Comment le transport maritime cherche à réduire son empreinte carbone

ENVIRONNEMENT Basée à Lorient, la société coopérative Windcoop veut ouvrir une liaison entre la France et Madagascar avec un cargo à voile

Jérôme Gicquel
Le futur cargo à voile de la société coopérative Windcoop assurera la liaison entre la France et Madagascar en 2025.
Le futur cargo à voile de la société coopérative Windcoop assurera la liaison entre la France et Madagascar en 2025. — Windcoop / 20 Minutes
  • Pesant très lourd dans le commerce mondial, le transport maritime se cherche un avenir plus vert.
  • Le voilier cargo pourrait être l’avenir du fret avec de nombreux acteurs qui s’engagent pour un transport maritime décarboné.
  • En Bretagne, la toute jeune coopérative Windcoop projette ainsi d’ouvrir une liaison maritime entre la France et Madagascar en 2025.

C’est de très loin la solution la plus utilisée dans le monde pour faire du commerce. Grand gagnant de la mondialisation, le transport maritime pèse aujourd’hui pour plus de 90 % des échanges mondiaux, avec plus de dix milliards de tonnes de marchandises qui circulent chaque année sur les mers du globe. Bien plus propres que les avions, les camions ou les trains, les immenses navires chargés à ras bord de conteneurs n’en demeurent pas moins polluants. Le fret maritime représente ainsi environ 3 % des émissions de gaz à effet de serre sur la planète. Cela peut paraître peu eu égard aux quantités de marchandises transportées par la mer. Mais si rien ne change, les émissions pourraient s’élever à 17 % à l’horizon 2050.

Face à l’urgence climatique, l’Organisation maritime internationale (OMI) se doit donc d’agir pour réduire l’empreinte carbone des navires avec un objectif fixé de baisser de 50 % les émissions d’ici trente ans. Certains gros acteurs se sont déjà engagés pour un transport maritime plus vert comme Airbus. Le géant de l’aéronautique a annoncé il y a quelques jours qu’il allait équiper ses navires faisant la navette entre l’Europe et les États-Unis de voiles géantes afin de consommer 20 % de carburant en moins.

Grain de Sail a ouvert la voie

En France, les cargos à voile ont aussi le vent en poupe. Pionnière en la matière, la société Grain de Sail importe ainsi depuis 2020 du chocolat et du café bio à bord de son voilier qui effectue deux fois par an la liaison transatlantique. Forte de son succès, l’entreprise basée à Morlaix prévoit de mettre à l’eau un second bateau en 2023 pour acheminer des denrées entre Saint-Malo et la Guadeloupe. « A terme, nous allons sourcer des produits de qualité sur l’ensemble des Antilles françaises afin de les rapatrier de manière décarbonée vers la France », indique Olivier Barreau, président et cofondateur de Grain de Sail.



Toujours en Bretagne, terre de marins par excellence, la toute jeune coopérative Windcoop (lire encadré) ambitionne d’ouvrir une route maritime entre la France et Madagascar en 2025. Se présentant comme « la première coopérative du transport maritime à la voile », la société est née d’une triple rencontre. Celle de Julien Noé, président de la coopérative énergétique Enercoop, de Nils Joyeux, président de l’entreprise Zéphyr et Borée, qui conçoit des cargos à voile, et de Matthieu Brunet, président d’Arcadie qui commercialise des épices et des plantes aromatiques bio sous les marques Cook et L’Herbier de France. « Ce dernier est engagé dans une démarche éthique et responsable et il trouvait que le transport des marchandises était le gros point noir », souligne Louise Chopinet, directrice générale de Windcoop.

Une traversée moins longue mais plus coûteuse

De cette réflexion va naître le projet de construire un cargo à voile pour faire du commerce de manière plus écologique et responsable. D’une longueur de 89 mètres, le futur navire sera propulsé en partie par la force du vent grâce à deux immenses voiles. « On sera obligé d’utiliser le moteur à certains endroits mais on devrait économiser 60 % en énergies fossiles à chaque traversée », précise Louise Chopinet. Le cargo à voile pourra transporter une centaine de conteneurs, soit l’équivalent de 1.800 tonnes de marchandises, et mettra un mois pour relier Marseille à Madagascar. « Nous aurons un avantage compétitif car ce sera deux à trois fois moins long qu’actuellement car il n’y a aujourd’hui pas de liaison maritime directe entre la France et Madagascar », poursuit la directrice générale.

Moins longue, la traversée sera aussi plus coûteuse, deux fois plus chère environ, pour les entreprises qui souhaiteront importer ou exporter des produits à bord du cargo à voile. A terme, une fois son premier bateau mis à l’eau, Windcoop ambitionne de devenir une véritable compagnie maritime avec plusieurs bateaux qui sillonneront les mers du globe. « Nous avons identifié des besoins en Amérique latine et dans l’Océan Indien », conclut Louise Chopinet, sans donner plus de précisions.

Une campagne pour financer le cargo à voile de Windcoop

Pour l’aider à financer la construction de son voilier-cargo, dont le coût global du projet est estimé à 20 millions d’euros, la coopérative Windcoop cherche à attirer de nouveaux sociétaires. Une campagne de financement participatif est ainsi en cours jusqu’à la fin de l’année sur la plateforme Lita. 500.000 euros ont déjà été récoltés par la future compagnie maritime qui aimerait atteindre l’objectif de 1,7 million d’euros.