Sécheresse : Le déficit d’eau s’accentue en ce début d’automne en France

METEO Les premiers jours de l’automne sont toujours aussi secs, après un été particulièrement alarmant

D.B. (avec les bureaux régionaux)
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Illustration de la sécheresse et du manque de ressource en eau potable, ici dans un chemin à Rennes en septembre 2022.
Illustration de la sécheresse et du manque de ressource en eau potable, ici dans un chemin à Rennes en septembre 2022. — C.Allain/20 Minutes
  • L’été a été hors normes en matière de sécheresse, mais qu’en est-il des mois de septembre et octobre ?
  • Les locales de « 20 Minutes » font le point, région par région, sur la pluviométrie de ces deux derniers mois.
  • Si le nord de la France a connu une pluviométrie plus normale, le sud a accentué son déficit.

Après des mois de juillet et août hors normes, avec des pics de chaleur et une absence de précipitations record dans quasiment toute la France, septembre et octobre n’auront pas permis de rattraper le déficit pluviométrique. « Septembre a été excédentaire de 15 % au niveau national, mais octobre est déficitaire de 40 % », constate ainsi le responsable du service prévision de la Chaîne Météo, Pascal Scaviner.

Pis, ces derniers jours ont vu à nouveau une vague de chaleur exceptionnelle s’abattre sur la France, faisant du mois d'octobre le plus chaud jamais enregistré a indiqué Meteo France ce mardi, avec une température moyenne de 17,2°C, de 3,5°C supérieure à la normale. Pas de quoi remonter le niveau des nappes phréatiques et des cours d’eau, d’autant que « les tendances ne montrent pas d’anomalie positive dans les mois à venir, avec des précipitations régulières qui combleraient le niveau actuel. Il faudrait un printemps "pourri", et ce n’est pas le contexte actuel », poursuit le prévisionniste. 20 Minutes fait le point région par région sur la sécheresse, toujours en cours dans de nombreux départements.

Dans les Hauts de France, « les pluies actuelles n’ont aucun effet sur la nappe phréatique »

Dans les Hauts-de-France, la situation la plus critique reste dans l’Oise où malgré l’amélioration générale, le versant Divette-Verse, situé au nord de Noyon, dans le nord-est du département, reste en crise. Ainsi, toute utilisation de l’eau non alimentaire reste interdite pour les particuliers.

Dans le Nord, les déficits pluviométriques ont atteint des records durant les mois estivaux. A tel point que la préfecture continue de restreindre les mesures de restriction d’eau dans tout le département jusqu’au 30 novembre. Certains secteurs du Pas-de-Calais, de la Somme et de l’Aisne restent en alerte renforcée, le niveau entre la crise et l’alerte. « Les pluies actuelles n’ont aucun effet sur la nappe phréatique, qui va continuer de baisser jusqu’en décembre », prévient d’ailleurs la préfecture du Pas-de-Calais.

L’Ile-de-France évite le pire, pour l’instant…

« La seule région un petit peu épargnée par la sécheresse est l’Ile-de-France », estime Yann Wehrling, vice-président chargé de la Transition écologique à la Région. De fait, seule la Seine-et-Marne était en alerte renforcée dans la région au 27 octobre, selon le ministère de la Transition écologique. Tous les autres départements sont, soit en simple alerte, soit en vigilance.

« Mais la situation reste critique et les récentes pluies ont été insuffisantes pour compenser les déficits passés », avertit l’élu régional. Et surtout, « le prévisionnel ne nous dit pas qu’on sera épargné à l’avenir, bien au contraire, avec sur la période 2030-2060, des jours de sécheresse multipliés par dix selon les prévisions ». C’est pourquoi dans le plan régional d’adaptation climatique, l’eau a une part importante, affirme Yann Wehrling.

Le Grand-Est vire au vert

Du jaune au vert éclatant. En quelques semaines, le Grand-Est a changé de couleur. Sous l’effet des épisodes pluvieux des dernières semaines, la sécheresse de l’été semble désormais loin dans la plupart de la région. La preuve : de nombreux arrêtés préfectoraux de restriction d’eau ont été levés. Il n’y en a plus du tout en Alsace, et seule une zone reste en alerte sécheresse en Meurthe-et-Moselle : celle de « Meuse aval et Chiers », au nord du département.

C’est surtout dans la Marne et dans l’Aube, aujourd’hui, que les indicateurs hydrologiques sont les plus importants. « L’étiage », soit le faible niveau des eaux, y est « marqué » selon un bulletin de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) du Grand-Est, en date du 25 octobre. Dans cette même publication, l’organisation souligne « des niveaux moyens encore légèrement bas sur de nombreuses stations ». Mais, « globalement, des prémices de recharge semblent apparaître ». Le Grand-Est n’a pas encore tourné la page de la sécheresse mais y parvient doucement.

