000 à 2005, le café se négociait à 0,45 dollar (0,35 euro) la livre alors que les coûts de production étaient de 0,80 dollar (0,63 euro) environ. Résultat, seules les grosses exploitations résistent, au détriment des populations locales: les petits paysans abandonnent leurs plantations pour aller grossir les bidonvilles.

Quel est le principe du commerce équitable ?

L’idée du commerce équitable est née de la volonté de rapprocher consommateur final et producteur pour minimiser les marges prises par les intermédiaires (notamment les négociants locaux, nommés «coyotes» en Amérique du Sud) et introduire une valeur sociale dans les achats. Le principe «Trade, not aid» (du commerce, pas d’aide) résume bien la philosophie du commerce équitable : le commerce doit permettre aux populations des pays producteurs de se développer, sans recourir à la charité mais en valorisant à leur juste prix les productions agricoles.

Concrètement, comment marche le commerce équitable ?

Les petits paysans des pays du Sud sont les premiers maillons du commerce équitable. Ils se regroupent en coopérative, qui doit être gérée démocratiquement et agir pour le développement des populations locales. C’est cette coopérative qui reçoit la prime au développement versée par les acheteurs, pour mettre en place des projets sociaux (construction d’écoles, de centres de soins,…) ou écologiques (reforestation, culture d’espèces menacées,…). Le respect des règles de l’OIT (interdiction du travail des enfants et du travail forcé) sont également un impératif pour les coopératives, et la promotion du rôle des femmes est fortement encouragée. Enfin, la coopérative doit s’engager à respecter l’environnement en limitant les intrants chimiques (ce qui est souvent le cas par manque de moyens pour les acheter!) et en respectant la biodiversité locale.

Les acheteurs, eux, s’engagent à payer aux agriculteurs un prix minimum supérieur au cours mondial. Ce prix doit couvrir les coûts de production mais aussi les besoins de santé, éducation, logement,…des producteurs et de leur famille. De plus, un préfinancement des récoltes leur est attribué s’ils le souhaitent.

Pour le consommateur final, la transparence et la traçabilité des produits doit être totale: il doit avoir toute l’information nécessaire sur l’origine du produit qu’il achète.

Labels ou pas ?

Deux types de commerce équitable existent: la filière «intégrée», où les entreprises ou associations revendeuses sélectionnent elles-mêmes leurs fournisseurs, et la filière «labellisée» qui repose sur des organismes certificateurs qui auditent les coopératives de production et apposent leur label sur les produits, ensuite achetés par des entreprises qui les commercialisent. Les certificateurs ont un cahier des charges qui leur est propre (par exemple celui de FLO qui appose le label Max Havelaar), quant à ceux qui choisissent de ne pas porter de label, ils adhèrent le plus souvent à la WFTO (World Fair Trade Organization) qui garantit le respect des principes du commerce équitable.

Le commerce équitable : est-ce que ça marche ?

Au Nord: Le commerce équitable a connu un énorme essor de notoriété et les ventes au détail ont considérablement augmenté ces dernières années, mais le commerce équitable ne représente encore que 0,01% du commerce mondial. Le prix est souvent le principal obstacle à l’achat pour les consommateurs, suivi par un manque d’information et de confiance.

Au Sud: Connaître l’impact global du commerce équitable pour les producteurs n’est pas facile, mais quelques exemples concrets d’amélioration de leurs conditions de vie sont rapportés par les entreprises revendeuses et évidemment illustrés …au dos des paquets de café!