Mais qui veut la peau des lynx, un quatrième animal tué depuis 2020 ?

Animaux Une femelle lynx boréal a été retrouvée morte, tuée par arme à feu dans le massif du Jura. C’est le quatrième animal mort depuis 2020 et menace la survie de l’espère dans l’Hexagone

Gilles Varela
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Lynx (illustration).
Lynx (illustration). — PIXABAY
  • Depuis 2020, quatre lynx, ont été tués par arme à feu dans l’Est de la France.
  • Dernier en date, une femelle lynx retrouvée morte, tuée par balle, dans le massif du Jura le 16 septembre dernier.
  • Ce braconnage peut mettre en cause la survie de l’espèce en France, réintroduit au XXe siècle. L’association nationale Ferus, protectrice des loups, des Lynx et des ours, porte plainte.

Triste découverte dans le massif du Jura, dans le canton de Frasne (Doubs). Une femelle lynx boréal a été retrouvée morte, tuée par arme à feu le 16 septembre dernier. Ce félin, est pourtant une espèce menacée en France et donc protégée. Les coupables risquent gros, car c’est un délit punissable d’une peine maximale de « trois ans de prison et de 150.000 euros d’amende ». Il n’empêche, depuis 2020, c’est le quatrième lynx tué par arme à feu. « Et on peut craindre qu’il y ait d’autres cadavres qui n’ont pas été découverts. Probablement dissimulés par les coupables qui s’empressent de les cacher pour ne pas être identifiés », s’inquiète Olivier Guder, vice-président coordinateur lynx de l’association nationale de protection et de conservation de l’ours, du loup et du lynx en France (Ferus).

Le braconnage, la « destruction illégale » comme le veut la terminologie pour les espèces protégées explique-t-il, peut mettre en danger l’espèce. « C’est grave. Il y a très peu d’adultes reproducteurs. D’autant plus quand c’est une femelle, car ses petits peuvent être livrés à eux-mêmes. » Aussi, l’association s’apprête, comme elle l’a fait pour les trois autres cas avérés de destruction depuis 2020, à porter plainte. Trois enquêtes, mais jusqu’ici « aucun coupable n’a été identifié. On espère que depuis deux ans, il y a des pistes et qu’elles vont aboutir, mais pour l’instant nous n’avons aucune information et nous sommes très déçus », regrette vivement l’association.

Le lynx s’attaque peu aux animaux domestiques

Disparu en France au début du XXe siècle avant d’être réintroduit, le lynx boréal est « uniquement présent dans l’Est, principalement sur le massif du Jura, un tout petit peu sur celui des Vosges, un peu dans les Alpes et épisodiquement en Bourgogne et dans le Massif central », détaille Olivier Guder. Protégé, surveillé, l’animal fait l’objet, depuis le printemps, du premier plan d’actions 2022-2026 en sa faveur. Celui-ci vise à réduire les menaces qui pèsent sur lui, mais aussi à faciliter les échanges de population entre les massifs ou bien encore de prendre en compte les dommages que le lynx pourrait occasionner sur les troupeaux domestiques, sans oublier d’améliorer la coexistence avec les activités humaines.



Un animal, qui, à la différence du loup, « inspire l’admiration » plus que la peur à ceux qui ont eu chance de le croiser même si les éleveurs restent « prudents, méfiants, par rapport à la présence de ce genre de prédateurs potentiel » , reconnaît Olivier Guder. Mais les risques d’attaques n’ont rien à voir avec ce que peut représenter le loup. Il n’y a pas la même crainte ni le même ressentiment et le lynx jouit « plutôt d’une bonne réputation, assure Olivier Guder. Il s’attaque très peu aux troupeaux domestiques et on ne compte que quelques attaques documentées sur des moutons ou des chèvres, mais cela reste anecdotique ».

Un animal qui suscite l’admiration

Et pour aplanir les choses, l’association Ferus mène depuis trois ans une opération de communication sur les massifs du Jura et des Vosges, appelée Parole de lynx. « Les bénévoles vont à la fois donner de la communication sur le lynx et interroger la population pour connaître leur perception du lynx. Sur 700 personnes interrogées cet été, 88 % sont favorables à sa présence. C’est une espèce qui est généralement admirée, et a une image très positive. »

Dans le viseur de l’association ? « C’est rarement des chercheurs de champignon ou des randonneurs qui se baladent avec des armes à feu, sourit Olivier Guder. Certains, une toute petite minorité, considèrent que c’est un concurrent de chasse dangereux puisque le lynx boréal a pour proie principale des chevreuils et des chamois. Mais il suffit de trois ou quatre lynx tués illégalement chaque année pour mettre en danger la population, une espèce qui est toujours en France menacée d’extinction avec un nombre d’adultes reproducteurs qui restent faible. Chaque perte est une menace pour la survie de l’espèce. »

La route, l’autre menace qui plane sur le lynx boréal

Près d’une quinzaine de lynx sont tués chaque année par des voitures, essentiellement sur le massif du Jura. « C’est une menace vraiment importante, relève l’association Ferus. Le lynx boréal est surtout un animal nocturne ou crépusculaire, il faut donc réduire sa vitesse quand on traverse des zones de forêts dans les massifs. »