En Normandie, la situation s’améliore

Les cinq départements normands ne sont pas les plus impactés du pays. L’Eure ne connaît pas de restrictions actuellement. C’est en revanche plus compliqué dans l’Orne et en Seine-Maritime, dont les territoires sont majoritairement en zone de vigilance, et surtout dans la Manche, pour partie en alerte et en alerte renforcée. Dans ce dernier département, les services de l’Etat indiquent que « les récentes pluies ont été bénéfiques aux niveaux des cours d’eau. Toutefois, la tendance à la hausse des cours d’eau est globalement lente. »

Dans le Calvados, « la situation hydrologique et hydrogéologique sur l’ensemble du département continue de s’améliorer. Cette dernière reste plus marquée à l’est du département qu’à l’ouest. La première quinzaine de jours du mois d’octobre se situe, en matière de pluviométrie, en dessous des moyennes de saison », indique la préfecture.

En Bretagne, il y a du mieux, mais…

Les mois de septembre et d’octobre ont presque été normaux en Bretagne sur le plan de la pluviométrie. Et heureusement ! Souvent raillée pour sa météo, la péninsule de l’Ouest n’échappe pas à la sécheresse. Fin septembre, le préfet des Côtes-d’Armor avait même alerté la population d’un risque majeur de rupture de l’approvisionnement. « Les ressources seront inévitablement épuisées à moyen terme », avait prévenu la préfecture.

La situation s’est légèrement améliorée, poussant à la levée du statut de « crise sécheresse » pour redescendre au niveau « d’alerte renforcée ». Le Finistère, le Morbihan et l’Ille-et-Vilaine ont pris la même décision, même si ce dernier « connaît un déficit historique en matière de pluviométrie », ce qui entraîne « de graves conséquences sur les cours d’eau, les nappes souterraines et les barrages », tous anormalement bas.

La situation s’améliore légèrement sur une partie des Pays-de-la-Loire

En Loire-Atlantique, « la période de sécheresse n’est pas terminée et reste sous surveillance », avertissait la préfecture il y a quelques jours. La situation s’est cependant quelque peu améliorée avec une alerte levée « sur l’axe Loire », et une augmentation des débits du fleuve qui permet d’être plus sereins concernant l’eau potable. En Maine-et-Loire, ça va mieux aussi, avec un allègement du niveau des restrictions d’usage de l’eau, même si une « auto-limitation » est toujours demandée.

Si les récentes pluies ont permis de retrouver quasiment le même phénomène en Mayenne, la situation est un peu plus tendue à l’ouest de la Sarthe avec encore un bassin en « crise ». Une ressource en eau également fragile en Vendée, où « seule l’arrivée de fortes pluies permettra d’améliorer cette situation ». Selon les relevés des principales stations Météo France de la région Pays-de-la-Loire, le déficit de pluie par rapport aux normales saisonnières se prolonge, mois après mois, depuis janvier.

Les cours d’eau du Centre-Val-de-Loire toujours aussi bas

Les quelques épisodes pluvieux notables depuis la rentrée ne suffisent pas à remonter le niveau des cours d’eau, indique la préfecture de région : « Les réactions des cours d’eau les plus arrosés sont restées très modérées, étant donné l’état de sécheresse des sols après l’été. Ces pluies sont toutefois évidemment bénéfiques aux écoulements futurs. » Le niveau de la Loire reste lui aussi bas.

Pour les nappes phréatiques, le constat est similaire. Près d’un tiers d’entre elles ont un niveau très bas, comme il n’est constaté que tous les dix ans. Tous les départements étaient encore concernés par des mesures de limitation des usages de l’eau à la mi-octobre, mais la préfecture espérait une amélioration rapide de la situation.

En Bourgogne-Franche Comté, trois départements ne sont plus sous surveillance

Là encore, la région ne connaît pas de grandes améliorations sur le front de la sécheresse. « Le printemps en automne ne permet pas de redonner une base solide au débit des rivières, sauf sur le massif jurassien. L’effet des pluies de fin septembre s’est estompé durant les 15 derniers jours », explique la préfecture de région dans son dernier communiqué, du 24 octobre.

L’ensemble des départements de la Côte-d’Or et de la Haute-Saône demeurent en vigilance. La Nièvre est encore plus impactée, avec trois secteurs en crise. En revanche, le Doubs, la Saône-et-Loire et le Territoire de Belfort ne sont plus sous surveillance.

Lente amélioration en Auvergne-Rhône-Alpes

Dans le Rhône, le préfet a décidé d’alléger et d’harmoniser les mesures de restriction sécheresse sur le territoire. Désormais l’ensemble des eaux superficielles du Rhône sont mises en situation d’alerte sécheresse. En Isère, le niveau d’alerte sécheresse 4 sur 4 n’est plus en cours. Mais certains secteurs restent en alerte sécheresse renforcée et alerte sécheresse tandis que l’usage de l’eau reste surveillé.

