Le blanchiment du corail entraîne des combats « inutiles » entre plusieurs espèces de poissons

RÉCHAUFFEMENT CLIMATIque La disparition progressive des coraux consommés par ces poissons entraîne une hausse des conflits pour l’accès à la nourriture

20 Minutes avec agences
— 
Un Chelmon à bec médiocre, une des nombreuses espèces de poisson-papillon présentes dans nos océans. (Illustration)
Un Chelmon à bec médiocre, une des nombreuses espèces de poisson-papillon présentes dans nos océans. (Illustration) — Benny Snyder/AP/SIPA

Les poissons dont le régime alimentaire souffre du blanchiment des récifs de corail se lancent désormais dans des combats « inutiles » qui nuisent à leur survie. C’est le résultat d’une étude publiée ce mercredi dans la revue Proceedings of the Royal Society B.

La hausse des températures des océans provoque le dépérissement du corail, qui se traduit par une décoloration des récifs fournissant abri et nourriture à de nombreuses espèces marines. Des chercheurs ont étudié les conséquences de ce blanchiment sur 38 espèces de poissons-papillons. Ce poisson tropical coloré se nourrit entre autres de corail.




Un épisode de blanchiment qui tombe à point nommé

La biologiste marine Sally Keith et son équipe ont commencé leur étude dans 17 récifs des Philippines, d’Indonésie et de l’île Christmas (Australie) juste avant un épisode majeur de blanchiment du corail en 2016. Ce phénomène a fourni « l’occasion parfaite » d’étudier ses conséquences sur le comportement de la faune marine qui dépend de la bonne santé du corail.

En 2017, les chercheurs étaient déjà « choqués » par l’état de dévastation des récifs de corail. Les poissons « nageaient autour, à la recherche d’une source de nourriture qui avait complètement disparu », raconte Sally Keith. L’épisode de blanchiment avait particulièrement touché le corail Acropora, source alimentaire essentielle pour les poissons-papillons.

Une énergie précieuse dépensée pour rien

Ce dépérissement a complètement « changé la donne dans l’accès aux aliments », plaçant les différentes espèces dans une compétition accrue pour accéder à d’autres genres de coraux. Les chercheurs ont ainsi observé environ 3.700 interactions entre poissons-papillons, qui s’informent de leur intérêt pour un morceau de corail en dressant leur nageoire caudale hérissée de piquants.

Si cela ne dissuade pas le concurrent, une poursuite pour chasser l’intrus pour s’ensuivre. Quand le corail était encore intact, les différentes espèces de poissons-papillons réglaient leurs différends grâce à des signaux d’avertissement dans 28 % des cas. Cette proportion est tombée à 10 % après le blanchiment, avec une hausse des « attaques inutiles » et des poursuites sur de longues distances.



« Prendre des décisions erronées sur la cible à combattre et dépenser une énergie précieuse dans ces attaques pourrait les faire basculer dans une véritable famine », résume, inquiète, Sally Keith. Le phénomène pourrait avoir des conséquences sur d’autres espèces, et à des maillons plus élevés de la chaîne alimentaire pour la faune des récifs coralliens.