Alpes-Maritimes : Deux ans après la tempête Alex, un projet de bassin d’eau vive fait des remous à Saint-Martin-Vésubie

ECOLOGIE Annoncé en août dernier par Eric Ciotti, un projet de construction d’un stade qui permet la pratique des sports d’eau vive comme le kayak ou le rafting dans l’arrière-pays niçois fait beaucoup parler de lui

Elise Martin
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Le lit de la rivière à Saint-Martin-Vésubie après la tempête Alex en octobre 2020. (Illustration)
Le lit de la rivière à Saint-Martin-Vésubie après la tempête Alex en octobre 2020. (Illustration) — SYSPEO/SIPA
  • En août, le député Eric Ciotti a annoncé, lors de la fête de la Saint-Roch de Saint-Martin-Vésubie, un projet de construction de stade d’eau vive.
  • Depuis cette annonce, plusieurs personnes s’interrogent sur la faisabilité de ce projet.
  • En réalité, cette annonce était peut-être un peu prématurée, le projet n’étant qu’au stade « d’idée », selon des sources concordantes.

Elle dénonce « un projet tout simplement irresponsable » et soutient que la vallée de la Vésubie, meurtrie par la tempête Alex, « n’est pas un terrain de jeu ». Juliette Chesnel-Le Roux, présidente du groupe EELV à la métropole Nice Côte d’Azur, est vent debout depuis une annonce d’Éric Ciotti, le 15 août dernier, lors de la fête patronale de Saint-Martin-Vésubie. Selon le député, un « bassin artificiel d’eau vive de 4.000 m2 » pourra être construit à partir de 2025 dans ce village encore sinistré par le déluge d’octobre 2020.

Le complexe pourrait accueillir près de 40.000 personnes par an pour du loisir, du tourisme, du sport de haut niveau comme du kayak, du rafting ou du paddle. « Une folie » à cet emplacement, selon l’écologiste.

« Tenir compte des leçons du passé »

« Il serait construit à l’endroit exact où la catastrophe naturelle a été la plus dévastatrice. Des gens ont tout perdu, des maisons, des terrains, des proches, rappelle l’élue. Il faut tenir compte des leçons du passé : s’il y a eu une inondation un jour, il peut y en avoir d’autres, d’autant plus si on fait un tel chantier sur le lit majeur de la Vésubie. »

Cet équipement serait construit sous le Vesubia Mountain park, un complexe sportif détérioré par les intempéries, pour avoir en commun son mur d’escalade, « dans le respect des règles de protection des inondations » expliquait Eric Ciotti, selon les éléments recueillis par BFM TV. La société Hydrostadium, du groupe EDF, a même été évoquée par le parlementaire pour en assurer la réalisation.

Sollicité par 20 Minutes, Eric Ciotti n’a pas souhaité s’exprimer, le stade d’eau vive étant « à l’état de simple projet ». « Il le fera une fois qu’il aura l’autorisation de le commencer », glisse un de ses proches. Même réaction auprès du syndicat mixte pour le développement de la vallée de la Vésubie et du Valdeblore qui porte le projet et qui n’a pas voulu partager les plans diffusés par d’autres médias en août. Car selon des sources concordantes, ce dossier n’en serait qu’à l’étape de « faisabilité auprès de tous les services concernés » et « aucune étude d’impact n’a pour le moment été réalisée ». Sous-entendu : ce projet n’aurait même pas dû être évoqué publiquement.

Contactée par 20 Minutes, la préfecture a ainsi confirmé « qu’aucune demande n’a été faite à ce jour » pour un bassin d’eau vive à Saint-Martin-Vésubie. Si personne n’arrive à obtenir d’informations, c’est tout simplement parce qu’il n’y en a pas. « Dans tous les cas, pour que ce bassin voie réellement le jour, les services de l’Etat seront intransigeants au niveau des risques », se rassure un habitant de Saint-Martin-Vésubie.

Une histoire qui fait des remous

Pour Jacques Damy, un ingénieur de la commune, « ce bassin est intéressant et fait sens ». « C’est probablement une bonne idée, notamment parce que le stade sera protégé des crues trop violentes du Boréon par l’enrochement créé du Vesubia. » Un autre Saint-Martinois résume ce projet à une « nouvelle activité » du complexe sportif. Il ajoute : « Dans mes souvenirs, c’est même une proposition qui vient de 30 à 40 personnes du village après la tempête Alex. »



L’ingénieur, qui était présent lors de la présentation du dossier en août, se questionne tout de même sur le système qui sera utilisé et des conséquences sur l’écologie. Il n’est pas le seul à s’interroger et à trouver que cette annonce manque d’informations. C’est également le cas de plusieurs internautes d’un forum intitulé « site francophone de l’eau vive », dont un membre expose clairement « son opposition » en tant que « pratiquant d’eaux vives en milieu naturel ».

Une chose est sûre, sans même être officielle, l’annonce d’Eric Ciotti aura fait des remous. La section départementale du mouvement national de lutte pour l’environnement a même écrit fin septembre au président du Conseil départemental et au préfet des Alpes-Maritimes pour dénoncer ce projet, qu’elle estime « trop consommateur d’eau ».