Crise énergétique : quand les habitants allument l’éclairage public avec leur smartphone

SOBRIÉTÉ ÉNERGÉTIQUE Déjà adoptée par quelques villes, l’application « J’allume ma rue » va être testée à partir du mois d’octobre dans un quartier de Saint-Brieuc

Jérôme Gicquel
L'éclairage public représente un poste important dans le budget des communes.
L'éclairage public représente un poste important dans le budget des communes. — Xavier Malafosse/SIPA
  • Un ingénieur informatique a développé une application permettant aux habitants de gérer eux-mêmes l’éclairage public de leur commune via leur smartphone.
  • Quelques communes ont déjà adopté le dispositif comme Urrugne, Pont-de-l-Arche ou Epron.
  • A partir du 5 octobre, Saint-Brieuc va aussi sauter le pas et tester « J’allume ma rue » dans un quartier de la ville.

Faut-il couper l’éclairage public la nuit pour réduire la facture énergétique et les pollutions lumineuses ? Ou alors laisser les lampadaires allumés pour lutter contre le sentiment d’insécurité ? Sur ce point, les avis et les approches divergent dans chacune des 35.000 communes françaises. Mais plutôt que de trancher, certaines collectivités ont choisi la voie du compromis en adoptant des solutions d’allumage à la demande, comme l’installation de capteurs de mouvement sur les lampadaires.

A Urrugne (Pays basque), Pont-de-l’Arche (Eure), Epron (Calvados) et dans certains quartiers de Lisieux, un dispositif plus original a été mis en place. Dans ces communes, ce sont en effet les habitants qui allument eux-mêmes l’éclairage public à l’aide de leur smartphone quand ils sortent promener leur chien ou rentrent un peu tard de soirée. L’application, baptisée « J’allume ma rue », a été développée en 2016 par Olivier Bozzetto, un habitant de Pont-de-l’Arche.

« De l’écologie participative et non punitive »

A l’époque, le débat faisait rage dans sa commune pour savoir s’il fallait éteindre ou non l’éclairage la nuit. « Je n’avais pas d’avis tranché sur la question, reconnaît l’ingénieur informatique. D’un côté, je trouvais intéressant de participer aux économies de la commune tout en faisant une action écologique. Mais de l’autre, j’avais aussi envie en tant que citoyen d’avoir de la lumière dans ma rue la nuit ». En plein dilemme, Olivier Bozzetto a donc bidouillé dans son garage une solution permettant aux habitants de gérer eux-mêmes l’éclairage public.




« Je vois cela comme de l’écologie participative et non punitive, indique-t-il. Et cela permet aux gens de s’impliquer dans la gestion de leur commune. » Depuis cinq ans, les habitants de cette petite bourgade de l’Eure ont donc pris l’habitude de rallumer les lampadaires de leur rue d’un simple clic sur leur smartphone si le besoin s’en fait sentir la nuit. « Cela fonctionne grâce à un système de géolocalisation, ce qui permet de n’allumer que les lumières situées à proximité de l’utilisateur, explique l’ingénieur informatique. Et quinze minutes plus tard, cela s’éteint automatiquement. »

Pas de retour négatif à Urrugne

Commercialisée par la société Photon Group, l’application « J’allume ma rue » est désormais utilisée dans une dizaine de communes dont Urrugne, située entre Hendaye et Saint-Jean-de-Luz, qui en a fait l’acquisition fin 2021. « On cherchait à lutter contre la pollution lumineuse qui a des effets néfastes sur la biodiversité, indique Nikolas Regerat, adjoint en charge de la transition écologique et des travaux. Mais aussi à réaliser des économies car l’éclairage public est un poste très important dans le budget d’une commune ».

D’abord testée dans trois quartiers, l’application est désormais déployée sur presque toute la commune. Et les habitants semblent s’en accommoder. « On n’a pas eu en tout cas de retour négatif, ce qui est plutôt bon signe », sourit l’élu, partisan des petites gestes du quotidien. « C’est comme chez soi, on utilise la lumière que quand on en a besoin », assure-t-il. Bon pour la planète, le dispositif l’est aussi pour les finances de la commune qui « a économisé 35.000 euros depuis le début de l’année ».



Avec la flambée des prix de l’énergie, d’autres collectivités s’apprêtent à sauter le pas comme Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) qui testera l’application à partir du 5 octobre dans un quartier de la ville. « Cela concerne pour l’instant quatorze rues et on fera un bilan fin avril pour voir si on généralise le dispositif à d’autres quartiers », précise Nadia Druillennec, adjointe chargée des travaux. Chaque commune gérant ses propres paramètres, la lumière s’éteindra automatiquement au bout de six minutes à Saint-Brieuc. « C’est un test pour l’instant, on verra s’il faut ajuster la durée », souligne-t-elle.