Le « thermomètre émotionnel » ou comment gérer l’absence de l’automne

météo Un seul automne vous manque et tout est dépeuplé, et il ne reste parfois que la raclette en terrasse pour nous réconforter

Cécile De Sèze
Est-ce que vous aussi, la saison des raclettes vous manque ? (Photo d'illustration)
Est-ce que vous aussi, la saison des raclettes vous manque ? (Photo d'illustration) — Canva
  • Après un mois de mai exceptionnellement chaud, le mois d’octobre bat de nouveau records de températures. Ce week-end encore, une météo estivale est attendue partout en France, mais plus particulièrement dans le Sud où il fera, par exemple, 29 degrés à Tarbes.
  • Un coup dur pour les amoureux de l’automne et de tous les rituels qui l’accompagnent, tels que la sortie des manteaux légers du placard, la première raclette ou les feuilles qui virent au rouge, au jaune.
  • Reste que chacun perçoit ce zapping de la mi-saison selon « son propre thermomètre émotionnel », explique à 20 Minutes Robert Zuili, psychologue clinicien, spécialiste des émotions sociales.

« Ça me déprime carrément », confie d’emblée Larissa à 20 Minutes. L’automne a beau avoir commencé le 21 septembre, la météo observée depuis plusieurs semaines ne correspond pas à la saison. Les plages sont bondées, les terrasses ensoleillées, le thermomètre affiche des températures estivales, même la nuit. Et Larissa, qui a répondu à l’appel à témoignages de 20 Minutes, préférait voir poindre les couleurs de l’été indien. Notre lectrice veut « avoir froid, des matins gelés et voir les feuilles tomber ».

Pourtant ce week-end, le mercure devrait encore afficher un climat plus qu’agréable, mais… pas de saison : 29 degrés sont prévus à Tarbes, 25 degrés à Marseille ou encore 26 à Vichy ou Biarritz, selon les prévisions météo. Le mois d’octobre pourrait même devenir le plus chaud jamais enregistré en France.

« Vous vous souvenez quand en octobre on mettait des manteaux ? »

Un coup dur pour les fans de l’automne et plus largement des mi-saisons car cette année, le mois de mai a également battu des records en termes de températures. Alors certains expriment leur colère, d’autres leur inquiétude, quand d’autres optent pour la raclette en terrasse.



Chacun finalement « ressent la météo », et plus généralement l’actualité, selon son propre « thermomètre émotionnel », explique à 20 Minutes Robert Zuili, psychologue clinicien, spécialiste des émotions sociales. « Chacun est touché d’une manière différente. Certains vont se réjouir, d’autres vont être inquiets et, dans ce cas, cela risque d’affecter leur moral, ce n’est pas tellement lié à l’événement lui-même mais à ce que nous sommes. »

« Vous vous souvenez de l’époque où quand on était en octobre on mettait genre des manteaux ? », ironise ainsi un Twittos nostalgique. Sur un compte de création de mèmes, on se demande que faire des manteaux de mi-saison restés au placard, quand d’autres ont ressorti le parasol. Si les internautes s’amusent de ces températures exceptionnelles et sortent leurs plus belles blagues, le moral de certains Français peut aussi en prendre un coup. « J’ai l’impression que l’été ne va plus jamais se finir et qu’il n’y a plus de saisons, se désole encore Larissa, décidément en manque d’automne. J’ai juste envie que ça arrête, que quelqu’un, quelque part, prenne ça sérieusement et dévoile les pistes pour retourner en arrière et sauver la planète. »

Voilà, l’automne peut nous manquer, comme tout ce qui l’accompagne. Et comme pour Larissa, ce zapping de la mi-saison peut faire perdre tous repères. Créer un sentiment de nostalgie de cette époque lointaine où l’on s’enrobait dans un plaid, les pieds près du feu avec un bon chocolat chaud. Reste que chacun réagira à sa façon. Si Larissa semble déprimée, inquiète, paumée… d’autres rebondiront sur cette nostalgie pour « se souvenir de moments disparus associés au plaisir », explique le psychologue clinicien, cet « état de tristesse qui pousse à garder des rituels qui ont la capacité de restaurer une sorte de bien-être ».



« Quand ils voient que les périodes d’intersaisons sont plus courtes, certains ne trouvent ainsi pas ça normal, comme Noël sous 15 °C, ce n’est plus Noël », illustre encore Robert Zuili qui évoque alors notre capacité à la résilience, à l’adaptation.

Et les plus résilients d’entre nous (parmi lesquels cet internaute fan de raclette cité plus haut) ne vont pas s’interdire de s’organiser une petite raclette party, en manches courtes au camping de Palavas-les-Flots. « Cela prouve notre capacité à nous d’adapter. C’est une de nos caractéristiques en tant qu’être humain », confirme Robert Zuili qui prend pour exemple la crise sanitaire : « On l’a bien vu avec le confinement, on a réussi, pour la plupart, à rester enfermés plusieurs mois ».

Cette capacité à rebondir, à recréer les saveurs de l’automne alors que l’été continue de squatter dépend là encore de ce fameux « thermomètre émotionnel » : « Celui qui a peur va chercher à se rassurer [avec une bonne raclette, donc], celui qui est en colère va s’engager dans une lutte », note notre expert des émotions. Restera alors ce combat : celui d’évoquer les graves conséquences du réchauffement climatique quand le temps est au rosé en terrasse et que la canicule n’est plus là pour rappeler combien le réchauffement nous menace.