Alpes-Maritimes : Inondations, tempêtes… Comment le littoral se protège face aux fortes intempéries ?

Catastrophe naturelle En octobre 2015 puis en 2020, le territoire des Alpes-Maritimes a connu d’importantes intempéries dévastatrices et meurtrières. Depuis, les initiatives se succèdent pour protéger au mieux la population et l’environnement

Elise Martin
Le 2 octobre 2020, la tempête Alex a ravagé les vallées de l'arrière-pays niçois et a fait dix-huit morts. (Illustration)
Le 2 octobre 2020, la tempête Alex a ravagé les vallées de l'arrière-pays niçois et a fait dix-huit morts. (Illustration) — LIONEL URMAN/SIPA
  • En ce début du mois d’octobre, les Alpes-Maritimes entrent dans une période « à risque » pour les intempéries avec les épisodes méditerranéens.
  • En 2015 et en 2020, ils ont été ravageurs avec de violentes inondations sur le littoral et le passage de la tempête Alex dans les vallées du haut pays niçois.
  • Comment la Côte d’Azur se protège-t-elle alors face à ces risques de plus en plus présents avec le dérèglement climatique ?

L’orage tombé sur le littoral azuréen le week-end dernier a fait trembler plus que les murs dans les Alpes-Maritimes. Il a rappelé les douloureux épisodes d’octobre 2015 et les inondations à Cannes, Mandelieu, Antibes et Biot qui ont fait 20 morts, et le passage de la tempête Alex dans les vallées de la Tinée, de la Roya et de la Vésubie, causant la mort de 18 personnes.

Pour éviter à tout prix de revivre les mêmes drames dans cette période « à risque », les collectivités des Alpes-Maritimes, accompagnées de l’Etat, se mobilisent depuis des années de différentes manières pour protéger la population et le territoire dans son ensemble.

Les nouvelles technologies comme aide

Le 15 octobre, ce sera officiel. En cas de risque imminent pour la sécurité des personnes, le dispositif FR-ALERT pourra être enclenché par la préfecture des Alpes-Maritimes pour envoyer une alerte sur les téléphones portables à travers un message à toutes les personnes présentes sur la zone concernée. Il indiquera alors les consignes à suivre face à ce danger. En plus des intempéries, ce système peut être utilisé pour des alertes terrorismes ou des risques de pollution chimique.

D’autres outils ont été déployés face aux risques par la métropole de Nice. La collectivité a ainsi acquis des caméras nomades solaires pour permettre de redonder des dispositifs d’alerte et des défibrillateurs portables. Les mairies des 51 communes ont été équipées d’antennes paraboliques pour y connecter des téléphones satellites et un système de communication par radios est aussi en cours de déploiement pour relier les vallées au littoral en cas de coupure de réseau cellulaire. Un groupe WhatsApp dédié à tous les « postes communaux de crise » a également été créé pour « échanger et connaître les actions de prévention et de mise à l’abri des autres communes ainsi que les dernières informations sur la météo ». En plus, un dispositif de bulles Internet à déployer dans des villages après une crise majeure, est « en cours d’expérimentation » avec une fin prévue en 2023, indique la métropole. Pour tester tous les dispositifs en place, la métropole de Nice a d’ailleurs prévu de mettre en place un « large exercice à l’échelle métropolitaine simulant un épisode méditerranéen » d’ici la mi-octobre, conjointement avec la préfecture.

Se servir de la technologie pour anticiper et renforcer les actions de prévention est aussi la stratégie de la ville de Cannes, touchée par les inondations en 2015. Elle s’est équipée d’un réseau de surveillance des cours d’eaux et vallons avec l’installation de 31 appareils de mesure pour avoir des informations sur les hauteurs d’eau et les vitesses des flux.

Et depuis fin septembre, la cité des festivals expérimente pour une durée d’un an une nouvelle « plateforme de gestion des risques majeurs et des crises » imaginée pour accélérer la réponse des collectivités dans l’alerte des populations. Le dispositif appelé « Puma-X » regroupe tous les éléments d’un PC de crise sur un écran, bulletins météo ultra-précis, mesures des hauteurs d’eau, caméras de la ville, suivis des campagnes d’envoi de messages de prévention adressés à la population et ainsi faire gagner un temps précieux.

À Mandelieu-La Napoule, lourdement touché en 2015 par les inondations, la ville a quant à elle doté sa police municipale de véhicules de secours amphibies et insubmersibles, en janvier 2022 ainsi que d’un PC mobile de crise dans un poids lourd de 14 tonnes. Ce dernier est équipé pour la submersion et aménagé avec les derniers moyens de communication. Il peut se connecter au système de vidéosurveillance de la ville et dispose d’une plateforme de lancement de drones pour faire de la reconnaissance.

De la prévention pour apprendre « la culture du risque »

En plus des aides technologiques pour éviter le pire, le département mise sur une large sensibilisation de la population à ces dangers. Depuis les intempéries de 2015, une Journée départementale des risques majeurs a été mise en place. Chaque année, des élèves du territoire participent à cette miniformation à travers des ateliers pour apprendre la sécurité, s’exercer aux bons réflexes en cas de danger imminent et ainsi se protéger et protéger les autres. La cinquième édition s’est déroulée lundi avec près de 400 enfants de CM1 et CM2. Ces actions de sensibilisation sont aussi réalisées dans les maisons de retraite.

Pour toucher tous les publics, les services de l’Etat ont lancé conjointement avec la métropole de Nice, une campagne de communication sur les « bons comportements à adopter lors des épisodes de pluies intenses ». « La culture du risque est absolument essentielle et il nous faut encore la développer. Il y a encore trop de comportements à risque que nous pourrions collectivement éviter et ainsi sauver des vies », insistait Christian Estrosi, maire de Nice et président de la collectivité, en conférence de presse en septembre.

Afin de se prémunir de tous risques, le dispositif « Cas’alabri » a été également mis en place par la Communauté d’agglomération Sophia Antipolis (Casa), pour permettre aux particuliers d’évaluer la vulnérabilité d’un bien à l’inondation et de définir les mesures à mettre en place (équipements, travaux) pour le réduire et le gérer au mieux. La Communauté d’agglomération Cannes Pays de Lérins propose aussi ce service depuis 2015 pour faire des diagnostics gratuitement.

« Renaturer » pour éviter de nouvelles catastrophes

Au-delà de prévenir, il a fallu parfois « guérir », notamment en payant les conséquences de constructions réalisées dans les années 1980. Pour éviter de nouvelles conséquences dramatiques, certaines communes ont alors racheté des terrains pour « déconstruire » et « renaturer ». En mai dernier, c’est dans le quartier de l’impasse nouvelle à Cannes que des destructions ont été entreprises pour éviter les risques d’inondations et les dégâts matériels et humains.

Au hameau de la Brague à Biot, les démolitions de logements ont été faites l’an passé avec projet de faire pareil à celui du Pylône et des Moulières, pour ne laisser que de la nature. Plus haut dans les montagnes, c’est un autre hameau, celui du Pra, qui serait actuellement en danger, notamment face aux risques d’inondations et d’éboulements, d’après la préfecture. Les services ont alors demandé aux résidents d’évacuer les lieux cet été.



Du côté de Mandelieu-La Napoule, la municipalité a racheté en 2021, les vergers de Minelle, un espace de 14 hectares qui doit accueillir une zone d’expansion de crue. Cet espace doit permettre « de protéger les personnes, les biens et l’environnement du risque climatique », a-t-elle expliqué. À terme, il sera « l’un des plus grands parcs naturels interurbains d’Europe ».