En Haute-Savoie et en Savoie, la préfecture note une « lente amélioration », mais la situation reste préoccupante. Depuis le 21 octobre, certains secteurs passent d’alerte renforcée à alerte et les restrictions d’eau sont allégées. En Haute-Loire, depuis le 12 octobre, le préfet de la Haute-Loire a passé la majorité du département en alerte, excepté certaines zones qui demeurent en alerte renforcée.

En Nouvelle-Aquitaine, la pluviométrie reste déficitaire

La pluviométrie d’octobre reste inférieure à la normale sur la quasi-totalité de la région : seule une petite partie des Deux-Sèvres, au nord-est de Niort, et de la Vienne, au nord de Poitiers, sont légèrement excédentaires. En Charente-Maritime, les cumuls de pluie sont inférieurs à la normale de 10 à 40 %. Sur le bassin Adour-Garonne, les sols sont plus secs que la normale sur le nord du bassin. L’indice d’humidité est par contre redevenu supérieur à la normale dans le sud-ouest des Landes, le Pays basque et sur le relief des Pyrénées.

Les cumuls mensuels de pluie sont contrastés : ils sont compris entre 40 et 80 mm, ponctuellement davantage, avec 90 à 190 mm en septembre sur le sud-ouest des Landes, les Pyrénées-Atlantiques et le relief des Hautes-Pyrénées. Le plus souvent, ces quantités de pluie sont conformes à la normale ou déficitaires de 10 à 50 % (Gironde, Charentes et Dordogne).

L’irrigation agricole est en toujours en restriction sur la quasi-totalité du territoire néoaquitain. Les débits sont déficitaires sur l’ensemble de la région. Les pluies de la fin septembre ont cependant permis une amélioration de la situation qui reste préoccupante.

En Occitanie, la Garonne peine à remonter

En Occitanie, plusieurs dizaines de petites communes ont dû être alimentées par camions-citernes au cours de l’été. Cela a eu un impact direct sur la Garonne, qui alimente en eau potable un certain nombre de villes. « Entre août et octobre, nous avons observé les plus bas débits du fleuve depuis les trente dernières années. Début octobre, nous avions deux à trois fois moins d’eau que d’habitude pour la même période », indique Bernard Leroy du syndicat mixte d’études et d’aménagement de la Garonne.

Pour éviter les situations de crise, plus de 80 % des stocks d’eau ont ainsi été mobilisés lors de lâchers d’eau, un record jamais atteint auparavant. Si des précipitations ont eu lieu ces derniers jours sur les Pyrénées et ont permis de faire remonter les débits de la Garonne, ils devraient vite redescendre en raison du temps sec annoncé.

A l’est de l’Occitanie, c’est dans le Gard que la situation est la plus préoccupante. Début octobre, la préfecture déplorait, « malgré la baisse des besoins en eau pour l’irrigation ou pour les usages domestiques », que des tensions subsistent en amont du bassin-versant de la Cèze. Au nord d’Alès, les réserves en eau sont classées « en crise », le niveau d’alerte le plus élevé.



PACA reste en situation de « vigilance »

Les épisodes pluvieux n’ont pas été suffisants pour compenser les déficits de pluviométrie dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Dans les Bouches-du-Rhône, l’ensemble du département reste en situation de « vigilance » et 74 communes en « alerte renforcée » jusqu’au 1er décembre. Même règles pour les zones limitrophes du Var. Pour le reste du département, soit 96 communes en « crise », 14 en « alerte renforcée » et 43 en « alerte sécheresse », les restrictions courent jusqu’au 15 novembre. Les mesures ont été prolongées la semaine dernière jusqu’à mi-novembre pour les Alpes-Maritimes, avec une partie du département au stade de « crise ».

Dans le Vaucluse, les services de l’Etat notent « une légère amélioration » de la situation sur certains bassins qui permet « un allégement progressif des mesures de restrictions de l’usage de l’eau » malgré certains endroits encore en « alerte renforcée » et en « crise » jusqu’au 30 novembre. La situation « s’améliore » également dans les Hautes-Alpes. Une zone reste en « alerte » jusqu’à la fin du mois et une autre, le bassin de l’Eygues, est en « vigilance » jusqu’au 30 novembre. Concernant les Alpes-de-Haute-Provence, le préfet a annoncé un allègement « partiel » des mesures pour les bassins moins touchés par la sécheresse. Parallèlement, 51 communes sont toujours concernées par des arrêtés municipaux de restriction des usages de l’eau.

Toujours plus sec en Corse

« Une grande partie de la Corse est restée en marge des orages si bien que les cumuls de pluie y sont très faibles. A Bastia, avec seulement 4,8 mm, le déficit pluviométrique atteint 94 % », indique la Chaîne Météo. Le déficit en octobre s’est poursuivi, supérieur à 50 % sur les deux départements, qui restent placés en vigilance.