Louisiane: L'étrange indulgence des pêcheurs avec les groupes pétroliers

ENVIRONNEMENT Les conséquences de la marée noire sur leur activité et sur l'écosystème sont pourtant dramatiques...

Julien Ménielle

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Les bateaux sont cloués à quai en raison du mauvais temps, le 2 mai 2010 au port de Venice, en Lousiane, alors que la marée noire menace les côtes.
Les bateaux sont cloués à quai en raison du mauvais temps, le 2 mai 2010 au port de Venice, en Lousiane, alors que la marée noire menace les côtes. — J.MITCHELL/REUTERS

«Cette marée noire, ça n'empêche pas qu'on a profité de l'industrie pétrolière.» Ce pêcheur de Louisiane, cité par France Inter, résume le dilemme qui le frappe, lui et ses collègues. La saison de la pêche vient de débuter, et a été suspendue sine die. Mais dans la région, pas si simple de s'attaquer au tout-puissant BP.

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Car en Louisiane, les groupes pétroliers sont le principal employeur. Et les familles des pêcheurs travaillent pour cette industrie puissante, quand ils ne le font pas eux-même. «L'hiver, beaucoup de pêcheurs travaillent pour le pétrole», raconte ainsi un local sur France Inter.

«Ce ne sont pas des sites propres»

D'ailleurs, qui a dit que l'industrie pétrolière nuisait à leur travail? «Sans pétrole, il n'y aurait pas grand-chose. Pour aller en mer, il nous faut bien de l'essence», note un pêcheur dans La Croix. «Trois jours avant que le puits n'explose, juste au-dessous, j'ai pêché 7 magnifiques thons», raconte même un autre sur France Inter.

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«Les plateformes ne sont pas si mauvaises, elles créent un habitat pour les poissons», ose même le pêcheur. «C'est vrai», reconnaît Emmanuel Buovolo, chargé de la campagne Océans chez Greenpeace. Mais selon lui, «ce ne sont pas des sites propres» à conseiller aux pêcheurs, citant des fuites fréquentes sur ce type d'installations.

Menace sur l'écosystème

«En mer du Nord, on a chiffré les fuites d'hydrocarbures à 8.500 tonnes par an», a expliqué Emmanuel Buovolo à 20minutes.fr. D'ailleurs l'idylle entre pêcheurs et pétroliers pourraient bien prendre fin. «Certains n'osent peut-être pas se plaindre pour être embauchés par BP par la suite», avance le chargé de campagne. De fait, certains d'entre eux participent déjà au nettoyage.

Mais la marée noire pourrait avoir des effets désastreux sur la faune aquatique locale. «L'écosystème est complexe dans cette zone, prévient Emmanuel Buovolo. Et de nombreuses espèces y font leur migration, viennent se reproduire ou y pondre.» Et le pétrole, en les engluant, limitant leurs mouvements indispensables à leur oxygénation, voire en bouchant leurs ouïes, les menace.

Du pétrole dans les assiettes

«Sans parler des conséquences indirectes», complète le militant. Certains composants des hydrocarbures ont en effet, selon lui, des effets sur les systèmes reproducteurs et immunitaires des cétacés. Et s'ils ne tuent pas les poissons, le pétrole ou les produits chimiques employés pour disperser la nappe pourraient finir dans les assiettes.

«Ces produits se fixent sur le zooplancton, mangé par les poissons ou les crevettes», annonce Emmanuel Buovolo. Suffisant pour se retrouver dans la chaîne alimentaire? «Sans doute, à l'image de ce qu'on a connu pour le PCB quand il a contaminé le Rhône ou la Seine.» De quoi modérer l'indulgence des pêcheurs à l'égard des groupes pétroliers.