Nouvelle-Aquitaine : La veuve noire d’Europe découverte pour la première fois dans la région

ARAIGNEE Cette espèce méditerranéenne, venimeuse, a été trouvée pour la première fois en Nouvelle-Aquitaine le 27 octobre dernier, dans des dunes vers le Cap-Ferret en Gironde

Mickaël Bosredon
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La veuve noire Latrodectus tredecimguttatus a été découverte du côté du Cap-Ferret.
La veuve noire Latrodectus tredecimguttatus a été découverte du côté du Cap-Ferret. — Hervé Thomas
  • Un entomologiste de la société linnéenne de Bordeaux a réalisé la première observation de veuve noire d’Europe en Nouvelle-Aquitaine, fin octobre vers Le Cap-Ferret.
  • La veuve noire d’Europe est une espèce méditerranéenne qui n’a été observée qu’à deux reprises, au XIXe siècle, sur la façade atlantique.
  • Même si elle est aussi très venimeuse, il ne faut pas confondre la veuve noire d’Europe avec la veuve noire d’Amérique ou d'Australie, beaucoup plus dangereuse.

Elles étaient tapies sous le collet des plantes dunaires, à l’abri des regards. Le 27 octobre dernier, Christian Géry, entomologiste amateur de la société linnéenne de Bordeaux, a fait une découverte retentissante, même s’il ne le savait pas encore sur le moment. Il est tombé sur des Latrodectus tredecimguttatus, communément appelée veuve noire d’Europe, ou encore malmignatte. Cette araignée venimeuse n’avait jamais été observée jusqu’ici en Nouvelle-Aquitaine.

Les femelles étaient installées sous les feuilles, avec leurs cocons. « C’était le hasard total, raconte Christian Géry à 20 Minutes. C’est en cherchant des coléoptères, qui sont ma spécialité, dans la dune grise du côté du Cap-Ferret (Gironde), que je suis tombé sur ces cocons d’araignée que je ne connaissais pas. J’ai aussitôt envoyé une photo à un collègue pour en savoir plus. »

Le collègue, Hervé Thomas, autre membre de la société linnéenne, a lui « immédiatement reconnu la malmignatte » quand il a vu la photo. Il faut dire que la petite bête avec son gros corps noir et ses taches rouges, est facilement reconnaissable pour les spécialistes. « Et puis, elle est célèbre, il y a tout un tas de légendes autour de la veuve noire, parce que c’est une araignée très venimeuse, notamment pour l’homme » raconte Hervé Thomas.

Le réchauffement climatique pas nécessairement en cause

En France, la veuve noire d’Europe n’est pas inconnue, puisqu’on la trouve en Corse et dans l’arc méditerranéen. « Sur la côte Atlantique, elle avait été signalée à la fin du XIXe siècle, en 1877 et 1881 en Vendée et dans le Morbihan, mais elle n’a jamais été retrouvée depuis, poursuit Hervé Thomas. Pour ma part, je collabore depuis 2006 avec l’ONF pour effectuer des relevés sur les dunes et les plages, je fais beaucoup de prospection entre la Vendée et les Landes, et je ne l’avais jamais vue. »

Sa présence du côté du Cap-Ferret, peut-elle être la conséquence du réchauffement climatique ? « Sans ces mentions anciennes en Vendée et dans le Morbihan, on serait tenté de dire oui, puisque c’est une espèce méditerranéenne. Nous avons des exemples de remontées d’arachnides à la faveur du réchauffement, c’est le cas d’une très grosse araignée, l’argiope lobée, qui est arrivée en Nouvelle-Aquitaine il y a quelques années. Dans le cas de la veuve noire, on n’écarte pas complètement l’explication climatique, mais il y a d’autres hypothèses possibles, et l’une des plus probables est qu’elle a toujours plus ou moins existé dans le milieu dunaire, mais comme c’est une espèce très discrète, elle est restée inaperçue jusqu'ici. »

« Il ne faut pas fantasmer autour de cette araignée »

Quant à la question que tout le monde se pose, à savoir faut-il s’inquiéter, les spécialistes assurent que non. Mais la réputation venimeuse de la veuve noire, dont la femelle a tendance à dévorer le mâle après l’accouplement, la précède généralement. « Il ne faut pas fantasmer autour de cette araignée, et il n’y a aucune raison de paniquer, martèle Hervé Thomas. La veuve noire n’a aucune agressivité et ne cherche pas à mordre. Par ailleurs, on la trouve sur la partie de la dune qui est très peu accessible, ces milieux étant de plus en plus protégés. » On pourra continuer, à priori, à se dorer la pilule tranquillement sur les plages du Cap-Ferret l'été prochain...

« Il y a un enjeu scientifique derrière cette découverte, mais aucune répercussion dans la société comme peut l’avoir l’émergence du moustique tigre et du frelon asiatique » ajoute Christian Géry.



Il ne faut d’ailleurs pas confondre Latrodectus tredecimguttatus et Latrodectus mactans, « la plus célèbre des veuves noires, qui est la version américaine » précise Hervé Thomas, ou Latrodectus hasselti, la version australienne. « Le venin de la veuve noire d’Amérique ou d’Australie est beaucoup plus toxique, on a même des cas mortels chez l’homme, ce n’est absolument pas le cas pour sa cousine d’Europe dont l’envenimation est beaucoup moins grave. »

La crainte d’attirer « des terrariophiles mal intentionnés »

En revanche, les entomologistes restent volontairement discrets quant au lieu précis de leur découverte. « On a donné une indication, du côté du Crohot noir, qui n’est pas tout à fait exacte, reconnaît Hervé Thomas. C’est volontaire, pour éviter que des terrariophiles malintentionnés débarquent pour chercher la bestiole. On ne veut pas que la station soit détruite. »

La société linnéenne de Bordeaux, qui est une société de scientifiques amateurs fondée en 1818, publiera prochainement un bulletin scientifique sur cette découverte.