Changement climatique : C’est quoi les îlots d’avenir, ces arbres « plans B » plantés dans les forêts ?

ENVIRONNEMENT De nouvelles essences sont actuellement introduites dans les forêts françaises afin de tester leur résistance à un climat plus sec

Julie Urbach
A la pépinière de Guémené Penfao (Loire-Atlantique), où l'on prépare une grande partie des îlots d'avenir de France
A la pépinière de Guémené Penfao (Loire-Atlantique), où l'on prépare une grande partie des îlots d'avenir de France — J. Urbach/20Minutes
  • L’Office national des forêts (ONF) expérimente des îlots d’avenir, de petites parcelles dédiées à l’étude de nouvelles essences d’arbres.
  • Exemple dans la forêt du Gâvre, en Loire-Atlantique, majoritairement composée de chênes, où plus de 2.000 plants de séquoia ont été mis en terre l’an dernier.

Ils ne mesurent que quelques dizaines de centimètres et semblent encore bien frêles au milieu des majestueux arbres centenaires qui les entourent. Dans la forêt du Gâvre, la plus vaste de Loire-Atlantique, une nouvelle essence suscite pourtant de grands espoirs. Originaires d’Europe, plus de 2.000 plants de séquoia sempervirens, qui peuvent atteindre 35 mètres de haut une fois adultes, ont été mis en terre l’an dernier. « Certains ont séché mais d’autres ont fait des rejets, se félicite-t-on à l’Office national des forêts (ONF). Dans un sol aussi compacté et caillouteux, ce n’était pas évident qu’ils soient aussi verts. Vont-ils continuer de grandir ? Seul l’avenir nous le dira. » Rendez-vous dans plusieurs dizaines d’années, donc.

Tester la résilience de certaines essences en forêt pour que le milieu réussisse à faire face au changement climatique, voilà l’objectif de ces îlots d’avenir, installés partout en France dans le cadre du Plan de relance de l'Etat. « Avec un climat plus chaud et plus sec, nous devons trouver des plans B en cas de dépérissements, estime Nicolas Jannault, directeur de l’ONF Pays-de-la-Loire. Ces plantations expérimentales visent à tester des essences qui n’existent pas aujourd’hui sur nos forêts, afin de voir si elles pourraient être adaptées et ainsi de disposer d’une palette la plus large possible » Dans les Pays-de-la-Loire, déjà 13.000 petits séquoia ont été plantés. Si les pins de Turquie et les cèdres d’Atlas feront leur apparition dans la région, l’ONF mise davantage sur de nouvelles provenances de chênes, plus au sud. Il faut dire que les inquiétudes planent sur la résistance des chênes sessile que l’on croise aujourd’hui majoritairement dans la forêt du Gâvre.


L'un des petits sequoias de la forêt du Gâvre
L'un des petits sequoias de la forêt du Gâvre - J. Urbach / 20 Minutes

Résistance à la chaleur et qualité du bois

C’est à quelques kilomètres de là, dans une vaste pépinière de Guémené-Penfao, que la majorité de la centaine d’îlots d’avenir de France ont été minutieusement sélectionnés, pour leur capacité à résister à la chaleur, aux bioagresseurs, comme les insectes ou les champignons, mais aussi la qualité de leur bois. Le caroubier, un arbre méditerranéen, n’a par exemple pas passé l’hiver et a donc disparu des serres contrairement à l’eucalyptus, « une essence intéressante bien que très sensible aux incendies », explique-t-on ici.

Dans cette pépinière aux airs de laboratoires, on trie aussi les graines dans le cadre des « migrations assistées », ces plantations d’arbres (de la même espèce) du sud dans des forêts du nord dans le but de récolter des graines de plus en plus résistantes au changement climatique. « Pour préserver la ressource, nous devons chercher tous les facteurs d’adaptation », insiste Olivier Forestier, responsable de la pépinière.

Selon l’ONF, environ 300.000 hectares de forêts publiques en France souffrent déjà de façon évidente du changement climatique. Faut-il pour autant accélérer leur remplacement, au risque de dénaturer le milieu, comme le craignent certains acteurs ? « Les îlots d’avenir représentent des surfaces vraiment très faibles, veut rassurer Nicolas Jannault. On cherche le plus possible une régénération naturelle, mais il est essentiel de ne pas mettre ses œufs dans le même panier, en travaillant sur d’autres essences que l’on pourra utiliser, au moment venu. »