«La catastrophe de l'Erika a engendré plus de tonnes d'oiseaux morts que de brut déversé»

INTERVIEW Emmanuel Buovolo, chargé de campagne océan chez Greenpeace, revient sur les possibles conséquences de la marée noire aux Etats-Unis...

Propos recueillis par Oriane Raffin

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Des ouvriers tentent, le 27 avril 2010, d'endiguer la nappe de pétrole qui s'échappe après l'explosition de la plateforme pétrolière Deepwater dans le golfe du Mexique.
Des ouvriers tentent, le 27 avril 2010, d'endiguer la nappe de pétrole qui s'échappe après l'explosition de la plateforme pétrolière Deepwater dans le golfe du Mexique. — P.SEMANSKY/SIPA

Alors que les nappes de pétrole s’approchent des côtes de la Louisiane, on a appris ce jeudi que la fuite provenant de la plate-forme pétrolière DeepWater était cinq fois plus importante que ce qui avait été annoncé auparavant. Décryptage des conséquences sur l’environnement et la politique énergétique américaine avec Emmanuel Buovolo, de Greenpeace France.

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Peut-on parler aujourd’hui d’une catastrophe écologique?
Dès l’instant où on assiste à une fuite de cette ampleur, c’est une catastrophe écologique. Les milieux marins sont déjà touchés, et nous devons faire face à un potentiel désastre écologique sur terre. Pour le moment, c’est quasi-impossible de dire quel est l’impact de la catastrophe. Des activités comme la pêche ainsi que certaines formes d’aquaculture sont touchées. Quant à la population marine, le pétrole brut peut-être ingéré par le poisson, entrant ainsi dans l’écosystème marin.

Et pour la terre?
Si ça vient jusqu’aux côtes, la faune et la flore seront touchées. Les oiseaux notamment seront impactés. A titre de comparaison, la catastrophe de l’Erika, en 1999, a engendré plus de tonnes d’oiseaux morts que de brut déversé. Les mammifères et les amphibiens vont également être victimes de la marée noire.

Le brûlage des nappes peut-il résoudre les choses?
Il ne résout rien et au contraire, il va créer une pollution supplémentaire. C’est une erreur environnementale, dans le sens où des fumées vont polluer l’atmosphère, des cendres vont se répandre et du CO2 va être émis. Les résidus seront très nombreux et difficiles à récupérer. De toute façon, une catastrophe pareille ne peut pas être résolue. On en retrouve des traces plusieurs années après. Dans le cas de la marée noire de l’Exxon Valdez, en Alaska, en 1989, plus de vingt ans après, on trouve encore des traces de pétrole sur les côtes.

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Le forage en mer doit-il être remis en cause?
Il y a un problème général de justification de ce type d’activité. Greenpeace dénonce la politique énergétique américaine qui mise tout sur le pétrole. L’administration Obama a annoncé il y a peu vouloir développer le forage off-shore, notamment dans des zones plus difficiles encore à contrôler, comme l’Alaska. Cet incident illustre de manière flagrante les limites de ce système: vouloir récupérer les dernières ressources pétrolières. D’autres solutions seraient préférables, avec l’utilisation des énergies renouvelables. Par exemple, Barack Obama a autorisé la construction d’une ferme éolienne off-shore. Il faudrait en outre réfléchir sur la façon de dépenser moins d’énergie.