Marée noire: comment s'organise la lutte contre le pétrole?

ENVIRONNEMENT Une vaste nappe menace la Lousiane...

Oriane Raffin

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Les opérations prévues contre la marée noire menaçant les Etats-Unis.
Les opérations prévues contre la marée noire menaçant les Etats-Unis. — IDE

La plate-forme pétrolière Deepwater Horizon a été ravagée, le 20 avril dernier, par une explosion et un incendie, qui ont fait onze disparus dans le Golfe du Mexique. Depuis, le puits continue à fuir, menaçant désormais les côtes de la Louisiane et son écosystème fragile. Une nappe de pétrole de 965 km de circonférence se trouvait à une trentaine de kilomètres des côtes. Comment s’organise la lutte contre les marées noires? Décryptage.

Qui coordonne les interventions en France?
«C’est très différent en France et aux Etats-Unis», explique Christophe Rousseau, adjoint au directeur du Centre de Documentation, de Recherche et d'Expérimentations sur les Pollutions Accidentelles des Eaux (Cedre), contacté par 20minutes.fr. «En France, notre organisation de l’intervention est calquée sur l’organisation administrative. En mer, c’est le préfet maritime qui coordonne l’intervention, sur terre, c’est le maire de la commune, puis le préfet si la zone s’étend, puis le préfet de région ou de zone», poursuit Christophe Rousseau.

Et aux Etats-Unis?
Leur fonctionnement est différent. «La garde-côte s’occupe de la coordination de la lutte en mer», explique Christophe Rousseau.

Qui va payer?
Le principe de pollueur-payeur s’applique. Concrètement, c’est donc BP qui va devoir payer toutes les interventions dans le golfe du Mexique. Comme c’est une plate-forme fixe, aucun problème cette fois-ci pour déterminer et retrouver le pollueur. BP délègue les opérations d’intervention, que ce soit pour colmater le puit ou lutter en mer contre les hydrocarbures. Le tout sous le contrôle de la garde-côte, précise Christophe Rousseau.

Quelles sont les méthodes utilisées?
Dans un premier temps, il faut colmater la fuite. En parallèle, des opérations en mer se multiplient pour endiguer la marée noire et limiter les dégâts pour l’environnement.

Comment peut-on colmater la fuite?

Pour le moment, BP a tenté à l'aide de quatre bras robotiques de colmater les deux fuites à quelque 1.500 mètres de profondeur. Mais ses efforts sont jusqu'ici restés vains et les ingénieurs se démènent pour construire un large couvercle sous-marin destiné à endiguer la fuite. «C'est un couvercle qui sera placé sur la fuite (au fond de la mer). Au lieu que le pétrole se déverse dans l'eau, il ira dans cette structure», explique un porte-parole des garde-côtes, Prentice Danner. Problème: il faut compter entre deux et quatre semaines pour le construire.

La compagnie pétrolière britannique BP, qui exploitait la plateforme, envisage également de forer des conduits de secours destinés à injecter un enduit spécial pour boucher définitivement le puits. Mais cela pourrait prendre «deux à trois mois», a observé un porte-parole des opérations sur place, Bill Salvin.

Et pour le pétrole déjà dispersé en mer?

Dans un premier temps, on utilise généralement une méthode de barrage pour «écrémer la surface», explique Christophe Rousseau.

>> voir le schéma du Cedre

L’autre solution, c’est aussi «d’utiliser des dispersants», qui, mélangés avec le pétrole, le réduisent en micro-gouttelettes, plus facilement mangées ensuite par les bactéries.

>> voir le schéma du Cedre

Pourquoi les Américains envisagent-ils maintenant de faire brûler le pétrole?
«On peut envisager le brûlage ici car le pétrole est proche de zones extrêmement sensibles. S’il les atteint, ce serait très dommageable pour l’environnement et difficile à nettoyer», explique Christophe Rousseau. Dans ce cas, on fait un calcul entre les risques liés à la marée noire et les conséquences atmosphériques. En effet, brûler le pétrole entraînerait une pollution de l’air ainsi que des résidus en mer, sous forme de petites boulettes.

Le risque est-il élevé pour l’environnement aujourd’hui?
L'arrivée d'une marée noire sur la Louisiane pourrait avoir un «impact énorme», a prévenu une spécialiste de l'environnement de cet Etat, Wilma Subra. «La nappe commencera par toucher les crustacés, les parcs d'huîtres et les poissons», a-t-elle affirmé, soulignant que «40% des fruits de mer consommés aux Etats-Unis» provenaient de Louisiane.

Néanmoins, selon Christophe Rousseau, «il ne s’agit pas encore d’une catastrophe écologique». En effet, le pétrole de la plate-forme est léger, les nappes sont donc peu épaisses mais très étendues, ce qui favorise l’évaporation. Le risque aujourd’hui, c’est que la tête du puit explose. Ce qui provoquerait une catastrophe de grande ampleur.