Pyrénées : Vitesse des remontées, damage… Les stations de ski passent en mode économies d’énergie

Neige Face à l’explosion de leurs factures d’énergie, les stations des Pyrénées prennent des mesures pour limiter leur consommation, que ce soit à travers le téléguidage de leurs dameuses ou la légère baisse de fréquence de leurs remontées mécaniques

Béatrice Colin
Une dameuse en haut des pistes (illustration).
Une dameuse en haut des pistes (illustration). — Frédéric Lancelot
  • Alors que les stations de ski des Pyrénées doivent ouvrir leurs pistes la semaine prochaine, tout est fait pour réduire la facture énergétique.
  • Face à des tarifs de l’électricité qui risquent de plomber les chiffres d’affaires des domaines skiables, des mesures sont prises pour réduire la douloureuse.
  • La baisse de la vitesse des remontées mécaniques ou encore une meilleure gestion du stock de neige grâce aux dameuses géolocalisées font partie des pistes pour réduire la consommation.

La neige tombe depuis quelques jours sur les cimes des Pyrénées. A une semaine de l’ouverture de la plupart des stations de ski du massif, les dameuses ont commencé à travailler. Mais pas n’importe comment. Fini le ballet sans chorégraphie de ces engins énergivores.

« Aujourd’hui, les dameuses sont équipées de radars et GPS pour mieux étaler la neige et mieux la conserver », explique Yves Rougier, le PDG d’Altiservice qui gère les domaines de Font-Roumeu et Saint-Lary. Une technologie qui permet de limiter la consommation de carburant des engins et qui limite aussi le recours aux canons à neige.

Car cette année, avec la crise énergétique, les factures d’électricité des gestionnaires des stations explosent. « Aujourd’hui, cela représente 5 % de notre chiffre d’affaires, l’an prochain cela pourrait être 15 % », indique Régis Lignon, le directeur général délégué de la Compagnie des Pyrénées, maison mère de N’Py qui gère huit stations. En pleine inflation, pas question de faire flamber les prix des forfaits.

Mieux damer, mieux stocker

La solution ne peut passer que par la sobriété et des mesures alternatives. D’autant que face au risque de pénurie d’énergie, le gouvernement a demandé aux stations de réduire leur consommation électrique de 10 %. Sur une saison qui comprend en moyenne 120 jours, pour tenir cet objectif sans rien faire de particulier, il faudrait fermer les pistes 12 jours.

Pour éviter cette solution radicale qui mettrait à mal l’économie de montagne, des mesures de bon sens ont été déjà été prises, comme celle de baisser le niveau de température dans les bâtiments. Mais c’est très loin d’être suffisant. Pour voir la douloureuse réduite, les responsables des sociétés d’exploitation sont obligés de jouer sur les postes les plus importants : celui des remontées mécaniques, qui représente près de 40 % de la consommation électrique des stations, et celui de la gestion du manteau neigeux, en particulier la production de neige de culture, qui représente le plus gros de la facture.



« La géolocalisation des dameuses permet de voir où l’engin est déjà passé et faire qu’un passage, cela représente 25 % d’économies de carburant. Grâce au système de mesure de neige, nous arrivons à produire uniquement ce qui est nécessaire, on estime que cela peut nous faire faire 15 % d’économies d’électricité et de consommation d’eau. Et notre objectif est de produire la quantité de neige suffisante avant la fin de l’année et l’augmentation du coût du kilowattheure », détaille Akim Boufaïd, directeur de la station de Saint-Lary.

Réduire la vitesse des remontées mécaniques

Des opérateurs ont aussi décidé de jouer sur d’autres leviers. Notamment sur la réduction de la vitesse des remontées mécaniques. « Nous pouvons diminuer de 1 mètre par seconde la vitesse des télésièges en fonction des files d’attente. Cela peut nous faire économiser 10 % d’électricité et cela ne change pas grand-chose pour les usagers », avance Yves Rougier d’Altiservice. Dans certains cas, cela pourra passer par l’arrêt de certains téléskis lorsqu’ils font doublon avec une autre remontée.

Mais au-delà de ces mesures conjoncturelles, ce sont des investissements structurels qui sont désormais faits sous le prisme du réchauffement climatique et de la sobriété énergétique. « Désormais, nous ne faisons plus aucun investissement en dessous de 1.800 mètres », explique Eric Charre le directeur général de Trio Pyrénées qui réunit les stations des Pyrénées-Orientales : Formiguères, Cambre d’Aze et Porté-Puymorens. Et quand un budget est mis sur la table, c’est souvent pour de grosses infrastructures, plus performantes, qui en remplacent plusieurs autres, faisant ainsi réduire la consommation au global.