Le traitement des sédiments va-t-il révolutionner l’économie circulaire ?

Recyclage Les sédiments, qui représentent un des plus gros déchets, doivent devenir bientôt une source cruciale de matières premières

Gilles Durand
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La PMI nordiste Nord Asphalte utilise déjà 10 à 20 % de sédiments dans ses produits pour les travaux publics.
La PMI nordiste Nord Asphalte utilise déjà 10 à 20 % de sédiments dans ses produits pour les travaux publics. — Airscanner
  • Que faire des quelque 50 millions de m3 de sédiments récupérés, chaque année en France, dans les ports (50 millions de m3) et dans les fleuves (1,3 million de m3) ?
  • La nouvelle réglementation, prévue pour 2025, va rendre crucial le retraitement de ces déchets de poids.
  • Un casse-tête environnemental qui trouve, heureusement, des solutions industrielles dans l’économie circulaire.

Mise à jour, jeudi 17 novembre : L’article fait mention de « l’école des mines de Douai », qui n’existe plus depuis 2017 et sa fusion avec Télécom Lille. L’école s’appelle depuis septembre 2021 « IMT Nord Europe », une école de l’Institut Mines Télécom (IMT).

Draguer, c’est bien, mais qu’est-ce qu’on fait après ? C’est la question qui se pose concernant les sédiments récupérés, chaque année en France, dans les ports (50 millions de m3) et dans les fleuves (1,3 million de m3). Car la nouvelle réglementation, prévue pour 2025, va rendre crucial le retraitement de ces déchets de poids. Un casse-tête environnemental qui trouve, heureusement, des solutions.

Certaines sont testées depuis une vingtaine d’années par le Centre de déploiement de l’éco-transition (CD2E), installé dans le Pas-de-Calais, à Loos-en-Gohelle. A l’heure où le prix des matières premières commence à flamber, la contrainte de reconversion de boues parfois polluées peut rapidement devenir un atout.

Comment transformer le noir en vert

Pendant deux jours, mardi et mercredi, les assises nationales de la valorisation des sédiments, qui se tiennent à Lille, dans le Nord, doivent présenter différentes solutions qui s’inscrivent dans cet « engagement pour la croissance verte ». Ou comment métamorphoser le noir en vert.

Car curer les sédiments est une obligation pour maintenir l’activité économique dans les ports, les canaux ou autres barrages hydrauliques. Mais que faire de ces déchets dont les volumes sont colossaux, les plus importants après ceux du bâtiment et des travaux publics ? Jusqu’à présent, 90 % du volume total des sédiments marins extraits sont rejetés en pleine mer, « engendrant des conséquences désastreuses sur les écosystèmes marins », déplore le CD2E.

« Avant, on épandait ça aussi dans les champs, explique Cyril Scribot, consultant économie circulaire chez CD2E. Avec la nouvelle loi, ces rejets des résidus de dragage pollués seront bientôt interdits. » Or, le recyclage reste encore parfois problématique concernant certaines matières comme les métaux lourds, par exemple. « Les solutions d’aujourd’hui ne doivent pas devenir les problèmes de demain, notamment en polluant les nappes phréatiques », souligne-t-il.

Economiser les matières premières

Ainsi, des essais techniques sont continuellement menés au sein du CD2E afin de « suivre le parcours de la pollution ». Un exemple : faire vieillir artificiellement certains produits recyclés histoire de vérifier leur degré de contamination dans le temps. Ce savoir-faire permet ainsi d’élaborer du ciment, du béton ou de l’asphalte à base de sédiments nettoyés.

« Nous intégrons déjà 10 % à 20 % de sédiments dans nos produits », se félicite Francis Grenier, président de Nord asphalte, une PMI nordiste investie dans ce projet expérimental depuis quatre ans. Mais l’industriel espère aller plus loin dans le recyclage. « Si on parvient à caractériser parfaitement les éléments contenus dans les sédiments, à en dresser l’ADN exact, on pourrait créer une bourse d’achat de ces matériaux permettant d’économiser les matières premières des carrières. »



Des millions de tonnes de boue et des déchets valorisés : le potentiel est énorme. Avec des enjeux économiques et écologiques colossaux. L’IMT Nord Europe (ex-Ecole des mines de Douai) travaille déjà à ce projet de caractérisation. « L’envolée des prix des matières premières nous donne raison avant l’heure, assure Francis Grenier. Grâce aux sédiments, nous serons, demain, moins dépendants du marché et des exploitants de matériaux. »