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NO BASSARAN« Je n’avais jamais subi une répression si violente et agressive »

Mégabassines dans les Deux-Sèvres : « Je n’avais jamais subi une répression si violente », témoigne une street medic

NO BASSARANElicha, street médic lors de la manifestation contre les mégabassines à Sainte-Soline, revient sur la violence des affrontements avec les forces de l’ordre et le nombre hors norme de blessés qu’elle a dû soigner
Mégabassines : « C'était de la médecine de guerre » raconte une street médic à Sainte-Soline
Emilie Petit

Emilie Petit

Elle est encore sous le choc lorsqu’elle évoque Sainte-Soline. Elicha, militante écologiste à Extinction Rébellion, était street médic lors de la manifestation contre les mégabassines qui s’est déroulée samedi, dans les Deux-Sèvres. Activiste au sein du mouvement depuis 2019, cette infirmière urgentiste n’avait encore jamais vu déferler une telle violence. « Je n’avais jamais subi une répression si violente et agressive, assure-t-elle. Lorsque nous avons manifesté à Saint-Soline en octobre dernier, c’était, là aussi, très violent. Mais pas à ce point-là. Et aucun activiste ne s’était retrouvé en danger de mort », s’exclame-t-elle.

Les images parlent d’elle-même. Outre les véhicules de police incendiés, les forces de l’ordre tout comme les manifestants ont dénombré, dans leurs rangs respectifs, de nombreux blessés. Mortiers, tirs de LBD, grenades lacrymogènes et de désencerclement… Si le gouvernement a affirmé que les manifestants étaient venus « tuer du flic », les activistes accusent, de leur côté, un bilan humain lourd. Les organisations écologistes présentes assurent qu’environ 200 manifestants auraient été blessés au cours des affrontements, dont trois sont en urgence absolue. Tandis que, côté police et gendarmerie, 47 blessés ont été dénombrés.

Des secours empêchés de se rendre sur place

Il est à peine 13h lorsque les premiers projectiles fusent de part et d’autre, près de la mégabassine de Sainte-Soline. Elicha, en première ligne, commence alors à entendre crier un peu partout « médic ! ». Un signal qui lui laisse penser que les violences qu’elle constate sont en train de faire de nombreux blessés autour d’elle. « C’est arrivé d’un coup, se souvient-elle. C’est à ce moment-là que j’ai aperçu un premier blessé. Il avait un trou rond dans la cuisse avec un bout de chair manquant… ». Sa course commence alors. Elle tente de soigner comme elle peut les nombreuses personnes dont les blessures sont multiples, grâce à des compresses hémostatiques qui permettent de réduire les saignements : « heureusement que j’en avais pris avec moi. J’ai utilisé tout mon stock ! ».

Autour d’elle, c’est le chaos. « Je suis restée aider sur… Ce bordel ambiant », raconte-t-elle. Elle se dirige alors près des chemins qui encerclent la mégabassine, sur lesquels les blessés sont rapatriés, loin des affrontements qui se poursuivent. « Quand j’arrive, je vois une personne en urgence absolue. Elle avait un traumatisme crânien et avait perdu connaissance. C’est généralement très mauvais signe », explique-t-elle. Mais les secours tardent à venir. Elicha ne comprend pas. Aucune information ne filtre. « Au début, on a cru que le Samu ne voulait pas venir à cause de la violence des affrontements », se souvient-elle. Elle n’apprendra que plus tard que ce sont visiblement les forces de l’ordre qui auraient donné la consigne au Samu de ne pas intervenir. Une version démentie par la préfète des Deux-Sèvres, Emmanuelle Dubée, dans un communiqué. Mais qu’une conversation téléphonique entre un médecin et le Samu, publiée sur le site du Monde, semble corroborer.


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Des « débriefs émotionnels » pour les manifestants

Les secours finissent, finalement, par arriver une heure plus tard, et emmènent les blessés qu’Elicha et d’autres street médics comme elle ont triés en fonction de la gravité des blessures. Au bout de plusieurs heures et après avoir dû réaliser de nombreuses sutures sur place, la jeune militante accompagnée d’autres manifestants, rentre enfin au camp de base, à Melle, commune voisine de Sainte-Soline. « Sur le chemin du retour, j’ai commencé à me repasser le film, et à me sentir mal. C’était le contrecoup », analyse-t-elle. Sur sa route, elle croise plusieurs personnes avec qui elle échange. Et s’aperçoit que certains d’entre eux souffrent d’ores et déjà de stress post-traumatique.

Le soir même, les différents mouvements écologistes décident de mettre en place, en urgence, des « débriefs émotionnels » pour tenter d’accompagner les personnes psychologiquement fragilisées après cette journée d’action. Depuis, plusieurs groupes de parole se sont tenus, et se tiendront encore cette semaine pour permettre à chacun de revenir sur des affrontements d’une violence hors norme.

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