Climat : « L’hiver artificiel » d’un apiculteur inventif a bien essaimé

Grande ECHELLE Après avoir essayé seul de recréer un « hiver artificiel » dans sa cave, un apiculteur de Haute-Garonne a reproduit l’expérience avec une trentaine de collègues. Le résultat a « dépassé » ses « espérances »

Hélène Menal
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Une abeille. Illustration.
Une abeille. Illustration. — Geoffrey Swayne
  • Un apiculteur du sud de Toulouse est persuadé que le réchauffement climatique joue sur la mortalité des abeilles.
  • Pour le prouver, il a recréé il y a deux ans un « hiver artificiel » en plaçant ses ruches à la cave.
  • Une trentaine de collègues lui ont emboîté le pas l’hiver dernier. Et les résultats de l’expérience sont concluants, selon Xavier Dumont.

Elles partent butiner au moindre rayon de soleil et se laissent surprendre par le froid. Xavier Dumont, apiculteur à Latrape, au sud de Toulouse, est persuadé que, le réchauffement climatique a sa part de responsabilité dans la mortalité des abeilles sous nos latitudes. Pour lui, les hivers radoucis trompent la vigilance des butineuses, qui deviennent trop aventureuses. Sans compter les reines qui pondent au lieu de dormir attirant dans la ruche des parasites friands de larves, comme le glouton varroa par exemple. D’où son idée de recréer un « hiver artificiel ».

Au cours de l’hiver 2020-2021, le bio-informaticien à la retraite a tenté l’expérience seul dans son coin, ou plutôt dans sa cave. Maintenues au frais, ses quatre ruches ont non seulement survécu mais elles ont produit une quantité de miel « exceptionnelle ». Fort de ces premiers résultats, l’apiculteur a convaincu une trentaine de collègues, de 23 départements différents, de tenter l’expérience l’hiver suivant. En tout, 523 ruches ont participé au test. Parmi elles, 280 sont restées des ruches « témoins » passant un hiver classique. Les 243 autres ont été placées pendant soixante-dix jours en « hivernage artificiel », à la cave pour une trentaine d’entre elles, tournées vers le nord pour la majorité, ou en encore carrément déménagées sur un versant nord.

« 30 % à 50 % de miel en plus »

Après avoir récolté les retours de ses confrères, peaufiné ses tableaux, fait et refait ses calculs, au point d’agacer son épouse par le temps passé plongé dans ses fiches, Xavier Dumont l’assure, le résultat a « largement dépassé [ses] espérances ».  « Il y a eu environ dix fois plus de ruches mortes chez les témoins que parmi les ruches en hivernage artificiel », affirme-t-il. Même satisfaction sur « la vitalité des colonies » : « il y a eu 30 à 50 % de récolte de miel en plus sur 28 ruches essais par rapport à leurs témoins ». Rigueur scientifique oblige, l’apiculteur ne retient que ces 28 ruches, car des expérimentateurs, emportés par leur enthousiasme ou disposant de trop peu de colonies, ont mis toutes leurs abeilles dans le même panier et n’ont pas laissé de ruche test.



Globalement, 24 des 31 expérimentateurs se disent « très convaincus ou convaincus par la méthode », même si les résultats sur la protection contre le varroa sont plus difficiles à interpréter en raison du protocole très contraignant qu’ils demandaient.

Xavier Dumont, lui, n’est plus à convaincre. Il tournera « d’ici une semaine » ses ruches vers le nord avant de les descendre à la cave pour le troisième hiver de suite. Il ne reproduira probablement pas son expérience chronophage à grande échelle. Mais il espère que des scientifiques, « avec davantage de moyens », reprendront ses recherches et en feront leur miel.