« C’est compliqué d’expliquer à un Breton qu’il va manquer d’eau »… La sécheresse fait peur

Petite pluie Les autorités s’inquiètent d’un relâchement des gestes des habitants pour préserver la ressource en eau face à la sécheresse qui reste présente

Camille Allain
Illustration de la sécheresse et du manque de ressource en eau potable, ici dans un chemin à Rennes en septembre 2022.
Illustration de la sécheresse et du manque de ressource en eau potable, ici dans un chemin à Rennes en septembre 2022. — C.Allain/20 Minutes
  • Alors qu’elle se croyait épargnée par la sécheresse, la Bretagne vit l’une des saisons les plus sèches de son histoire contemporaine.
  • Le retour d’un temps plus gris et de quelques pluies fait craindre un abandon des écogestes qui pourrait fragiliser la ressource.
  • Sans pluie efficace, les Côtes-d’Armor pourraient manquer d’eau dès la fin octobre. En Ille-et-Vilaine, le même schéma se dessine pour la fin décembre.

On avait presque fini par oublier son bruit et son odeur, tant elle s’était faite rare. Privée de pluie pendant quarante jours consécutifs cet été, la Bretagne avait revêtu d’inhabituelles teintes grillées. Depuis le passage de quelques orages en août et de pluies éparses en septembre, la région souvent raillée pour sa météo pouvait se penser à l’abri de la sécheresse. Détrompez-vous, car ce n’est absolument pas le cas. Si le mois de septembre a été un peu plus arrosé, la situation hydrique de la région reste très fragile. Dans les Côtes-d’Armor, une rupture de l’alimentation en eau potable pourrait avoir lieu dès la fin octobre. Et en Ille-et-Vilaine, la même menace plane pour la fin décembre.

Depuis des mois, le message de réduction de la consommation d’eau est martelé. A-t-il fonctionné ?  « C’est difficile à dire », répondent les responsables du syndicat mixte de gestion de l’eau potable en Ille-et-Vilaine (SMG). « Mais lors des journées chaudes, on avait l’habitude de voir une augmentation de notre production de 25 %. Je n’ai pas vu de telle hausse cette année », reconnaît Joseph Boivent, président du syndicat. Dans une région réputée arrosée, le message a-t-il du mal à passer ? C’est ce qui inquiète les autorités, qui craignent de voir les citoyens relâcher leurs gestes en voyant la pluie tomber. « C’est compliqué d’expliquer à un Breton qu’il va manquer d’eau. Mais ce qui est certain, c’est que si nous ne changeons pas notre manière de consommer, nous manquerons d’eau très rapidement », poursuit le président du SMG 35, qui s’indigne que les toilettes soient alimentées en eau potable.

« La situation reste extrêmement difficile »

Placé en crise sécheresse, le département d’Ille-et-Vilaine va y rester. A l’unanimité, les membres du comité de suivi ont approuvé le maintien de toutes les restrictions de consommation en vigueur. Ni le remplissage de piscine, ni le lavage des voitures (sauf en station où l’eau est recyclée), ni le lavage des façades n’est autorisé. « La situation reste extrêmement difficile et les prévisions de pluie du mois d’octobre ne permettront pas d’assurer la recharge », prévient Paul-Marie Claudon, nouveau secrétaire général de la préfecture. En Ille-et-Vilaine, 70 % de l’eau potable est captée en surface, ce qui fragilise d’autant plus la ressource. « On continue de voir baisser le niveau des barrages. Et les nappes phréatiques sont toujours à des niveaux très, très bas ».


Sans pluies efficaces, le département serait en risque de rupture d’alimentation entre la fin décembre et la mi-février, selon les spécialistes. Il faudrait alors s’attendre à voir des restrictions fermes s’appliquer, notamment aux entreprises. « On ne peut pas couper l’eau comme ça. Si on vide les canalisations, on aura de gros problèmes sanitaires », prévient le syndicat mixte. L’inquiétude grandit au fil des mois d’affronter une inédite sécheresse printanière qui pourrait mettre en péril l’approvisionnement en eau l’année prochaine. Les efforts doivent être fournis maintenant.