Provence : Face aux incendies, la diversité forestière en rempart

DES ARBRES Les pompiers des Bouches-du-Rhône organisaient ce mercredi une journée de plantation d’espèce pyrorésistantes

Alexandre Vella
Après l'incendie de 2021, sur la commune de Grimaud, dans le Var
Après l'incendie de 2021, sur la commune de Grimaud, dans le Var — Alexandre Vella / 20 Minutes
  • Près de 400 feux de forêt ou de végétation se sont déclarés dans les Bouches-du-Rhône en 2022.
  • Pour lutter contre ceux-ci, les pompiers appellent à plus de diversité dans les essences, notamment dans les Bouches-du-Rhône où les pins sont prépondérants.

Les étés se suivent et les feux de forêts se répètent en Provence. Les autorités en ont recensé 392 en 2022 dans les Bouches-du-Rhône, selon la base de données Prométhée, pour une surface annuelle moyenne brûlée de 677 hectares sur les quatre années précédentes.

Et à la vue du dérèglement climatique en cours, où se mêlent sécheresses intenses et épisodes de chaleur, il y a peu de chance de voir la situation s’améliorer. Alors pour tenter d’atténuer les effets des feux de forêts, les pompiers du Bouches-du-Rhône explorent d’autres pistes, conduisant notamment à une replantation d’espèces dites pyrorésistantes. Ils en faisaient la démonstration ce mercredi à la caserne de Fos-sur-Mer lors d’une opération menée avec Ecosia, un moteur de recherche allemand créé en 2009 qui reverse une part de ses bénéfices à des associations qui œuvrent aux programmes de reforestation.



« En Méditerranée et particulièrement ici, dans les Bouches-du-Rhône, et plus encore sur la Côte-Bleue ( « les petites calanques » de l’ouest de Marseille), les massifs sont composés presque exclusivement de Pins. Et le problème des pins c’est que ce sont des résineux qui lorsqu’ils brûlent dégagent un rayonnement très fort », explique Julien Altero, pompier professionnel à Fos-sur-Mer, et président de l’association Replanter la forêt provençale. En partenariat avec le moteur de recherche utilisé sur les ordinateurs du service départemental d’incendie et de secours (Sdis 13) depuis 2019, les pompiers ont planté ce mercredi près de 400 arbres aux abords des casernes de Fos et de Port-de-Bouc. Et pas de pins, naturellement mais d’autres essences méditerranéennes : oliviers, arbousiers, amandiers, frênes et autres chênes kermès. « Quand un pin brûle, il meurt. A l’inverse d’autres espèces », expose le pompier. « Ces arbres dégagent aussi moins de calories à la combustion et sont moins dangereux pour nous », poursuit-il. Alors, les plantations du jour, quoique essentiellement « symboliques », visent en premier lieu à protéger ces casernes implantées à proximité immédiate de massifs.

« Reprendre pied dans les massifs »

Un modèle amené à faire école, estime Grégory Alione, le directeur du Sdis13. « Il faut lever des pins et remettre des amandiers, des frênes, des chênes ». Pour cet expérimenté soldat du feu, la défense contre les feux de forêts doit pouvoir s’appuyer sur deux dimensions topographiques liées à la végétation. « Il faut d’abord une séparation franche entre les massifs forestiers et les espaces construits. Aussi, il doit y avoir des coupures à la fois verticales et horizontales dans les massifs », explique-t-il. Des coupures horizontales, tels les chemins coupe-feu, et verticales, donc, relatif aux types d’arbres : « Les oliviers, les amandiers et les chênes en Provence sont des arbres pas très grands. Quand le feu les rencontre, il baisse d’intensité. C’est une coupure verticale ».

L’omniprésence des pins et la perte d’essences fruitières (oliviers, amandiers, arbousiers) au sein des massifs des Bouches-du-Rhône s’explique par la disparition d’une paysannerie qui occupait les massifs. Les chênes, eux, ont souvent fini en charpente ou en bateau et ont été remplacés par des pins dont la croissance est bien plus rapide.

Ainsi, après les incendies de 2016 sur la Côte-Bleue, l’association replanter la forêt provençale a réintroduit environ 2.500 arbres à Sausset. D’autres actions ont été menées, comme au col de la Gatasse, entre Martigues et Sausset où un exploitant a recomposé un champ d’oliviers. « Lorsque ça a rebrûlé en août 2020, nous avons pu nous positionner dans le champ et y arrêter le feu », rappelle Grégory Alione, illustrant l’importance et l’efficacité d’avoir une présence du monde agricole dans les massifs. « Le monde agricole doit y reprendre pied », souhaite-t-il. Mais à la vue des dynamiques économiques contemporaines et de la régularité des incendies, qui parcourent souvent les mêmes espaces à dix ou quinze d’intervalle, il faudrait pour ça laisser la nature se régénérer, avec un coup de pouce bienvenu de l’homme pour rediversifier ces massifs.