Météo : Les 4 chiffres à retenir du bilan climatologique de la France en 2022

Bilan Météo-France dressait ce mercredi le bilan climatologique de 2022 dans le pays. Avant même que décembre ne commence, cette année est d’ores et déjà assurée d’être la plus chaude enregistrée depuis 1900

Fabrice Pouliquen
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Vue sur le fleuve la Garonne, à Toulouse, le 30 octobre dernier alors que le niveau du fleuve est au plus bas en raison du manque de précipitations lors des précédents mois entraînant une secheresse historique.
Vue sur le fleuve la Garonne, à Toulouse, le 30 octobre dernier alors que le niveau du fleuve est au plus bas en raison du manque de précipitations lors des précédents mois entraînant une secheresse historique. — FRED SCHEIBER/SIPA
  • Avec de l’avance, parce que tout est déjà joué, Météo France dressait ce mercredi le gbilan climatologique 2022 en France. Et avec cette certitude, même s’il reste encore décembre, que cette année sera la plus chaude jamais enregistrée.
  • Nous terminerons 2022 avec une température moyenne, sur l’année écoulée, entre 14,2 et 14,6°C, ce qui représente une anomalie thermique de + 1,1 à +1,5°C par rapport aux normales 1991-2020, anticipe Météo France. Cet été et cet automne ont été particulièrement chauds cette année.
  • Météo France y voit une illustration manifeste du changement climatique en France.

Depuis trois ans, Météo-France dresse le bilan climatologique de l’année qui s'achève. Normalement, le rendez-vous est fixé à la presse courant décembre. Pas besoin d’attendre jusque-là cette fois-ci. Même s’il manque encore les données de décembre, « 2022 est d’ores et déjà assurée d’être l’année la plus chaude jamais mesurée en France depuis le début des relevés en 1900 », assure Matthieu Sorel, climatologue de l’organisme météorologique. Tour d’horizon de ce bilan en quatre chiffres marquants.



1er, le rang auquel termine l’automne le plus chaud jamais enregistré

Finalement, le 1er janvier 2022, marqué par une douceur remarquable sur l’ensemble du pays, avait donné le ton de ce qui allait suivre. Certes, il y a eu quelques épisodes froids, à commencer par la seconde quinzaine de janvier, faisant d’ailleurs de ce mois le seul de l’année finissant sous la normale. Matthieu Sorel ajoute ajoute l’épisode de gel tardif, début avril, « qui, comme l’an passé, a occasionné de forts dégâts sur les cultures ».

Mais à ces exceptions près, 2022 s’est traduit sinon par une succession de mois chauds, avec parfois de fortes anomalies. Rappelons-nous octobre, exceptionnellement doux. « On a dépassé les +3 °C d’anomalies », indique Matthieu Sorel. D’ailleurs, cet automne 2022 se classe au premier rang des automnes les plus chaud jamais enregistrés en France depuis 1900, ex aequo avec celui de 2006. « L’hiver se classe, lui, au quinzième rang des plus chauds, le printemps au quatrième rang, et l’été au deuxième rang », continue le climatologue de Météo-France.

Au final, « même si décembre se révèle froid, voire très froid, 2022 terminera au rang n°1 des années les plus chaudes en France, très devant 2020 qui détenait le record, assure déjà Matthieu Sorel. Nous terminerons avec une température moyenne, sur l’année écoulée, entre 14,2 et 14,6 °C, ce qui représente une anomalie thermique de + 1,1 à +1,5 °C par rapport aux normales 1991-2020. » Signe inquiétant : huit des dix années les plus chaudes jamais enregistrées en France sont survenues après 2010.


Huir des dix années les plus chaudes en France depuis 1900 arrivent après 2010
Huir des dix années les plus chaudes en France depuis 1900 arrivent après 2010 - Infographie Météo France

1.500, le nombre de records de chaleur battus

C’est un autre chiffre marquant dans le bilan 2022 que dresse Matthieu Sorel : « Pas moins de 1.500 records de chaleurs ont été battus cette année, contre seulement 308 de froid », pointe-t-il. Un déséquilibre net que le climatologue ajoute aux preuves, « s’il en fallait encore une », que « le changement climatique est derrière tout cela ». « On bat les records de chaleur avec une facilité déconcertante, mais on a tout le mal du monde à battre les records de froid, et on le fait avec un delta extrêmement faible, poursuit-il. Dans un climat stationnaire, nous devrions avoir à peu près le même nombre de records battus, entre les chauds et les froids. »

Parmi ces records de chaleur marquants figure donc les +3 °C d’anomalies d’octobre. Matthieu Sorel s’attarde aussi sur l’été dernier, traversé par trois vagues de chaleurs. Dont celle de cinq jours, entre le 15 et le 19 juin, la plus précoce jamais enregistrée au niveau national depuis 1947, fait remarquer Météo-France. « Jamais nous n’avions franchi la barre des 40 °C aussi tôt dans la saison en France continentale », ajoute-t-il. Nous avons également essuyé 33 jours de vague de chaleur en 2022, soit onze de plus que l’ancien record de 2003 et sa canicule qui a marqué les esprits. « Cependant, la sévérité cumulée des vagues de chaleur en 2002 reste inférieure à cette année-là », tempère Matthieu Sorel.

