Quel est le secret des chauves-souris pour ne tomber que rarement malades ?

DéCOUVERTE Une équipe de scientifiques de Lyon a étudié le génome des chauves-souris pour comprendre d’où venait leur incroyable immunité face aux virus en tout genre

Caroline Girardon
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Illustration chauve-souris
Illustration chauve-souris — SALMAR / PIXABAY
  • Qualifiées à tort de « réservoirs à virus », les chauves-souris ont cette faculté de résister aux microbes.
  • Une équipe de scientifiques de Lyon a étudié leur génome pour comprendre d’où venait leur incroyable immunité. Voici une partie de leur secret.

Non, les chauves-souris « ne sont pas des sacs à virus ». Dominique Pontier tient à tordre le cou aux clichés. Chercheuse, professeur à l’université Lyon-1, elle travaille depuis 2010 sur ces petits mammifères qu’elle a étudiés au Gabon, en Guyane, en France métropolitaine ou encore tout près de La Réunion. Certes, les chauves-souris ne développent aucun symptôme, contrairement à l’homme. Elles ont cette étonnante capacité de résister aux microbes mais « cela ne veut pas dire qu’elles sont tranquilles », souligne-t-elle. Bien au contraire. Quand elles sont « en état de torpeur » et que leur température corporelle chute à 6 °C, leur système immunitaire est au repos total. Les virus peuvent s’en donner à cœur joie, sauf que les chiroptères sont de type coriaces. Finalement, ils tombent rarement malades.

Plusieurs scientifiques, parmi lesquels Dominique Pontier et Stéphanie Jacquet, post doctorante au laboratoire de biométrie et biologie évolutive (LBBE) et au Centre international de recherche en infectiologie (CIRI), ont longuement étudié le génome des chauves-souris pour comprendre d’où venait leur incroyable immunité. Le fruit de leurs recherches vient d’être publié dans la revue Science Advances.


Une chauve-souris Artibeus planirostris.
Une chauve-souris Artibeus planirostris. - JB Pons

Une température corporelle qui monte à 41 °C en plein vol

« La chauve-souris est le seul mammifère qui vole. Et cela change tout », sourit Dominique Pontier. Se déplacer dans les airs lui demande « une énergie considérable », quinze à seize fois supérieure à celle d’un oiseau. « L’effort qu’elles fournissent augmente considérablement leur métabolisme. Cette énergie génère un stress oxydant toxique, très délétère pour leurs cellules mais les chauves-souris ont développé un système antioxydant puissant pour se défendre », explique-t-elle. En plein vol, leur température corporelle peut monter jusqu’à 41 °C, comme si elles étaient saisies d’une très forte fièvre. « Ce qui limite la réplication des virus et permet de contrôler l’inflammation », poursuit la chercheuse.

Mais cela n’est pas la seule explication. Exposées « pendant des millions d’années » aux virus en tout genre, parfois néfastes à leur survie, les chauves-souris ont su « s’adapter » pour résister. Elles sont parvenues à dupliquer le gène PKR au sein de leur génome, alors que les autres mammifères -l’humain y compris- n’ont qu’une seule copie de ce gène. « Pour mieux comprendre, prenons l’exemple d’une guerre, propose Stéphanie Jacquet. Vous partez au combat, tous armés d’une épée sauf que les chauves-souris en possèdent plusieurs, très différentes les unes des autres. Ce qui leur confère un avantage car, en développant et diversifiant le nombre d’armes à leur disposition, elles augmentent leur capacité de résistance. »



Indispensables à l’écosystème, les chauves-souris, grandes mangeuses de moustiques, ne cessent décidément jamais d’étonner. Récemment, une autre étude a permis de dévoiler qu’elles pouvaient produire des « grognements », des sons à très basses fréquences en utilisant leurs « fausses cordes vocales », que seuls les chanteurs de death metal parviennent à activer !