3, comme troisième sécheresse la plus longue de l'histoire

Côté précipitations, Météo-France emploie plus de guillemets dans son bilan. C’est que les mois de décembre peuvent se révéler pluvieux et changer la donne. Matthieu Sorel a tout de même une certitude : « 2022 sera l’une des années les plus sèches que la France a connue depuis le début des mesures, c’est-à-dire depuis 1959 pour les précipitations. Nous devrions terminer l’année avec un déficit pluviométrique d’environ 20 à 25 % par rapport aux normales 1991-2021. ». Comme pour les températures, aucun coin de métropole n’a été épargné par ce déficit de pluie. « Il est toutefois légèrement plus marqué sur certains départements du centre-ouest et du Sud-Ouest, et encore plus marqué sur le pourtour méditerranéen, Corse comprise. » Là encore, des records sont tombés. Matthieu Sorel cite mai, avec un déficit pluviométrique de 60 %, et même juillet, avec un déficit de 80 %.

Résultat : la sécheresse fut elle aussi marquante. Elle a démarré dès la fin de l’hiver, et la situation s’est ensuite dégradée, mois après mois, lorsque au déficit de pluies s’est mêlée l’arrivée des premières chaleurs, accélérant l’évaporation de l’eau contenue dans les sols. « Les niveaux d’indices d’humidité des sols atteindront des records en juin et en août », pointe Matthieu Sorel. Cette sécheresse 2022, qui a duré huit mois, est la troisième la plus longue jamais connue en France. Elle se classe derrière celle de 1989-1990, extrêmement longue (17 mois) et celle de 2005 (9 mois). Il s’agit aussi de la cinquième sécheresse la plus étendue du territoire. « Les trois quarts du pays ont été concernés », précise toujours Matthieu Sorel.


2022 sera l'année la plus chaude jamais enregistrée depuis 1900. Elle devancera nettement 2020, le précédent record.
2022 sera l'année la plus chaude jamais enregistrée depuis 1900. Elle devancera nettement 2020, le précédent record. - Infographie Météo France


2050,  la date à laquelle les chaleurs de 2022 pourraient devenir normales

Météo-France voit dans cette année climatique 2022 l’illustration manifeste du changement climatique en France et estime qu’elle pourrait devenir normale au milieu du XXIe siècle. Pour l’affirmer, elle s’appuie sur des études d’attribution. « On utilise des simulations climatiques en estimant la probabilité d’occurrence et d’intensité d’un événement singulier [une vague de chaleur par exemple] dans notre monde, c’est-à-dire marqué par un changement climatique d’origine anthropique, comparé à un autre, avec uniquement des forçages naturels », explique Agathe Drouin, autre climatologue à Météo-France.

Cette méthode a notamment été appliquée aux anomalies de chaleur de cet été, dont la vague précoce de juin. « Un tel événement a une durée de retour assez longue dans notre climat actuel, de l’ordre de 20 ans, contre 200 ans tout de même dans un climat non réchauffé par les activités humaines, indique Agathe Drouin. Autrement dit, il aurait eu dix fois moins de probabilité de survenir sans changement climatique anthropique. Et son intensité aurait aussi été 1,6 à 1,8 °C moins intense. ». Si on se projette un peu dans le futur, « cette vague de chaleur précoce pourrait être deux à trois fois plus probable en 2040 qu’en 2022, poursuit Agathe Drouin. Et son intensité serait au moins supérieure de 0,7 °C. »

Pas mieux au niveau mondial ?

Ce bilan climatologique 2022 que dresse Météo-France pour le pays fait alors écho aux propos de Petteri Ta las, du 6 novembre dernier. Sans attendre la fin de l’année là encore, le secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale estimait que 2022 serait entre la cinquième et la sixième année la plus chaude jamais enregistrée au niveau mondial. Pourtant, pour la troisième année consécutive, nous sommes en configuration La Nina, phénomène climatique naturel qui fait que normalement les températures sont généralement plus faibles sur le globe qu’en configuration El Nino. Bref, pas rassurant.